Lance Armstrong entre dans la dernière ligne droite

Ph. V.H.
Lance Armstrong entre dans la dernière ligne droite
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Pour le maillot jaune, il reste moins d'une semaine à tenir avant le septième sacre à Paris
ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE

PAU Armstrong brillait par son absence à la conférence de presse Discovery organisée hier à l'hôtel Villa Navare investi par son équipe pour la journée de repos. L'Américain réduit ses contacts avec la presse au minimum obligatoire. Juste ce qu'il faut, rien de plus. La fin de carrière est proche et il n'est plus trop nécessaire de soigner son image, surtout de ce côté-ci de l'Atlantique. Johan Bruyneel tint donc seul le crachoir... pour parler essentiellement de l'avenir.

«L'an prochain, il faudra partir du point de vue que Lance est irremplaçable, disait notre compatriote. Nous allons tenter de trouver des solutions à l'intérieur même de notre formation. Mais une chose est d'ores et déjà certaine: nous ne miserons plus toute notre saison sur le Tour de France. Nous devrons nous fixer d'au- tres objectifs mais pour la Grande Boucle, la barre sera placée moins haut.»

La veille, vu la performance extraordinaire de Hincapie au Pla d'Adet, la question à propos de la succession d'Armstrong avait été posée au boss lui-même. Pourquoi pas Hincapie? «Cette hypothèse tourne déjà depuis quelques jours dans notre équipe, disait le maillot jau- ne. Pourquoi pas, oui, au fond? George est un coureur complet. Il roule bien contre la montre et grimpe superbement. Il pourrait tenter sa chance mais pour cela, il faudrait qu'il abandonne toute ambition dans les classiques.»

Bref, il conviendrait d'adopter la même recette que pour le sextuple - quasi septuple sauf accident- vainqueur du Tour.

Bruyneel ne rejetait pas non plus la solution Hincapie en tant que leader pour la Grande Boucle. «Je crois que cette option n'est pas sotte mais on ne devrait pas parler de vainqueur potentiel dans son cas. Par contre, le Top 5 pourrait être réalisable avec George. De mê- me, Popovych me paraît encore trop tendre. Je dirais qu'il est actuellement au niveau qu'avait Basso voici deux ou trois ans. Pour 2006, ce sera trop tôt.»

Mais les bruits de transferts vont aussi bon train quand il s'agit de trouver un successeur à l'actuel maillot jaune. «Ah! évidemment, si on me proposait Ivan Basso pour l'an prochain, je ne dirais pas non. Mais ce n'est pas encore à l'ordre du jour.»

Par contre, Alexandre Vinokourov a laissé clairement entendre qu'il était prêt à intégrer l'équipe des bleus s'il en avait l'opportunité. «Pourtant, si Vino rejoignait nos rangs, je lui assignerais d'autres objectifs que le Tour.» Pour les classiques, par exemple, ou les épreuves à étapes d'une semaine. Le hic, c'est que Vinokourov veut aller chez Discovery pour reprendre le vrai rôle d'Armstrong, celui de leader à la Grande Boucle.

Même si Johan Bruyneel est disposé, sans l'apport d'Armstrong, à revoir ses objectifs à la baisse, il admet toutefois qu'il a un rêve en tête: «Ce serait un beau défi, après l'incroyable série de succès que nous avons connue avec Lance, de regagner le Tour avec un autre coureur.»

En attendant, il convient avant tout de finir celui-ci car si Armstrong est à six jours de la retraite, il lui reste une dernière ligne droite à parcourir avant de décrocher son 7e trophée d'affilée sur les Champs-Elysées...

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"La chimio ne l'a pas diminué"
Le Pr Coyle affirme que l'une des clés de la supériorité d'Armstrong est l'amélioration de son efficacité musculaire...


