«Six bouteilles d'eau en une heure»

David Lehaire

Luis Alfredo Castro est le seul journaliste colombien sur le Tour. Un vrai phénomène au service de Radio Caracol
MONTPELLIER «Nous sommes des exotiques. Quelle que soit la nationalité du vainqueur, nous éprouvons toujours le besoin d'enflammer la situation que nous décrivons.» L'homme qui accompagne ses paroles d'une grande gestuelle s'appelle Luis Alfredo Castro. Il n'est qu'un commentateur de radio et pourtant il est une célébrité au sein de la Grande Boucle. Pour deux raisons: à 55 ans, il est le seul journaliste colombien présent sur l'événement et il commente en direct la dernière heure de course. Presque sans s'arrêter et en donnant une intonation et une vitesse à son débit de paroles qui rendraient jaloux les meilleurs commentateurs sportifs brésiliens euphoriques lorsque Ronaldo ou Ronaldinho inscrivent un but d'anthologie. Le téléphone portable à une vingtaine de centimètres de la bouche, il hurle sans s'arrêter. «Depuis mes débuts en 1983, je n'ai manqué aucune édition du Tour. Cette année-là, nous étions 26 à être venus de notre pays. Aujourd'hui, je suis seul.»

Cette voix inimitable, deux millions de Colombiens l'entendent chaque jour en direct pendant la dernière heure de course - «deux quand Botero est à l'attaque», précise-t-il. Il n'est alors que huit ou neuf heures à Bogota et dans les 70 autres endroits du pays où l'on capte Radio Caracol. «Cette radio appartient au même groupe que les quotidiens espagnols Marca et El Pais et depuis les années 1980, le Tour de France est, avec la Coupe du Monde de football, l'événement sportif le plus suivi en Colombie. Les gens peuvent le voir à la télévision dès qu'ils arrivent au travail...» Ils peuvent surtout entendre Luis Alfredo Castro s'époumoner. «Sur l'heure de direct, je bois six bouteilles d'eau», dit-il, sûr de son effet.

Père de trois filles, le narrateur sud-américain a dédié sa vie à sa passion, le cyclisme. «Je suis ce sport toute l'année. En janvier, je commence par le Tour du Venezuela. Puis, j'enchaîne avec des classiques dans mon pays et le Giro. Enfin, c'est le Tour de France.» N'allez surtout pas penser qu'après cela, notre homme prendra des vacances. Infatigable, il dit: «J'enchaînerai le jour de mon retour au pays par le Tour de Colombie.» Castro le sait: il participe activement à la renommée de Radio Caracol. Qui se traduit en français par escargot mais qui, dans ce cas-ci, est l'abréviation de CAdena RAdial COLombiana - ou si vous préférez Chaîne de Radio Colombienne.

Notre homme passe, donc, un mois seul et très loin de son pays. «J'y suis habitué et puis cela me donne l'occasion d'avoir des rapports privilégiés avec Botero.» L'autre jour, il a bien cru que son compatriote, échappé avec Vinokourov, allait s'imposer. «Cela m'aurait plu mais je le répète, quel que soit le vainqueur, je dois mettre le feu.» Et croyez-nous, le bonhomme sait y faire!

© Les Sports 2005

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