Sky, un succès qui dérange

F. Chl.
Sky, un succès qui dérange
©AP

Le ciel est bleu pour la formation britannique, mais les nuages du dopage commencent à assombrir son horizon sur les réseaux sociaux. Ces suspicions sont-elles bien légitimes ?

BESANCON Sky is no limit ? Depuis la démonstration de Bradley Wiggins et Christopher Froome dans le contre-la-montre de Besançon, tout le monde se demande si les deux coureurs de la formation britannique pourront être battus sur ce Tour 2012. Et il n’en fallait pas plus pour que les comparaisons avec des épisodes douteux de l’histoire récente de la Grande Boucle fleurissent sur les réseaux sociaux. Le parallèle imaginé par certains sur Twitter entre la Sky et la sulfureuse US Postal de Lance Armstrong a été jusqu’à faire sortir de ses gonds le très flegmatique Wiggins qui a traité de “branleurs” ceux qui exprimaient de tels soupçons sous le couvert de l’anonymat.

Mais le doute n’est-il pas permis dans une épreuve où depuis 1996, tous les vainqueurs (excepté Sastre et Evans) ont trempé dans des affaires de dopage, deux d’entre eux, Landis et Contador, s’étant même vus retirer leur succès après avoir été pris par la patrouille ? La comparaison entre le collectif Sky et celui de l'US Postal en son temps est également facile, mais peu flatteuse. Il en va de même pour les duos Wiggins-Froome et Ullrich-Riis...

Pis, que faut-il penser lorsqu’on lit les propos d’un Michael Rogers qui déclarait sur le site officiel du Tour de France avoir dépassé les 500 watts dans les trois premiers kilomètres de la Planche des Belles Filles ? Rappelons que selon Antoine Vayer, ancien entraineur de l’équipe Festina, un coureur accomplissant un effort de 20 minutes dans le dernier col en développant plus de 450 watts est considéré comme "mutant"...


Sky ou l’hyper professionnalisation

Voici deux ans, Dave Brailsford, un ancien coureur gallois, débarquait dans les pelotons à la tête d’une équipe britannique aux moyens financiers considérables, avec l’ambition qu’un des sujets de sa Gracieuse Majesté inscrive son nom au palmarès de la Grande Boucle. Sky mettait l’accent sur l'utilisation d'un matériel dernier cri et des méthodes d’entrainement révolutionnaires. L'équipe s'entourait d’anciens pros et d’entraineurs issus d’autres disciplines afin d’effectuer plus de travail spécifique. A l'époque, aucun des coureurs britanniques en activité ne semblait être en mesure de s'imposer à Paris...

Bradley Wiggins, lui, s’était surtout distingué sur la piste. Mais en 2009, il échouait au pied du podium du Tour 2009 derrière un certain Lance Armstrong. Sa recette ? Un régime qui lui permit de perdre près de 10 kilos. Malheureux lors de ses deux derniers Tours avec Sky, Wiggo a pris une nouvelle dimension cette saison en frappant fort dans chacune des courses auxquelles il a participé. Vainqueur de Paris-Nice, du Tour de Romandie et du Dauphiné Libéré, le Britannique a systématiquement écrasé les étapes chronométrées.


Mais d'où sors-tu, Chris Froome ?

Le parcours de Chris Froome est différent. Né à Nairobi en 1985, il fit ses premiers tours de roues sous la liquette kenyanne où il se fit remarquer lors d’un championnat du monde espoirs du contre-la-montre en renversant un photographe seulement 150 mètres après le départ. Froome rejoignit ensuite la Barloword, une formation britannique avec laquelle il participa en 2008 à sa première Grande Boucle. 84e du classement général final, il avait notamment décroché une 14e place lors du dernier contre-la-montre.

En 2010, il s’engagea avec Sky où il allait éclore brutalement lors de la dernière Vuelta. Débarrassé de la bilharziose, une maladie tropicale qui l’affaiblissait fortement, le Kenyan blanc allait reprendre sur les routes espagnoles le leadership confié à Wiggins pour échouer juste derrière le vainqueur final Juan José Cobo. Cette saison, Froome confirme ses belles dispositions au Dauphiné et, si beaucoup s’attendaient à ce qu’il surprenne lors de ce Tour, personne n’imaginait le retrouver à un tel niveau. Son explication à lui est toute simple : ”Ceux qui critiquent doivent se réveiller et comprendre que le cyclisme a évolué. Ardeur au travail et sacrifices = résultats. Fin de l’histoire”.


Un Aicar de conduite ?

Cependant deux choses frappent chez ces deux coureurs : leur extrême maigreur. Il n’en faut dès lors pas plus pour les soupçonner d’utiliser de l’Aicar. Cette pilule miracle, qui serait en vogue dans les pelotons depuis 2009 (année de l’éclosion de Wiggins sur le Tour) est le cauchemar de ceux qui luttent contre le dopage car elle est indécelable dans le sang. Ce médicament permet à ses utilisateurs de brûler les graisses, tout en renforçant les tissus musculaires par dilatation des vaisseaux sanguins.


Les contre-exemples de Cavendish et Boassen Hagen

La réussite de l’actuel maillot jaune et de son lieutenant trouve cependant ses contre-exemples. Si Sky avait réellement mis la main sur une potion magique qui rendrait invincibles ses coureurs, comment expliquer que Mark Cavendish ait perdu de sa superbe lors des arrivées au sprint et qu’Edvald Boassen Hagen n’ait pas encore atteint le niveau d’un Peter Sagan ? Si le premier ne dispose plus de l'infernal train qui était le sien chez HTC, le second tarde à confirmer son incroyable potentiel. EBH, surdoué du vélo, vit finalement une évolution on ne peut plus linéaire, contrairement à un certain Christopher Froome.

Preuve, sans doute, que les soupçons autour de l’équipe Sky reposent avant tout sur des impressions. Mais comme souvent, ce sont les descentes de police ou les éprouvettes qui permettront de faire éclater la vérité. En attendant, espérons que cette ultra-domination Sky poussera les adversaires de Wiggins et Froome à se lancer dans de grandes offensives dès les Alpes. C'est-à-dire dès demain...

© La Dernière Heure 2012

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be