«J'étais prêt»

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE DAVID LEHAIRE

Isolé, Armstrong est plus serein que jamais
AX-3 DOMAINES Lance Armstrong est bien parti pour gagner son septième Tour de France d'affilée, avant de prendre une retraite sportive méritée et de figurer à tout jamais au musée des grands champions. Depuis hier soir, l'Américain doit se sentir encore un peu plus proche de son ultime but. C'est qu'il a maîtrisé d'un bout à l'autre des 220 kilomètres entre Agde et Ax-3 Domaines la quatorzième étape de cette Grande Boucle. Sous une chaleur suffocante, ce premier jour pyrénéen a, en effet, conforté les certitudes du Texan. On a toujours dit qu'il n'aimait pas les températures très élevées. C'est sans doute vrai. Mais hier, il l'a très bien caché, que ce soit sur les pentes du Col de Pailhères ou dans la montée vers Ax-3 Domaines.

Dès l'entame du Col de Pailhères, le leader des Discovery Channel fut attaqué de toutes parts. Vinokourov s'y mit comme à son habitude. Basso essaya même, délaissant pour une fois son rôle de suiveur. Ullrich ne s'est peut-être pas montré aussi violent dans l'effort mais il accéléra franchement la cadence. Un temps, on crut Armstrong en difficulté: lorsqu'il ne réagit pas à la première offensive de Vinokourov. C'était un leurre. «Je me sentais très bien physiquement mais comme j'étais le seul de l'équipe dans ce groupe, j'ai pris le temps d'analyser la situation.» Comme dans les Vosges, il obtint l'aide totalement incompréhensible d'Ullrich qui le ramena sur Vinokourov. Et comme lors de la première étape vosgienne, il dut se débrouiller tout seul face à l'adversité, ses équipiers étant vite passés par la fenêtre.

Mais Armstrong n'a, à l'évidence, besoin de personne à ses côtés pour dicter sa loi. Sa forme physique est indéniable. Quelques minutes après avoir passé la ligne d'arrivée, il donnait l'impression hallucinante d'avoir déjà récupéré de ses efforts. En outre, sa tactique de course frôla la perfection. «Je savais que j'allais être attaqué de toutes parts, dit-il. J'y étais préparé. C'est vrai qu'ils ont commencé très tôt. Cela allait très vite mais je me disais qu'il était impossible qu'ils continuent de la sorte.»

En revanche, Armstrong doit se rendre compte que son équipe n'est plus aussi forte que dans le passé. Sera-t-elle à nouveau unie aujourd'hui pour cet autre marathon dans les Pyrénées? Après tout, cet élément semble être moins déterminant qu'on aurait pu le penser. «Lance a de nouveau montré qu'il était le plus fort», explique Johan Bruyneel, le directeur sportif de Discovery Channel. «Il a été attaqué, s'est retrouvé tout seul face aux opposants. Mais, au bout du compte, c'est encore lui qui accélère dans les derniers kilomètres. Dès qu'il est passé à la vitesse supérieure, Ullrich a lâché prise.»

A voir la façon dont l'Allemand a roulé hier, on se demande s'il ne vise pas déjà une place sur le podium. Ce dont Basso se contenterait également. Quant à Rasmussen, on l'a vu pour la première fois en difficulté dans la montagne. «Je sais ce que vous pensez, que le Tour est fini», lance Dirk Demol, l'autre directeur sportif de Discovery. «Mais il reste deux jours cruciaux: l'étape de ce dimanche et le contre-la-montre de Saint-Etienne.» Connaissant Armstrong, il y a fort à parier qu'il n'attendra pas l'avant-dernier jour du Tour pour tuer tout suspense.

© Les Sports 2005


Un piètre tacticien!

Ullrich a encore cédé du terrain


AX-3 DOMAINES Ces derniers temps, on entendait toujours la même remarque dans la bouche des suiveurs: Mais pourquoi diable les rivaux d'Armstrong ne l'attaquent-ils pas?!» La réponse est simple: sans doute n'osent-ils pas le faire, parce qu'ils sentent que l'Américain leur est supérieur et qu'ils ont peur d'un éventuel retour de flamme. Mais hier, ils ont enfin osé! Certes, Basso, une fois de plus, se sera contenté, la plupart du temps, de suivre (il accéléra une fois), mais les T-Mobile ont enfin pris (ensemble!) leurs responsabilités. Ce sont eux qui ont imprimé un rythme d'enfer dès les premières pentes du Port de Pailhères, avant que Vinokourov ne plante deux belles mines (qui allaient lui coûter cher par la suite), lesquelles eurent le don de semer la panique dans les rangs de Discovery. Armstrong, d'un coup, vit sauter tous ses équipiers. A la deuxième attaque de Vinokourov, toute la salle de presse faillit exploser de colère en voyant Ullrich prendre l'initiative stupide d'imprimer la cadence en tête (derrière son équipier donc!) suivi comme son ombre par Armstrong qui trouvait là un allié pour le moins inespéré! Ullrich ne comprendra décidément jamais rien au vélo. Toute la différence entre Armstrong et lui est là: l'Américain a des jambes mais aussi un cerveau!

Pourtant, le Kazakh ne lui en voulait nullement, préférant souligner la force de l'adversaire. «On a tous essayé à tour de rôle mais il n'y avait rien à faire contre cet Armstrong-là», disait Vino de sa petite voix. «Après l'avoir isolé, on a nous-mêmes marqué le pas. En ce qui me concerne, je crois que j'avais encore l'étape de Briançon dans les jambes. Plus assez d'énergie pour faire la différence.»

Godefroot balayait d'un revers de la main les critiques des journalistes. «Quand un adversaire est plus fort que vous, il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître», disait le patron des T-Mobile. «Je n'ai pas de problème avec ça. Cela ne veut pas dire pour autant que nous déposons les armes. On va faire une évaluation des dégâts (moraux) ce soir et, si c'est possible, on retentera notre chance ce dimanche.» C'est déjà ça...

Ph. V. H.

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