Le joli triomphe de Floyd Landis

Robert Dargeot
Le joli triomphe de Floyd Landis
©AP

Le nouveau vainqueur du Tour est un champion, pas une machine; Hushovd gagne la dernière étape après avoir enlevé le prologue

Les classements

PARIS Sur le podium final des Champs Élysées, Floy Landis succède à Lance Armstrong. Son ancien équipier et son compatriote. Là s'arrête toute comparaison. Car Landis n'a pas gagné cette Grande Boucle 2006 à la Armstrong. Ce dernier marchait sur l'épreuve et ces dernières années, la domination qu'il exerçait était totalement, presque humiliante pour ses adversaires. Il les maîtrisait dans la manche chronométrée individuellement puis les écrasait dès les premiers cols, que le Tour passe d'abord par les Pyrénées ou par les Alpes. Peu importait. Et fois la machine Armstrong en marche, plus rien ne parvenait à la gripper. Le septuple vainqueur du Tour accordait ensuite les bons de sortie au gré de ses humeurs et filait, rassuré, vers Paris.

Rien de tout cela chez Landis. Au contraire que celui qu'on surnommait the boss, il n'a jamais été le patron du Tour. Pendant trois semaines, il a été fort, prudent, inquiet, calculateur, défaillant et...prodigieux. Il a connu des hauts et un fameux bas. Il a cru gagner le Tour, puis a cru que tout était perdu. Il a redressé une situation plus que sérieusement compromise au prix d'une superbe envolée digne de jadis, digne d'Eddy Merckx qui lui a remonté le moral au lendemain de sa terrible défaillance. La victoire de Landis dans ce Tour n'est pas celle d'une machine, mais d'un champion comme on les apprécie. Fort, mais pas dominateur, costaud et fragile à la fois.

Rennes, puis les Pyrénées

Bien conseillé par John Lelangue, fils de l'ancien directeur sportif d'Eddy Merckx - le monde cycliste est très petit - Floyd Landis a construit son succès avec patience. Dans le premier rendez-vous majeur du Tour, le chrono de Rennes, il a certes subi la loi de Sergei Honchar (l'Ukrainien préfère Gonchar) mais des favoris annoncés, il était le premier. Il n'avait cependant devancé Klöden que de 42 secondes, Menchov de 43, Evans de 48 et Sastre de 1.01. On ne parlait pas encore de Pereiro, distancé de 1.40, mais davantage de ceux qui avaient lâché bien plus de terrain, Cunego, Hincapie et surtout Leipheimer auteur d'une véritable contre-performance.

La seule grande étape des Pyrénées a confirmé ce qu'on soupçonnait: les meilleurs s'appelaient Menchov, vainqueur au Val D'Aran Pla-de-Beret, Landis, Evans, Sastre. Leipheimer, ce jour-là, était dans le sillage du vainqueur russe, alors que Klöden concédait, à Landis, 1.31, que Moreau était pointé à 2.29 et que bon nombre de coureurs disparaissaient dans les profondeurs du classement, Cungeo, Popovych, Hincapie et...Pereiro, dont on ne parlait toujours pas. Landis héritait, ce jour-là du maillot jaune.

L'épisode Pereiro

Dans la plaine entre les massifs pyrénéens et alpins, le Tour prenait une curieuse tournure. Popovych tentait de se replacer et obtenait un joli gain en temps et en place à Carcassonne. Les Phonak conservaient le maillot jaune de Landis, mais déjà l'équipe témoignait d'une certaine fébrilité. "Mieux vaut abandonner provisoirement ce maillot, estima John Lelangue. Il est trop lourd à porter."

Ainsi le lendemain, un petit commando parmi lequel Oscar Pereiro se vit accorder une incroyable liberté d'action. L'Espagnol héritait de plus d'une demi-heure d'avance ce qui l'autorisait à revêtir un maillot jaune très encombrant. Mais Pereiro, ex-coureur de la Phonak, se réjouissait de l'aubaine et on signalait quand même que ces dernières années, il avait déjà terminé le Tour parmi les meilleurs.

Les Phonak et Landis avaient donc pris un sérieux risque, mais sans doute aussi les T-Mobile de Klöden et les CSC de Sastre. Pourtant, au sommet de l'Alpe d'Huez, où Frank Schleck décrochait un superbe succès, les choses semblaient être rentrées dans l'ordre. Landis avait retrouvé son maillot jaune, même si Pereiro, contrairement aux pronostics, ne s'était pas écroulé et demeurait à dix secondes seulement de l'Américain. Mais celui-ci avait pris un léger ascendant sur ses adversaires traditionnels, Menchov et Evans en particulier, alors que Klöden n'avait pas réussi à le distancer. Landis pourtant, était resté sur la défensive.

