Casartelli, dix ans après

Eric de Falleur

Le 18 juillet 1995, l'Italien décédait dans la descente du Portet d'Aspet où le Tour revient
BRUXELLES C'était le mardi 18 juillet 1995. La 15e étape du 82e Tour de France conduisait les coureurs de Saint-Girons à Cauterets sur 206 kilomètres et par-delà plusieurs cols légendaires des Pyrénées. Pour la cinquième année consécutive, le peloton s'était fait à l'idée de la domination de Miguel Indurain. Les coureurs musardaient et c'est avec un retard d'une dizaine de minutes sur l'horaire que le peloton aborda le col du Portet d'Aspet, 1re des six difficultés du jour. Soudain, tandis que les coureurs basculaient, un à un, au sommet (1069m) du col et plongeaient, à 30 km/h à peine, dans la descente, les radios retentirent dans chacun des véhicules de la caravane. «Chute! Chute! Motorola. Museeuw, Perini...»

Il était 11h50 et les compteurs indiquaient 34km depuis le départ. Radio-Tour annonçait aux directeurs sportifs et aux suiveurs que sept coureurs s'étaient retrouvés au sol, dans le premier virage abordé pourtant à faible allure. Museeuw, sonné et touché au genou, Perrini, Breukink et Aguirre repartirent bien vite tandis que Baldinger montait dans une ambulance et que l'on hissait péniblement Rezze, tombé dans le ravin, lequel allait aussi abandonner. Mais tous ceux qui passèrent à proximité du lieu de la chute comprirent directement que le septième coureur impliqué, le jeune italien Fabio Casartelli, même pas 25 ans, avait été très sérieusement touché. Le docteur Porte, le médecin-chef du Tour et ses assistants s'activaient autour du coureur de l'équipe américaine Motorola, recroquevillé en position foetale, les yeux fermés, la tête contre le macadam rougit par une large flaque de sang.

Perfusé et ventilé, Casartelli, la face enfoncée, fut finalement conduit en ambulance au bas du col où un hélicoptère l'emmena au plus vite vers l'hôpital de Tarbes. Durant son transfert, Casartelli, plongé dans le coma, fit trois arrêts cardiaques. Les médecins le récupérèrent mais les dégâts cérébraux étaient trop importants et la mort du coéquipier d'Armstrong fut finalement constatée peu après 14 heures.

Armstrong en son honneur

Le lendemain, le peloton, frappé de stupeur et de tristesse, roula groupé de Tarbes à Pau en hommage au défunt avant de laisser les six équipiers de Casartelli (Armstrong, Andreu, Mejia, Swart, Bauer et Peron) passer la ligne d'arrivée avec quelques secondes d'avance.

Puis la course reprit ses droits mais Lance Armstrong, qui n'était pas encore le champion du Tour de France que l'on sait, honora de la plus belle des manières qui soit son équipier disparu trois jours plus tôt.

Au prix d'un magnifique effort, le Texan s'imposa en solitaire à Limoges, terme de la 18e étape, tout simplement parce que Fabio Casartelli avait, depuis le début du Tour, souligné à l'encre rouge cette étape dans son agenda.

«Aujourd'hui, je n'étais pas seul à pédaler, Fabio m'accompagnait durant toute l'étape, c'était une impression de force extraordinaire», dira Armstrong après avoir franchi la ligne d'arrivée, les yeux rivés et les deux index tendus vers le ciel. Jusqu'aux Champs-Elysées, le vélo de Fabio Casartelli accompagna la course, avec sa plaque de cadre 114, sur le toit de la voiture Motorola.

Demain, dix ans, jour pour jour, après le drame qui coûta la vie au champion olympique de Barcelone, le Tour de France va honorer la mémoire du coureur Italien. D'Agde à Ax-3 Domaines, pour la... 15e étape, le peloton retrouvera les pentes du Portet d'Aspet, dans la descente duquel se dresse, depuis près de dix ans, la stèle érigée en sa mémoire.

© Les Sports 2005


Trois autres coureurs sont morts sur le Tour

Avant Casartelli, Helière, Cepeda et Simpson étaient décédés lors de la Grande Boucle


BRUXELLES Avant Fabio Casartelli, trois autres concurrents de la Grande Boucle sont morts sur les routes du Tour en un peu plus d'un siècle. En 1910, c'est le Breton Adolphe Helière, 22 ans, qui fut le premier à quitter tragiquement la course. A l'époque, à chaque étape succédait une journée de repos et c'est durant celle-ci que le jeune Français perdit la vie... en nageant. Au lendemain de la 6e étape, Grenoble-Nice (345 km!), qu'il avait terminée en 63e position, Helière, qui découvrait le Tour cette année-là comme «isolé», fut en effet victime d'une hydrocution en prenant un bain de mer dans la Baie des Anges à Nice. Il ne put être réanimé.

Un quart de siècle plus tard, c'est dans l'acrobatique descente du Galibier que le petit Espagnol Francesco Cepeda allait chuter très lourdement. Relevé avec une fracture du crâne, le Basque, 29 ans, fut conduit dans une clinique de Grenoble où il s'éteignit, sans jamais avoir rouvert les yeux, six jours plus tard. Fils d'un important commerçant, Cepeda était lui-même juge municipal et disputait le Tour «pour son plaisir», dans la catégorie des individuels.

Le troisième décès survint en 1967, le jeudi 13 juillet à l'occasion de la 13e étape, Marseille-Carpentras. Ce jour-là, sur les pentes surchauffées du Mont Ventoux, le Britannique Tom Simpson, ancien champion du monde et alors l'un des meilleurs coureurs mondiaux, s'écroula une première fois à moins de trois kilomètres du sommet. Remis en selle par des spectateurs, l'Anglais tomba une seconde fois un peu plus loin. Malgré tous les efforts des médecins de la course, Tom Simpson, dont l'autopsie prouva qu'il avait abusé de produits dopants (amphétamines), ne put être réanimé.

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