Les hommes dont on parle

Joël Godaert

Petite revue des favoris de ce Tour 2000

PARIS Le Tour de l’an 2000 présente une affiche remarquable. Huit des dix premiers coureurs mondiaux sont au départ. Et trois anciens vainqueurs. Dans l’ordre chronologique, Lance Armstrong (1999), Marco Pantani (1998) et Jan Ullrich (1997). Ajoutons-y une poignée d’outsiders et l’on peut considérer que la lutte pour le maillot jaune sera très ouverte. Revue des hommes dont on parle. L’ordre est simplement alphabétique…

Lance Armstrong
28 ans, Américain et dernier vainqueur du Tour de France 1999. On n’a pas pu s’empêcher d’être admiratif pour cet homme qui, avant de vaincre le Tour, a, surtout, su dominer le cancer dont il était atteint.

Atouts. - Une forme dont on a pu juger qu’elle était bonne lors de la Classique des Alpes, puis, surtout, à l’occasion du Dauphiné Libéré où il s’est imposé contre-la-montre avant de s’effacer au profit de son équipier Tyler Hamilton. Une équipe solide et dévouée. Un directeur sportif (belge) qui sait comment le diriger et le protéger.

Points faibles. - La motivation d’Armstrong est-elle intacte, est-elle aussi forte que l’année dernière ? L’Américain ne court pas après les records et ne cherche pas à accumuler les victoires. Il est comblé depuis qu’il a vaincu sa maladie, puis triomphé dans le Tour. Qu’est-ce qui le fait encore courir aujourd’hui ? Hamilton, conforté par son succès dans le Dauphiné, ne cherchera-t-il pas se ménager et à faire un classement ?

Fernando Escartin
32 ans, Espagnol, troisième du Tour de France 1999. Ce n’est pas le plus beau styliste, mais en montagne, il est capable de tous les distancer.

Atouts. – Rien à perdre, tout à gagner. Escartin n’est pas, sur le papier, un vainqueur potentiel du Tour, malgré les énormes moyens dont il dispose en montagne. Des favoris, il sera, peut-être, le moins marqué. En montagne toujours, son équipe est bien armée.

Points faibles. – Le chrono lui fera perdre du temps. L’épreuve par équipes également. Escartin doit, surtout, éviter les pièges que constituent pour lui les étapes de plaines. Il n’a pas la stature d’un maillot jaune en puissance.


Laurent Jalabert
31 ans, Français, ex-numéro un mondial. Jaja entretient des relations haine-amour avec le Tour de France. Cette année est-elle la bonne ou le Français devra-t-il définitivement renoncer à gagner un jour la Grande Boucle ?

Atouts. – Contre-la-montre, il peut se révéler être l’un des meilleurs, ainsi qu’en témoigne son succès au championnat du monde de la spécialité. Sa formation Once est l’une des plus performantes dans les grandes courses à étapes. Il est, dit-il, particulièrement motivé.

Points faibles. - Il a toujours manqué au moins quelque chose (si pas beaucoup) à Jalabert pour s’imposer dans le Tour de France et on se demande pourquoi ce serait différent cette année. Le Français a toujours connu des problèmes en (très) haute montagne. Est-il meilleur grimpeur qu’autrefois ? Le moindre pépin lui fera perdre une partie de sa confiance et de ses moyens. Au sein de son équipe, Olano est-il un allié ou un rival ?


Marco Pantani
30 ans, Italien, vainqueur du Tour de France 1998. Fantasque, le pirate transalpin demeure, pour beaucoup, une énigme.

Atouts. – Il a moins à perdre que d’autres, malgré son titre d’ancien vainqueur. Il n’a retrouvé la forme qu’en fin de Giro et, comme il est resté longtemps sans courir, on lui pardonnera chaque baisse de régime. Le parcours du Tour paraît dans ses cordes. En l’absence de Garzelli qui a aidé à gagner le Tour d’Italie, son équipe lui est dévouée.

