"Rasmussen, on l'appelle le poulet volant"

Eric de Falleur

Quand une Danoise suit la caravane...


PLATEAU DE BEILLE Stéphanie Surrugue est danoise. Journaliste aussi, spécialisée en politique et dans les grands reportages (guerre en Irak, émeutes dans les banlieues françaises...), chef d'édition du numéro du dimanche de son quotidien Politiken , le deuxième journal au Danemark.. La jeune femme n'a pourtant pas le type scandinave et pour cause. Elle est la fille de Roland Surrugue, pistard français des années soixante, qui fut champion national de vitesse et disputa les JO de Rome. "C'est en venant courir les Six-Jours de Copenhague qu'il a rencontré ma mère , explique-t-elle. Avec son partenaire, il s'entraînait dans les rues et ils ont renversé ma mère et l'amie qui l'accompagnait. Pour se faire pardonner, ils les ont invitées au vélodrome. Ma maman avait quinze ans et pendant deux ans, mes grands parents n'ont pas voulu qu'ils se voient. Mon père ne parlait pas danois, ni ma mère le français, mais leur histoire a été plus forte..." Notre consoeur, qui suit le Tour pour la deuxième fois avec son collègue spécialisé en cyclisme, tient un blog sur le site de son journal qui rencontre un succès énorme auprès des femmes et des jeunes. Stéphanie connaît donc bien la France, où elle a vécu un an, sa culture, mais aussi le vélo. "J'ai toujours vécu dans le cyclisme , dit-elle. Ma soeur est mariée avec l'ancien coureur Dan Frost, directeur sportif chez CSC. J'avais douze ans quand j'ai compris que les hommes avaient des poils sur les jambes parce que, jusqu'alors, je n'en avais vus qu'avec des jambes rasées... J'ai longtemps détesté les vacances d'été car mes parents nous emmenaient, quand j'étais petite, en France, suivre le Tour à l'époque de Kim Andersen, dans une vieille Lada. Mais quand j'ai eu seize ans, l'amour du Tour est revenu." L'an dernier, la journaliste scandinave découvre le Tour. "À Strasbourg, avec l'explosion de l'affaire Puerto, ça a été la douche froide , se souvient-elle. Je voulais rentrer, j'étais en état de choc." Un an plus tard, elle revit un nouveau coup dur avec, quelques semaines après les aveux de dopage de Bjarne Riis, la suspicion qui accompagne Rasmussen. Jeudi soir, c'est son journal qui a révélé l'affaire Rasmussen en même temps que la chaîne de télévision nationale. "Nous sommes une jeune nation en cyclisme, le Tour n'a explosé chez nous qu'au milieu des années 1990 , dit-elle. Les Danois sont fous du Tour et de la France pour laquelle nous avons une attirance et une affection. Ils étaient fiers de la réussite de Riis, même si on le surnommait Mister 60 % (allusion à l'hématocrite du Danois) et ils ont été choqués par les révélations. Leur déception a été à la hauteur de leur exaltation. Aujourd'hui, la même question se pose. Est-ce que notre héros triche ? Peut-on avoir confiance en un poulet (NdlR : le surnom de Rasmussen) ? Chez nous, on l'appelle Den flyuende kylling, le poulet volant. On veut tous avoir un sport clean, on veut y croire car on a besoin de héros crédibles, pas de tricheurs et de dopés." Sur le Tour, où il est le seul coureur danois, Michael Rasmussen est suivi par quarante journalistes de son pays.



© La Dernière Heure 2007

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