PAU Une étude parue dans le Journal of Applied Physiologiy, une publication de la Société américaine de physiologie, permet d'apporter quelques éclaircissements sur la supériorité affichée depuis 7 ans par Lance Armstrong. Son auteur n'est pas n'importe qui, il s'agit du professeur Edward F. Coyle, directeur du Laboratoire de performance humaine et professeur à l'université du Texas, qui a suivi le coureur américain dès le début de sa carrière. «Lance est venu nous voir alors qu'il n'avait que 20 ans et commençait à peine sa carrière, explique le Pr Coyle. Il voulait savoir comment il pouvait améliorer ses performances.» Les résultats de cette enquête sont d'une qualité exceptionnelle car basés sur des tests pratiqués sur l'athlète lui-même à intervalles réguliers (à l'âge de 21, 21,5, 22, 25,9 et 28,2 ans). Armstrong a été ainsi soumis à différents tests physiologiques, comme le pédalage, pendant 25 minutes, à des taux progressifs de 50, 60, 70, 80 et 90% de son VO 2 max (consommation maximale d'oxygène à l'effort), avec une fréquence constante de pédalage de 85 tours par minute.

Chacun connaît l'histoire incroyable de Lance Armstrong, atteint en 96 d'un cancer d'un testicule avec métastases cérébrales, qui nécessitèrent l'ablation dudit testicule, une intervention à la tête (métastases) et 3 mois de chimiothérapie (d'octobre à décembre 96). Environ 8 mois après la fin du traitement, Armstrong a subi des tests dans le laboratoire d'Edward Coyle, lesquels ont démontré que ni la chirurgie ni la chimiothérapie n'ont affecté ses performances. Celles-ci sont restées identiques à celles d'un athlète de haut niveau après une période sans entraînement. Selon les conclusions rendues, donc, la terrible maladie et son traitement n'ont pas eu de conséquences sur le processus de maturation du coureur. L'étude des modifications physiologiques d'un entraînement à long terme en endurance a pu se poursuivre. «Durant 7 années, poursuit le Pr Coyle, le facteur qui a été le plus amélioré est l'efficacité musculaire, augmentée de 8%, et donc la puissance développée durant le pédalage.» En clair, cela signifie que, pour la même activité cardio- vasculaire et pulmonaire, Armstrong peut développer une puissance de 8% plus élevée qu'avant, tout en produisant moins de chaleur. «Cette adaptation, poursuit le chercheur, combinée à la réduction de son poids corporel, de 78 à 72kg (NdlR: et non pas d'une dizaine, voire d'une quinzaine de kilos comme on l'a parfois affirmé) au cours des mois qui ont précédé le début du Tour 99, a contribué à une amélioration encore plus impressionnante, de 18% de la puissance développée par kilo de poids lors du pédalage à 83% de sa VO 2 max.»

C'est ici que le professeur Coyle se retrouve devant une sorte de point d'interrogation car les mécanismes à l'origine de ces changements primordiaux ne sont (selon lui) pas totalement élucidés. Mais ils pourraient être liés au métabolisme de l'ATP, source énergétique principale de l'activité humaine. «L'une des hypothèses serait l'augmentation du pourcentage de fibres lentes (pour les efforts de longues durée), probablement de 60 à 80%.» Pour comprendre la nature de cette augmentation, il faudrait pratiquer chez Armstrong une biopsie, ce qui n'a jamais été fait! Toutefois, cette première hypothèse n'est pas incompatible avec des études montrant la transformation de fibres rapides (pour les efforts intensifs) en fibres lentes lors d'efforts de longue durée.

Pour confirmer cette augmentation du pourcentage de fibres lentes, l'observation de l'évolution d'Armstrong est capitale. Alors que sa fréquence de pédalage, pendant les tests, était fixée à 85 tours/min, cette même fréquence, en conditions de course, est passée, durant les 7 dernières années, de 85 à 105-110 tours/min. «Ce qui correspond bien à un accroissement des fibres lentes,» conclut Edward Coyle. Ce serait donc le secret de Lance Armstrong. D'autres que lui, pourtant, ont tenté la même recette et ne sont pas parvenus à une augmentation similaire de ces mêmes fibres, les P 1 comme disent les initités. Alors, Armstrong bénéficierait-il d'une constitution génétique exceptionnelle? Sans doute...

Source: Le Quotidien du Médecin, n°7783, du 1er juillet 2005

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