''Je veux des baroudeurs''

Ph. V.H.

Bruyneel est conscient que ses hommes doivent changer de tactique car l'ère Armstrong est terminée
CARCASSONNE "The show is over" , nous avait confié Johan Bruyneel le matin, au départ de Luchon. Il parlait alors du show Armstrong, qui était terminé après avoir duré 7 années. Il en avait eu la preuve manifeste la veille, dans la grande étape pyrénéenne, où son équipe avait sombré corps et biens. Le soir, toutefois, lorsque nous sommes retourné le voir après la victoire de Popovych, le ton était nettement moins défaitiste, même si le manager belge sait qu'il n'a plus les moyens, désormais, de viser une victoire au classement général.

"Je suis content que notre longue réunion d'avant-course, ce matin, ait directement porté ses fruits", disait Bruyneel avec un large sourire. "Elle avait duré plus longtemps que d'habitude et elle fut plus morale que tactique. J'ai commencé par réitérer ma confiance à chacun de mes hommes mais je leur ai fait comprendre que, sans Lance (Armstrong), nos objectifs de début de Tour n'étaient tout simplement pas réalistes. D'une certaine manière, la défaite collective de ceux qui, chez nous, pensaient pouvoir courir pour le classement général fut bénéfique. Ce fut un mal pour un bien. Depuis sept ans, mes gars n'avaient plus connu la défaite. Ils étaient sans doute trop habitués à gagner. Je leur ai dit qu'il fallait changer notre fusil d'épaule, qu'ils devaient se transformer en baroudeurs, en chasseurs d'étapes. Je voulais d'eux une réponse avec panache. On avait failli dans notre première mission, il fallait s'en fixer une autre, plus en rapport avec nos qualités. Chaque étape, je désirais qu'ils la disputent comme si c'était la dernière ! Avec la victoire de Popovych, nous avons remarquablement amorcé la phase suivante de notre évolution : la transition. "

Bruyneel reconnaît que s'il veut un jour connaître à nouveau le plaisir de lutter pour la suprématie globale, il lui faudra opérer des changements dans sa formation. En attendant, il veut encore goûter à d'autres joies dans ce Tour qu'il qualifie de "décaféiné" , sans les hommes forts du passé. "On va voir si les coureurs qui ont dominé les Pyrénées seront encore là dans les Alpes et si on peut y déclencher un feu d'artifice", confie Bruyneel.

Et quand on lui demande si le Tour est clean après les exclusions du début, à Strasbourg, il dit, sans se défiler et après avoir longuement réfléchi : "Cette affaire Puerto était importante, elle a eu de grandes conséquences. Mais le Tour n'est pas encore propre; certains ne sont pas encore propres."

Qui ? Ça c'est une autre histoire...


ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE


© La Dernière Heure 2006

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