Formidable exploit de Floyd Landis !

Robert Dargeot
Formidable exploit de Floyd Landis !
©AP

L'Américain effectue un raid en montagne de 130 km et se replace dans la course au maillot jaune

Les classements

MORZINE La plus belle étape du Tour n'était pas celle de mercredi qui s'achevait à La Toussuire, même si elle fut fertile en événéments. Non, celle ce jeudi était encore plus formidable. Elle a été bouclée, victorieusement, par Floyd Landis, l'ex-maillot jaune qui était à la dérive la veille. L'Américain a eu un superbe sursaut d'orgueil, il a surtout démontré que malgré son énorme défaillance de mercredi, il était toujours candidat à la victoire finale à Paris. Étonnant !

Ainsi à trois jours de l'arrivée à Paris et, soyons clair, une seule étape sérieuse - le chrono de samedi - trois coureurs sont regroupés en trente secondes: Pereiro, leader fragile, qui compte 12 secondes d'avance sur Sastre et 30 sur Landis, auteur d'une remarquable chevauchée sur la route menant à Morzine.

Ce fut tellement beau que cela vaut la peine de l'expliquer chronologiquement. Dès les premiers kilomètres de cette difficile étape, les attaques furent nombreuses. L'une d'entre elles avait permis à De la Fuente de se retrouver en tête, de quoi émouvoir l'équipe de Rasmussen désireux de ne plus céder son titre de meilleur grimpeur. Le rythme avait donc été d'emblée élevé et quand onze coureurs, pas directement dangereux pour le leader de la course se sont propulsés à l'avant, on a cru que tout se calmerait.

C'était sans compter sur ce diable de Floyd Landis. Dès les premiers lacets du col des Saisies, à plus de 130 km du but, il se mit à faire rouler tous ses équipiers de la Phonak pour, finalement, attaquer. Dans un premier temps, Kloden, Evans, Sastre, Rogers et Menchov ont réagi, alors que le maillot jaune Pereiro, surpris, devait lâcher du lest. Estimant que l'aventure était trop hasardeuse et, hurlant peut-être au fou, les rivaux de Landis le laissèrent bientôt seul. Incapables de le suivre ou croyant que l'Américain allait à la catastrophe ? Peu importait pour Landis qui se lança dans un raid prodigieux.

Dans le col des Aravis, il récupéra les meilleurs du commando qui avaient lancé la bataille plus tôt dans l'étape, soit O'Grady, Sinkewitz, Philippe Gilbert, Patrice Halgand et quelques autres. Halgand tenta même de devancer le retour de Landis, mais finalement il fut repris à son tour. Á 50 km de l'arrivée, Landis, que seul Sinkewitz était parvenu à suivre comptait neuf minutes d'avance sur le peloton des autres favoris. Il avait, virtuellement, récupéré ce maillot jaune abandonné la veille à la suite de sa grosse défaillance.

Les équipiers de Pereiro n'étant pas capables d'assumer seul la poursuite, les CSC (Sastre) et les T-Mobile (Kloden) ont pris à leur tour les choses en main, mais c'était déjà bien tard. Car Landis ne s'est jamais écroulé, pas même dans le difficile dernier col de Joux-Plane où Sastre s'est lancé à sa poursuite. L'Espagnol a certes réussi une bonne opération, revenant dans le sillage immédiat de son compatriote Pereiro au classement général, mais le héros du jour est assurément Landis. Il a réussi l'exploit du Tour. Il s'est replacé dans la course au maillot jaune.


"Je n'avais plus le choix"

L'Américain de l'équipe Phonak s'est expliqué après l'arrivée sur sa défaillance de la veille et sur son exploit du jour.

Racontez-nous ce qui s'est passé...

"J'étais très, très déçu (mercredi soir). C'était une catastrophe. On ne s'y attendait pas. Mon équipe avait travaillé tellement dur pour m'emmener là. Je ne pouvais pas tout abandonner parce que je venais de connaître une mauvaise journée. J'ai voulu montrer à mon équipe que j'étais un leader. Le plan, c'était d'attaquer le plus tôt possible. Je n'avais plus le choix, j'étais obligé de faire cela si je voulais avoir une chance de gagner le Tour. Mon attaque était inattendue, il y a eu de la désorganisation derrière je suppose. Je ne recevais pas beaucoup d'informations, j'avais seulement les écarts. Quand j'ai vu la différence se stabiliser, j'ai pensé à aller au bout."

On vous a vu boire énormément au long de l'étape. Etait-ce lié à votre défaillance de La Toussuire ?

"Non. L'explication, si j'ai bu autant, c'est qu'il faisait très, très chaud, tout simplement. (sourire) Ou alors, c'est la bière que j'ai bu hier soir... enfin, juste une. Pour moi, ce n'était pas encore fini."

Que pensez-vous de votre position au classement général (3e à 30 sec de Pereiro et à 18 sec de Sastre) ?

"C'est évident, j'espère gagner le Tour. Il reste deux jours avant la dernière étape. Je suis assez confiant pour le contre-la-montre. On verra ce qui me restera dans les jambes après ce que j'ai fait aujourd'hui."

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