L'Amérique, l'Amérique

Envoyé spécial en france Eric de Falleur
L'Amérique, l'Amérique
©AP

Landis récupère son maillot jaune à l'issue du contre-la-montre et devrait succéder à Armstrong demain à Paris. Plus d'infos dans les minutes qui suivent

Les classements

MÂCON Jeudi fut une de ces journées qui marquent l'histoire du Tour de France, et donc du sport cycliste. Battu mais pas abattu, la veille, à La Toussuire, où il était arrivé avec dix minutes de retard, incapable d'accélérer et de répondre à l'attaque de ses adversaires, Floyd Landis avait ressuscité vingt heures plus tard, au départ de la 17e étape, à Saint-Jean-de-Maurienne. Avec ses équipiers, avec ses dirigeants, avec Eddy Merckx qui leur passa un coup de fil pour les encourager, le Californien refusa la défaite et décida de jouer le tout pour le tout. Dès avant le col des Saisies, première des quatre grosses difficultés de cette dernière étape alpestre, ses équipiers avaient imprimé un train d'enfer à un peloton incrédule de voir tant de conformisme battu en brèche.

Jeudi, Floyd Landis n'a pas couru comme les manuels le préconisent ni comme l'Américain de la Phonak l'avait répété depuis le départ de Strasbourg. Pendant quinze jours, le chef de file américain avait dit vouloir s'économiser et gagner le Tour comme Indurain, en frappant juste. Le voilà qui peut le remporter à la Merckx. " Mercredi, après l'étape de La Toussuire, j'étais très déçu car mon équipe avait travaillé très fort depuis le départ" , expliqua le vainqueur de Paris-Nice. "Je voulais démontrer que j'étais un vrai leader. Ils croyaient tellement en moi, ils avaient tellement travaillé, comme Axel Merckx qui est un grand champion. Je ne pouvais pas tout abandonner parce que j'avais connu une mauvaise journée."

Landis se lança dans un raid que n'aurait pas désavoué Eddy Merckx. Une de ces attaques où l'orgueil le dispute au génie. "Derrière, ça a provoqué la désorganisation", rigolait Landis qui venait de se replacer de manière inattendue dans la course à la victoire finale. "Je n'avais plus le choix après la journée de mercredi. J'avais connu une mauvaise journée, rien d'autre. Ce n'est pas la pression ni une fringale qui m'avaient usé."

Retardé au départ de 8:08, Landis pointe désormais à trente secondes du maillot jaune Oscar Pereiro, lui-même talonné par Carlos Sastre, deuxième à douze secondes de son compatriote. C'est dire si le chrono d'aujourd'hui, tracé entre Le Cresot et Montceau-les-Mines sur la distance de 57 kilomètres d'un parcours musclé, sera décisif et que l'avantage est revenu, de manière impensable encore quelques heures plus tôt, à Floyd Landis. À Rennes, lors du premier grand chrono individuel (52 km plats) du Tour, l'Américain (2e à 1:01 de Honchar) avait précédé Sastre (18e) de 1:10 et Pereiro de 1:40. Tous les espoirs lui sont donc permis... "J'espère gagner, c'est sûr , termine Landis. Les écarts sont minimes mais on verra. Il reste deux jours. Je suis très confiant pour le contre-la-montre, j'ai ressenti aujourd'hui (hier) mes efforts en direction de Morzine, j espère ne pas le payer."

Un dernier chrono, dans un grand tour, c'est toujours une question de fraîcheur et c'est bien plus sur les qualités de rouleur et de spécialiste de l'effort qu'il se joue. Qui veut parier que Landis est aussi le plus frais ?



© La Dernière Heure 2006


Le Tour des miracles
PAR ERIC DE FALLEUR Sauf énorme surprise et renversement de situation a priori peu envisageable - mais dans ce Tour fou, que peut-on prévoir réellement ? -, on connaît depuis avant-hier, et la désormais légendaire étape de Morzine marquée par le raid solitaire unique de Floyd Landis, le trio qui montera sur le podium final des Champs-Élysées. Reste, et c'est quand même le plus important, à déterminer dans quel ordre, Oscar Pereiro, toujours porteur du mail- lot jaune pour douze secondes, Carlos Sastre et Floyd Landis, retardé d'une demi-minute au général, monteront sur l'estrade parisienne. L'avantage que lui confèrent ses qualités reconnues de rouleur et la force morale acquise après le renversement de situation de jeudi apporte certainement un plus au coureur américain. Même s'il ne gagne pas demain le 93e Tour de France, le coureur de Phonak prendra place dans le grand livre de l'histoire du Tour, grâce à l'exploit réalisé sur les cols alpins. Landis et son équipe ont bafoué jeudi la logique cycliste qui prévalait ces dernières années, sur le Tour notamment où le panache n'avait plus guère sa place. L'édition 2006 d'une Grande Boucle malmenée dès avant son départ par les séquelles de l'affaire de Madrid va donc rester comme une des plus indécises et disputées de ces dernières années même s'il fallut un certain temps pour que le peloton et le public, privés de repères, ne se lance dans la bagarre, pour le premier, et ne s'enflamme, pour le second.



© La Dernière Heure 2006

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be