Savoldelli revient de l'enfer

David Lehaire

Vainqueur mercredià Revel, l'équipier de Lance Armstrong a aussi connu le pire

REVEL C'est une de ces histoires qui attirent l'attention et suscitent l'admiration. Une de ces histoires qui placent leur acteur principal dans le rôle du héros venu d'ailleurs. Cette histoire contribue à associer le destin de Paolo Savoldelli à celui de Lance Armstrong. Car, comme le champion américain, le Bergamasque est un miraculé. Quand, en 2002, celui qui appartient alors à la modeste équipe Index Alexia remporte le Giro, il est bien loin de se douter qu'il va passer deux ans en enfer même si cette formation italienne, au bord de la cessation d'activités, ne le rétribue déjà plus.

Tout commence par une signature chez les Allemands de Tele- kom. Le Transalpin donne alors un tournant à sa carrière, virage qui lui coûtera de longs mois de déboires physiques. «Pendant deux ans, j'ai passé mon temps dans les hôpitaux, en Italie, en Espagne, en Allemagne... Si bien que je pourrais écrire un guide, dit-il aujourd'hui en ironisant. J'ai eu des noirs moments de déprime. Parfois, j'arrivais à peine à aller de mon lit au divan.»

C'est que, dès sa signature dans l'équipe teutonne, les accidents s'enchaînent. En janvier 2003, lors d'un stage à Tenerife, un motard le percute de plein fouet. Il se relève complètement défiguré. Aujourd'hui, il porte encore sur le visage des cicatrices imperceptibles, des ombres au niveau de l'arcade et sous le nez. A peine debout, il contracte un virus qui va l'empêcher d'exercer sa passion durant six longs mois. Le sort continue à s'acharner sur lui l'année suivante puisqu'il est victime d'une chute collective lors d'une kermesse à Cologne. Bref, le calvaire. «J'ai vraiment cru que Dieu me punissait d'avoir délaissé l'Italie pour l'Allemagne», avouera celui qui est devenu montagnard par nécessité puisqu'il habite à Clusone, au pied de la Presolana, l'un des lieux mythiques dans la lutte pour le maillot rose de leader au Giro.

Alors, quand Lance Armstrong en personne lui demande de le rejoindre chez Discovery Channel à l'hiver 2004, il croit à une blague. «J'aurais déjà dû y aller pour la saison 2001 mais les attentats du 11 septembre avaient considérablement affaibli le budget disponible pour m'engager, se rappelle-t-il avec amertume. J'avais alors dû me rabattre sur Index Alexia.»

Il se jette donc avec plaisir sur l'offre de Johan Bruyneel qui lui concède le statut de leader d'équipe au Giro et celui d'équipier au Tour. Il accepte et remportera en mai dernier le Giro, prouvant qu'il est «revenu à la vie». Ce succès ne lui donnera pas la grosse tête, se pliant aux exigences d'Armstrong sur le Tour. Il y obtient l'aval du boss pour viser une victoire d'étape. Mercredi, il a sauté sur l'occasion, se glissant dans une échappée au long cours de dix-sept coureurs. Il forgera son succès en deux temps: en accélérant dans la côte de Saint-Ferréol, puis en sautant Arvesen sur la ligne à Revel. Du coup, il écrivait une nouvelle page de son histoire.

© Les Sports 2005

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