Tout bascula le lendemain. Alors que dans les premiers cols Landis était resté avec les meilleurs, en particulier grâce au soutien et au dévouement d'Axel Merckx, dans l'ascension finale menant à La Toussuire, le maillot jaune vacilla. Victime d'une très lourde défaillance, il concéda un terrain considérable, plus de dix minutes, sur le beau vainqueur du jour, Rasmussen. Pereiro, troisième de l'étape, récupérait le maillot jaune et la donne avait une fois encore changée. Outre l'Espagnol, son compatriote Sastre et, surtout, l'Allemand Klöden semblaient désormais les mieux armés pour gagner le Tour.

L'échappée belle

C'est alors que survient le plus bel épisode du Tour de France 2006. L'attaque de Floyd Landis dans le col des Saisies, premier col d'une série de cinq, et l'échappée belle qui a suivi. Sastre, puis Klöden ont un moment songé à accompagner l'Américain, mais ils n'ont pas osé, peut-être ne le pouvaient-ils simplement pas.
Landis s'est lancé dans un raid prodigieux qui lui a permis, à Morzine, de revenir totalement dans la course. Pereiro était encore en jaune devant Sastre (à 12 secondes) mais Landis était désormais à trente secondes de la première place.

L'ultime explication a eu lieu contre la montre et la logique a été respectée. Si Gonchar a gagné une fois encore, si Klöden a témoigné qu'en étant peut-être plus audacieux en montagne, il aurait pu remporter le Tour, Landis a dominé Pereiro et Sastre retrouvant le maillot jaune pour la troisième et dernière fois.
Ce Tour 2006 fut étonnant, autant que son vainqueur a été parfois déroutant. Sportivement parlant, il aura sans doute été plus apprécié que certains cavaliers seuls d'Armstrong. Mais il est heureux, n'en déplaise au courageux coureur espagnol, qu'Oscar Pereiro ne figure pas sur la plus haute marche du podium parisien, car on aurait encore rappelé souvent le cadeau de Montélimar. Désormais, au lieu d'écrire un Tour à la Walko (pour le Tour remporté à la surprise générale par Roger Walkowiak en 1956), on aurait assurément dit un Tour à la Pereiro. Landis a vu les choses autrement !

L'ultime manche, le critérium des Champs Elysées a vu la victoire de Thor Hushovd, surprenant vainqueur, il y a trois semaines, du prologue à Strasbourg. Ainsi la Grande Boucle est vraiment bouclée !


Les déclarations

- Floyd Landis (USA/Phonak): "C'était très sympa d'entendre l'hymne américain joué en mon honneur. J'ai beaucoup entendu dire que mon retour avait été exceptionnel, mais je laisse les autres juger. Je suis fier de la façon dont mes équipiers ont couru, et aussi satisfait de mon travail. C'était certainement plus intéressant à la télévision que pour nous, car c'était très stressant par moments. J'ai rêvé plusieurs fois de gagner cette course et j'ai été assez chanceux pour y participer plusieurs fois avec Lance (Armstrong), ce qui m'a apporté une expérience précieuse. Par-dessus tout, j'ai appris à me battre pour atteindre l'objectif dans le Tour. Il ne faut pas renoncer."- (AFP).

- Robbie McEwen (Aus/Davitamon), maillot vert et deuxième de l'étape: "J'ai perdu un peu de vitesse dans le dernier virage et je n'avais plus assez de puissance pour contrôler Hushovd. Il était trop fort. Mais je suis content avec mes trois victoires d'étapes et ce troisième maillot vert. Si on me l'avait dit avant le départ, j'aurais signé tout de suite. Chaque année, je réussis à garder un niveau constant et même à m'améliorer un peu. Cette année, j'étais encore plus rapide. C'est l'un des Tours les plus durs que j'ai couru. Pas seulement à cause de la chaleur mais aussi par la façon dont il a été conduit. Il n'y avait pas de contrôle sur la course comme à l'époque d'Armstrong."- (AFP).

- Mickael Rasmussen (Dan/Rabobank), meilleur grimpeur: "J'éprouve le même sentiment que l'année dernière. Pour un grimpeur, c'est un accomplissement de se retrouver sur le podium avec ce maillot.
J'étais le favori, mais j'ai dû atteindre le milieu de la troisième semaine pour le conquérir. C'est une chose de se fixer cet objectif en novembre. Il faut en faire une réalité en juillet. Je me souviendrai longtemps de mon étape de La Toussuire."- (AFP).

- Damiano Cunego (Ita/Lampre), meilleur jeune: "Je garde deux journées en mémoire, l'étape de l'Alpe d'Huez (2e) et le contre-la-montre. Je reviendrai sur le Tour pour le gagner. Il faut aussi que je me concentre sur le Giro."- (AFP).

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