C’était le Tour d’Evans !

Philippe Van Holle

L’Australien, éternel bosseur, a enfin atteint son but ultime !

Pour la plupart des suiveurs, Cadel Evans est une véritable énigme. On connaît le coureur, mais on sait beaucoup moins de choses sur l’homme. Ses rapports avec la presse ne sont pas toujours spontanés et son style en course, souvent assez défensif et emprunté, influence l’image parfois peu positive qu’on a de lui.

David Bombeke, son chiropracteur belge, le présente au contraire comme quelqu’un de sensible et intelligent. Quelqu’un qui savoure réellement les petits bonheurs de la vie, des moments qu’il partage avec sa femme Chiara et sa chienne Molly.

“Mais c’est vrai qu’il est capable de répondre en deux mots seulement à un journaliste qui lui pose une question sur la course alors qu’il passera du temps à s’entretenir avec un enfant qui lui demande pourquoi il porte des chaussures rouges ou jaunes, explique Bombeke. Il est comme ça, Cadel. Tout le monde ne le comprend pas, beaucoup de gens ont même de sérieux préjugés à son égard, mais il a renoncé à tenter de les convaincre, même s’il a essayé par le passé.”

L’Australien n’est pas un artiste. L’élégance, il ne connaît pas vraiment, du moins sur un vélo. Il a gardé ce style haché de vététiste qui fait qu’il semble toujours un peu plus penché sur son guidon à mesure que la pente d’un col s’accentue. Mais c’est aussi le monde du VTT (dans le cadre duquel il a remporté deux Coupes du monde) qui lui a appris à reculer son seuil de souffrance à un point qu’on imagine mal.

Car Evans a évidemment de grosses qualités que chacun s’accorde à lui reconnaître : c’est un bosseur, doté qui plus est d’un mental bien au-dessus de la moyenne. Par-dessus tout, c’est un grand, un énorme professionnel. Il ne laisse aucun détail au hasard. Un exemple ? Alors que le jour du contre-la-montre Contador a dû demander à son chauffeur de jouer les matadors pour arriver à temps au départ malgré les embouteillages, alors qu’Andy n’avait pas pris soin de reconnaître le parcours de ce chrono avant le Tour, Evans, lui, s’était levé très tôt samedi pour pouvoir se mettre en route vers Grenoble à 8 heures. Bien qu’il avait participé au Dauphiné (où exactement le même parcours avait été programmé) et reconnu le contre-la-montre avant et après cette épreuve, Evans avait à nouveau tenu à refaire le tracé quelques heures avant de s’élancer pour le défi de sa vie.

Le défi de sa vie ? L’expression est sans doute mal choisie. Le défi d’une carrière seulement, et c’est déjà beaucoup !

Car il a une autre vie à côté du vélo, avec sa proche famille, avec ses grandes causes aussi, qu’il défend bec et ongles, comme celle d’un Tibet libre qui lui tient tant à cœur.

Il ne faut toutefois pas s’y méprendre : le challenge de finir au moins une fois le Tour en jaune l’habitait depuis 20 ans, depuis le jour où, adolescent, il regarda pour la première fois une étape du Tour à la télévision, dans sa lointaine Australie. Trois ans plus tard, il débarquait en Europe avec pour seule compagne une petite valise.

C’était le début d’une grande et belle aventure. Certes, elle sera semée d’embûches, de bonnes et de moins bonnes rencontres, qui l’ont toutefois toutes, quelles qu’elles soient, mené là où il se trouvait hier, pour son plus grand bonheur : la plus haute marche du podium du Tour…



© La Dernière Heure 2011


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