Gaumont est catégorique!

Ph. V.H.

Interrogé par Sport et Vie sur le Prozac, le coureur banni confirme son usage

PAU L'auteur de l'enquête dans le magazine français a complété son information en réalisant l'interview de Philippe Gaumont, l'ancien coureur professionnel banni du peloton pour usage de substances interdites. Il l'a évidemment interrogé plus particulièrement sur l'usage du Prozac dans le peloton. Voici quelques morceaux choisis parmi les réponses du coureur nordiste.

«Le Prozac a commencé à circuler dans le peloton à partir de la saison 2000-2001. A ma connaissance, c'était le premier antidépresseur à être aussi largement distribué. Il était prescrit aux coureurs par les médecins des équipes parce que le bruit courait que les Telekom en prenaient (...) Voilà comment c'est venu. Un simple effet de mode. Quelques années auparavant, on avait assisté au même phénomène avec l'Actovegin...»«J'en prenais encore (du Prozac) en 2003 lorsque j'ai arrêté ma carrière: deux cachets le matin de la course ou avant le départ. Cela me rendait un peu euphorique. Plus énervé aussi! En revanche, j'avais arrêté le traitement long. En le prenant plusieurs semaines d'affilée, le Prozac me faisait perdre la notion des choses. Rien n'avait plus d'importance. Pas même les dépenses d'argent. J'achetais et je ne regardais plus les prix. Le Prozac a plus contribué à me faire entrer dans la déprime qu'à en sortir.»«Le Prozac n'est pas censé vous faire pédaler plus vite mais plutôt vous faire sentir mieux dans la tête. Mais il suffit qu'on se persuade que le Prozac aide à gagner ne serait-ce que 0,00001% de performance, et on n'hésite pas!»«Sans doute cherche-t-on (via le Prozac) à maîtriser ses peurs et ses frustrations. Elles sont nombreuses dans le vélo. On déprime quand on se fait battre au sprint, quand on chute, quand on crève au mauvais moment ou simplement parce qu'il pleut et qu'on doit faire 250 bornes.»«Les médecins d'équipe ont conscience des épreuves que nous vivons et ils cherchent à prévenir l'apparition de problèmes. Ils imaginent sans doute que le Prozac nous aidera à mieux canaliser notre énergie, à minimaliser nos défaites. On passe 160 nuits par an à l'hôtel, à s'ennuyer comme des rats morts. On est nerveux avant une course, on marche dans les couloirs, on monte et descend les escaliers, on va voir les mécanos; tout cela nous fait consommer une énergie folle dont on aurait besoin en course. Alors, ils nous prescrivent des produits tels que le Prozac, en se disant qu'on restera bien tranquilles dans notre chambre.»

© Les Sports 2005

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