Une journée au cœur du peloton

Quentin Finné
Une journée au cœur du peloton
©Photos News

Nous avons suivi la première étape depuis une moto, au milieu des coureurs

SERAING Le cliquetis d’un dérailleur exaspérerait sans aucun doute l’oreille d’un mélomane, mais, tout au long de la journée d’hier, il a épousé pour nous les notes de la plus douce des mélodies. Pour cette première étape, nous avons eu le privilège d’embarquer sur une des trois moto-presse, au cœur même du peloton, pour y vivre la course au plus près des athlètes.

Une fois casqué et briefé sur les règles de sécurité, vient l’apprentissage du terrain. Si nous précédons le défilé des coureurs de quelques minutes, c’est à tout le Tour de France que le public liégeois semble bien décidé à faire la fête. Les saluts et cris de joie saluant le passage de chaque véhicule du cortège sont incessants et notre moto, elle aussi, y a droit. Et si notre réponse est encore timide dans les premiers kilomètres, le salut se fait papal après dix bornes.

L’arche du kilomètre zéro symbolisant le départ réel tout juste franchie, le petit haut-parleur installé sur notre moto crépite tout à coup avec frénésie : “Attaque, attaque à l’avant du peloton” . Nicolas Edet, le coureur de chez Cofidis, vient de créer la première bonne échappée de ce Tour de France.

Un petit arrêt sur le bas-côté permet de nous laisser doubler par les six fuyards, puis un bon coup de gaz nous suffit pour revenir dans la roue de Morkov. Les discussions vont bon train dans le petit groupe, mais l’entente semble bonne. En tendant l’oreille on surprend même le contenu des conversations. “Turn more” , lance ainsi le Français Bouet.

Le claquement des pales des hélicoptères emmenant le premier convoi de VIP résonne au loin, alors que le petit manège des voitures de directeurs sportifs s’installe derrière les hommes de tête. “Europcar, Europcar aux échappés” , lance Christian Prudhomme sur les ondes de Radio Tour. Le véhicule de l’équipe française déboule alors en une seconde pour se porter à hauteur de Yohann Gene et ravitailler en bidons. Si le souffle des voitures nous caresse la joue, la maîtrise affichée par chacun des pilotes rend la cohabitation harmonieuse.

“On va prendre du champ pour casser la croûte” , nous explique notre pilote Gilles avant de placer une sérieuse attaque qu’Anthony Delaplace accompagne du regard, sans doute interloqué par la vélocité de notre envolée.

Un pique-nique plus tard, c’est derrière le peloton que nous prenons place cette fois. Le ballet des voitures est ici bien plus frénétique et les relais appuyés. Jurgen Van den Broeck y fait le point avec Herman Frison avant que son équipier De Greef ne le ramène dans le paquet. Cet énorme amas bigarré a les allures d’une ruche bourdonnante où chaque abeille besogneuse s’astreint à sa tâche avec application.

La course se fait plus nerveuse à mesure que les kilomètres défilent et le public encore plus nombreux au bord de la route. Erezée, Hotton et Tohogne ont été prises d’assaut par la foule qui se presse sur cinq à six rangées dans les centres-villes.

“Cela devient trop chaud, il faut que l’on file.” Sur les ordres de Jean-François Pescheux, notre pilote s’immisce alors au cœur même du peloton. Fabian Cancellara détourne son regard à notre passage pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un rival. Les visages sont déjà marqués par l’effort et les souffles parfois courts. Le peloton compte, l’espace d’une minute, un 199e coureur. Mais si nous avalerons la Côte du Bois Hezalle à plus de 40km/h, c’est bien pour Peter Sagan que les flashs crépiteront.



© La Dernière Heure 2012

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