La déprime guette le peloton!

Ph. V.H.

Selon un dossier publié ce mois-ci dans le très sérieux magazine français Sport et Vie, le Prozac est très utilisé
PAU On ne compte plus, dans le peloton, les cas de dépression dont sont victimes des coureurs. Certains directeurs sportifs s'expriment d'ailleurs assez librement sur le sujet. C'est sur la base de cette constatation, et de quelques témoignages, que le magazine français Sport et Vie a effectué une enquête, parue dans sa dernière édition, sur l'utilisation d'un médicament comme le Prozac, connu de tous et qui, empressons- nous de le dire afin que les choses soient claires, n'est pas repris sur la liste des produits dopants de l'UCI ni de l'Ama (Agence mondiale antidopage).

Certes, le Prozac est utilisé de manière très générale dans la société actuelle, notamment au niveau des cadres de société, qui sont soumis à une grande quantité de stress. On estime que, rien que pour la France, 3.400.000 boîtes de Prozac ont été vendues (auxquelles il faut ajouter les 4.500.000 boîtes en version générique puisque le brevet de protection du Prozac est venu à échéance le 3 août 2001), alors qu'il existe environ 40 millions de consommateurs dans le monde! D'une certai- ne manière, il est logique que l'on retrouve des sportifs et des cyclistes qui en fassent usage eux aussi, étant donné qu'ils sont également plongés, à longueur de course, dans des situations stressantes. Le magazine cite notamment Jesus Manzano, l'ancien coureur de l'équipe Kelme, qui déclare être vite devenu dépendant de substances comme le Prozac. «Deux tablettes par jour, dit-il, et tu deviens tellement euphorique que tu n'arrives même plus à dormir. J'en prenais pour les courses et dès que j'étais déprimé, notamment dans le Tour de France. J'avais systématiquement des prescriptions du médecin.»

De manière très intéressante, l'auteur de l'enquête, Daniel Pontal, souligne que les sportifs de haut niveau peuvent parfois être physiquement extrêmement bien préparés, mais que c'est parfois moralement qu'ils craquent ou qu'ils sont tout simplement mal armés. «Le Prozac deviendrait donc un complément en bout de course, pour préserver la volonté en matière d'entraînement et encourager ces sportifs à accepter les nombreux sacrifices de leur vie professionnelle.»

En outre, on prête au Prozac des propriétés anorexigènes (favorisant donc la perte de poids), ce qui dans les disciplines comme le cyclisme ou l'athlétisme (course de fond, marathon) est fondamental. Or ils sont très nombreux les sportifs de haut niveau qui souffrent, en permanence ou dans leur période de repos, d'un problème de surcharge pondérale. Certains, même parmi les meilleurs coureurs, doivent parfois s'astreindre à un régime d'enfer quelques semaines à peine avant le Tour, un régime qui leur coûte pas mal d'énergie et donc les usent déjà avant que les choses sérieuses ne commencent. Armstrong, par exemple, n'a pas ce problème-là et c'est considéré comme un grand avantage par rapport à certains de ces rivaux directs...

Enfin, selon le professeur Kimmel, cardiologue à l'université de Pennsylvanie, la famille des médicaments dits IRSS (inhibiteurs de la recapture spécifique de la sérotonine), dont fait partie le Prozac, pourrait avoir une action directe au niveau cardio- vasculaire, en permettant d'éviter la formation de caillot, comme l'aspirine. Par exemple, quand le sang est trop épais. Et il n'y a pas si longtemps encore, coureurs et athlètes emmenaient avec eux leur tube d'aspirine à la table du petit déjeuner.

© Les Sports 2005

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