Au-dessus du lot!

D. L.
Au-dessus du lot!
©EPA

Armstrong vraiment trop fort. Son ami George Hincapie n'en revenait pas d'avoir gagné en haute montagne l'étape reine de ce Tour

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE DAVID LEHAIRE

PLA D'ADET «Je suis en état de choc. Mon vocabulaire n'est pas assez riche pour décrire ce que je ressens. Ma joie est plus qu'énorme. Je viens de réaliser la plus belle course de ma vie.»

George Hincapie n'en revenait pas, hier, d'avoir gagné une étape de haute montagne. Lui, le plus fidèle lieutenant d'Armstrong, catalogué avant tout comme un coureur de classiques - cette année, il s'est offert Kuurne-Bruxelles-Kuurne et a terminé deuxième de Paris-Roubaix- est sorti de l'ombre là où personne ne l'attendait, même pas lui.

«Quand je suis parti avec les autres échappés, c'était juste dans le but de contrôler la course, pas d'aller au bout, dit l'Américain. Et puis, quand on a compté dix-huit minutes d'avance, Johan (NdlR: Bruyneel, directeur sportif de Discovery) m'a dit de jouer pour la gagne parce que le peloton ne reviendrait pas sur nous. Mais je ne pensais pas pouvoir tenir de la sorte jusqu'au bout...»

Et battre au sprint Oscar Pereiro, furieux du comportement de Hincapie. Reste que ce dernier sort à trente-deux ans de l'ombre d'Armstrong. «Quand on s'est croisés après l'arrivée, il m'a dit que c'était incroyable pour moi, qu'il était content et fier de moi. Maintenant, il faut que je savoure pleinement ce qui m'arrive avant de me remettre au travail pour Lance dès mardi.»

«Je ne sais pas combien d'ascensions je me suis farcies?»

Mais comment donc Hincapie a-t-il pu s'imposer dans une pareille étape, lui qui, certes, se débrouille quand cela grimpe mais n'y était tout de même pas un foudre de guerre ? «Cela fait des années que je travaille cet aspect, précise l'intéressé. Au printemps dernier, dès que j'ai terminé les classiques, je me suis rendu en France pour accumuler les kilomètres en montagne. Je ne sais pas vous dire combien d'ascensions je me suis farcies, mais il y en a un paquet.»

Désormais fort d'une victoire d'étape dans le Tour de France, Hincapie va-t-il changer de statut? D'aucuns lui prédisent un grand avenir. Même s'il a déjà trente-deux ans. Il pourrait faire office de leader chez Discovery Channel dès l'an prochain, soit quand Armstrong aura raccroché. Aujourd'hui, il ne veut en tout cas pas entendre parler d'un tel destin. «Laissez-moi tranquille avec cette question. Moi, je veux juste profiter pleinement de cette victoire. Je vous le répète, je ne m'imaginais pas capable d'un tel exploit. Dans douze mois, je ne sais pas quel sera mon rôle dans ce peloton mais, dès à présent, je vais me remettre au service de Lance pour l'aider à conquérir sa septième couronne ici. Je dois avouer que je me sentais un peu coupable de ne pas avoir pu le faire davantage jusqu'ici.»

Il y a fort à parier que son ami Lance ne lui en tiendra pas rigueur. Hier, le Texan a enfoncé encore un peu plus les jalons d'un succès final qu'il avait déjà posés dans les Alpes. Dans ces Pyrénées, ses adversaires l'auront attaqué. Mais il aura tenu bon. Désormais, la bagarre la plus indécise concernera les deux places sur le podium aux côtés d'Arm- strong. Un refrain que l'on entend depuis 1999.

© Les Sports 2005


Une belle histoire d'amitié

Armstrong, en train de gagner son Tour le plus facile, s'est réjoui du succès de son ami

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE

PLA D'ADET La journée d'hier fut parfaite pour l'équipe Discovery Channel. Hincapie qui devient le premier équipier d'Armstrong à remporter une étape sur le Tour, le maillot jaune lui-même qui renforce sa position au faîte de la hiérarchie générale, inutile de dire que Johan Bruyneel était sur un nuage en terminant l'étape en compagnie du P.-D.G- de Discovery Channel, Billie Campbell, qui avait tenu à suivre en live l'étape reine de ce Tour.

«George était dans une position idéale, explique notre compatriote. Au départ, cette échappée n'était pas spécialement prévue, même si Geor- ge se sentait en forme ce matin. Notre homme n'était là qu'en tour de contrôle à l'avant de la course, pour aider son leader. Ce qu'il a réalisé est absolument formidable. C'est une toute grande performance de sa part. L'équipe va le fêter comme il se doit.»

Armstrong était évidemment le premier à se réjouir. «Entre George et moi, c'est une grande histoire d'amitié, disait le maillot jaune, ému. Voilà 17 ans qu'on évolue ensemble. Depuis l'époque des juniors, on ne s'est pas quittés. Je suis vraiment très heureux qu'il ait pu enfin s'imposer dans le Tour. Il le mérite tellement! Et, pour son premier succès, il n'a pas fait les choses à moitié puisqu'il s'est adjugé l'étape reine de cette édition. C'est une sorte de récompense pour tous les services qu'il a pu rendre à l'équipe et à moi-même. Une récompense aussi pour sa carrière, laquelle a toujours été exemplaire.»

Au-delà de la victoire de son ami, Armstrong est conscient qu'Hincapie a aussi facilité la tâche de tous les Dicovery Channel qui se trouvaient derrière le groupe de tête. «Grâce à sa présence à l'avant de la course, mes hommes ont pu se permettre de souffler un peu. Il n'était, en effet, pas question pour eux de mener la chasse ni même d'organiser le peloton. Ils ont donc pu économiser leur énergie pour les jours qui viennent qui, quoi que certains en pensent, peuvent encore réserver quelques surprises. George lui-même était dans une position avantageuse puisqu'il pouvait se permettre de laisser travailler les autres.»

Encore qu'il aurait très bien pu collaborer aussi, aucun des coureurs à l'avant n'étant dangereux pour le général... Enfin, faut-il le croire ou non? (pour notre part, c'est non!), Armstrong prétendra que Basso lui a fait mal dans les deux dernières ascensions du jour. «Ivan était très fort aujourd'hui, et j'ai trouvé la journée longue, avec tous ces cols à franchir par cette chaleur étouffante.»

Encore quelques jours à tenir, cher Lance...

© Les Sports 2005

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