Points faibles. – Le chronomètre n’est toujours pas son fort et ne le sera sans doute jamais. Il manque de repères car il a très peu couru jusqu’ici. S’il a bien terminé le Giro, il a parfois accusé de nombreuses minutes de retard, même en montagne. Il risque d’être trop irrégulier.

Jan Ullrich
26 ans, Allemand, vainqueur du Tour de France 1997. Ses kilos superflus sont devenus le sujet de conversation du début de saison. L’Allemand ne s’intéresse qu’au Tour de France.

Atouts. – Une équipe habituée à défendre un maillot, qu’il soit jaune ou vert. Un moral tout neuf car ses dernières sorties ont témoigné d’une forme, enfin, revenue. Une motivation extrême : absent l’an dernier, deuxième l’année précédente, il entend témoigner que son succès de 1997 n’est pas dû au hasard. En forme, il demeure un redoutable rouleur, capable de creuser d’importants écarts.

Points faibles. – Ses équipiers ne doivent pas laisser trop d’influx nerveux, ni de forces physiques à amener Erik Zabel dans les sprints ou à défendre, une fois encore, le maillot vert dont rêve le vainqueur de Milan-Sanremo. Ullrich est-il aussi fort qu’en 1997 ? Ce n’est pas sûr. Il manque de références et peut-être de rythme car il n’a guère couru cette saison.

Frank Vandenbroucke
26 ans, Belge, 12e de la Vuelta 1999. On dit volontiers à son propos que ce sera tout ou rien : un résultat formidable (un podium ?) ou un abandon sans gloire.

Atouts. – Sa motivation, la confiance qui l’habite en permanence et le fait qu’il doit disposer de très grandes réserves physiques car il a fort peu couru au printemps. Bon contre-la-montre, il s’est révélé être plus qu’un honorable grimpeur au dernier tour d’Espagne où il avait terminé l’ultime semaine en boulet de canon.

Points faibles. – A-t-il la résistance pour rester parmi les meilleurs pendant trois semaines ? S’il passe mal la première étape pyrénéenne, sa confiance sera ébranlée et la suite de son Tour s’en ressentira. Malgré son bon championnat de Belgique, il ne semble pas encore être arrivé au sommet de sa condition et il risque d’être un peu juste la première semaine. Il n’a aucun repère valable en haute montagne, l’expérience de son premier tour (1997) n’ayant rien démontré, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Richard Virenque
30 ans, Français, deuxième du Tour de France 1997. L’ indésirable du Tour de France 1999, rescapé de la triste histoire Festina, est un curieux personnage qui ne manque pourtant ni de talent, ni de force morale.

Atouts. – Il subira moins la pression que l’année dernière, lorsqu’il n’était pas le bienvenu sur la course. Ses talents de grimpeurs devraient lui permettre de faire la différence dans les cols.

Points faibles. – Il vise en priorité un sixième maillot de meilleur grimpeur qui lui permettrait de rejoindre les recordmen de ce classement que son Federico Bahamontes et Lucien Van Impe. Il en oubliera peut-être de viser une place au classement général, d’autant qu’il perdra inévitablement du temps dans les explications chronométrées.


Alex Zülle
32 ans, Suisse, deuxième du Tour de France 1999. Eternel vainqueur potentiel, le coureur helvétique court l’une de ses dernières chances.

Atouts. – Son expérience est totale, il bénéficie de l’apport de la solide formation Banesto, toujours nostalgique des succès de Miguel Indurain. Contre-la-montre, il demeure l’une des références.

Points faibles. – Faut-il encore croire au Suisse qui a, toujours, connu l’un ou l’autre journée « sans » dans ses Tours de France ? Souvent malchanceux, Zülle manque, aussi de confiance en lui-même. En vieillissant – il est parmi les plus âgés des favoris – il n’est théoriquement pas plus performant en montagne qu’auparavant.

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