«On aurait pu me prévenir!»

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE

Merckx s'est réjoui du succès de McEwen, mais la pilule de la veille était encore dure à digérer
MONTPELLIER McEwen a gagné, Rogriguez, son poisson pilote, a fini 3e alors qu'Hushovd ne se classait que 5e du sprint, la journée fut plutôt bonne pour les Davitamon-Lotto. Axel Merckx était du reste le premier à s'en réjouir.

«Evidemment que je suis heureux, disait-il. Notre équipe compte 3 succès d'étape et aucune autre formation ne peut en dire autant sur ce Tour. Cette fois, cela a été très juste, puisque Horner et Chavanel n'ont été repris qu'en vue de la ligne. Mais je les voyais, là, juste devant le peloton et je regardais mon compteur qui indiquait 60 à l'heure. Ces gars ne pouvaient pas tenir le coup.»

Le matin, toutefois, l'ambiance ne semblait pas vraiment au beau fixe chez Davitamon. «Attention, il n'y a pas de problème entre les coureurs, précisait Axel. Simplement, j'aurais aimé qu'on soit plus honnête avec moi. Il fallait me dire, dès le départ qu'on jouerait uniquement le maillot vert et pas les victoires d'étapes (NdlR: autres que celle de McEwen). On en a parlé avec les directeurs sportifs, le soir. Ils voulaient savoir si j'étais fâché.» Merckx, évidemment, devait l'être un peu, mais c'est surtout un sentiment de déception qui hantait le Bruxellois car l'équipe ne lui avait pas fait confiance. Il aurait même pu avoir l'impression qu'elle lui avait fait une enfant dans le dos...

«Ils m'ont dit que j'avais eu malgré tout ma chance, poursuit Axel, mais je ne suis pas d'accord. On aurait pu me prévenir que le vert, depuis l'abandon de Boonen, était l'unique préoccupation de l'équipe! Je ne me suis pas senti libre de mes actes dans cette échappée. J'ai dû laisser les autres travailler pendant plus d'une heure. Ce n'est jamais agréable. J'ai compris, quand on m'a ordonné de ne plus rouler, que ma chance s'envolait, car les autres m'attendaient au tournant. Et ce fut effectivement le cas. Quand Moncoutié m'a contré, ils m'ont logiquement laissé faire tout le boulot en poursuite.»

On peut tourner le problème dans tous les sens, Merckx, à cause de la tactique, s'était retrouvé en porte-à-faux dans son groupe. «Sans compter que mes équipiers, à l'arrière, n'ont pas travaillé de gaieté de coeur. Pour une fois qu'ils pouvaient se contenter de rester dans les roues! Enfin, c'est du passé. L'opportunité de gagner une étape s'est évanouie, il sera bien difficile pour moi de m'en recréer une autre. D'autant que si on joue le maillot vert à fond, il n'y a plus de raison d'attaquer.» On lui demande alors jusque quand court son contrat, et il répond, sans autre commentaire: «2006.»

En professionnel qu'il est, Merckx s'est mis au service de l'équipe, hier, comme si de rien n'était. Avec le succès que l'on sait. Le soir, comme le veut la coutume, tout le monde, à l'hôtel, aura partagé le champagne que le vainqueur et la direction n'auront pas manqué de payer. L'occasion peut-être de mettre les choses au point une bonne fois pour toute afin de terminer ce Tour dans la sérénité nécessaire à la pratique de toute discipline de haut niveau. N'empêche que, en se couchant, Axel aura dû se dire qu'il lui sera décidément bien difficile d'obtenir une victoire à la Grande Boucle. Il est toutefois des choses plus graves et plus importantes dans la vie. De cela aussi, papa Axel est conscient...

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