Virenque: "Ce Tour 2013 s’annonce hyperdifficile"

Le septuple maillot à pois préface la centième Grande Boucle.

Quentin Finné

La peau tannée par un soleil qu’il est allé chercher dans le sud de la France pour les besoins d’une émission de télévision, Richard Virenque semble heureux de retrouver son nouveau chez lui. Dans un établissement proche de l’Avenue Louise, celui qui est désormais installé à Saint-Gilles a accepté de préfacer longuement, pour la DH, ce centième Tour de France, une épreuve qui a jalonné l’ensemble d’une carrière marquée par la conquête de ses sept maillots à pois, sept victoires d’étape sur la Grande Boucle, mais aussi l’éclatement de l’affaire Festina.

Chris Froome et Alberto Contador font office de grands favoris pour ce 100e Tour de France. Un outsider pourrait-il, selon vous, inquiéter ce duo ? 


"Non, je ne pense pas. Le parcours proposé par les organisateurs est, cette année, extrêmement montagneux et difficile. La lutte pour la victoire finale à Paris se cantonnera donc, selon moi, à ce seul duel." 

Pour la première fois de son histoire, le Tour visitera la Corse. Que vous inspire ce coup d’envoi insulaire ? 

"Ce Grand Départ nous proposera des images sublimes. La Corse méritait pleinement de recevoir enfin la visite du Tour car c’est un terrain de jeu fantastique que j’avais découvert lorsque j’étais coureur lors du Tour de Corse pour amateurs. Mais ces trois étapes seront extrêmement piégeuses pour les favoris. Les routes de l’île de beauté sont étroites et sinueuses. Et chacun sait quelle peut être la nervosité du peloton sur les premières étapes du Tour… Tout le monde est frais et souhaite courir à l’avant. Je suis ainsi persuadé qu’il y aura plusieurs victimes de premier plan qui accuseront déjà un retard de plusieurs minutes au moment de rejoindre Nice et le continent." 

Quel regard posez-vous sur le parcours de ce centième Tour de France ? 

"Je pense que c’est sans doute le tracé le plus difficile de ces quinze dernières années. Je ne me rappelle tout simplement pas d’avoir vu une Grande Boucle aussi ardue. Lorsque le peloton arrivera au cœur des difficultés, la répétition de celles-ci ne laissera ainsi aucune place au hasard. Froome et Contador se détacheront alors nettement du reste de la meute." 

Vainqueur dès le Tour d’Oman, en février, Chris Froome a fait étalage d’un excellent niveau de forme depuis le début de la saison. Cela change de la préparation traditionnelle des favoris du Tour… 

"Le Britannique est, selon moi, en forme trop tôt. Il risque de rencontrer certains problèmes dans la dernière semaine du Tour qui est sans conteste la plus corsée. Alberto Contador s’appuie, lui, sur une expérience bien plus solide que celle du Britannique. Il sait, mieux que quiconque, comment se préparer pour une course de trois semaines. Il était un peu en retrait sur le Critérium du Dauphiné, mais je ne doute pas qu’il sera au meilleur de sa forme au moment voulu." 

Peut-on parler de bluff dans le chef du Madrilène ?

 "Non, il ne s’agit pas d’une partie de poker menteur. Mais Alberto Contador a été sur la retenue jusqu’ici. Sur le Critérium du Dauphiné, la différence de niveau entre les deux hommes était très nette. Chris Froome était, déjà, plein gaz alors qu’Alberto Contador a, lui, joué aux équipiers. Je donne raison à l’Espagnol dans ses choix. Il faut pouvoir mettre toutes les chances de son côté au moment le plus opportun. Avec tout ce qui a été instauré au niveau de la lutte antidopage, il n’est pas possible d’être sur la brèche du premier janvier au 31 octobre. À force de tirer sur la corde, celle-ci finit par rompre." 

On parle beaucoup du collectif de la formation Sky, mais Alberto Contador est, lui aussi, très bien entouré depuis les arrivées de Rogers, de Kreuziger ou de Roche. Quelle équipe vous apparaît la plus complète ? 

"Elles sont, à peu de choses près, du même niveau. Je pense, de toute manière, qu’au vu de la difficulté du parcours, les deux hommes se retrouveront seuls au plus fort de la bataille."

 En homme contre homme précisément, lequel de ces deux coureurs est, selon vous, le meilleur grimpeur ? 

"Contador reste, à mes yeux, le meilleur grimpeur du monde. Il dispose de la morphologie type pour briller en montagne. Il possède aussi une explosivité fantastique que Froome n’égale pas. Mais le Britannique compense par une forme de fraîcheur, une réelle faim de succès. L’encadrement de l’équipe l’a installé dans le rôle de leader et il voudra se montrer digne de cette confiance."

Le Tour 2012 avait été jugé soporifique par beaucoup du fait de la mainmise des Sky sur la course. Ne craignez-vous pas que l’on revive le même scénario ? "

Le tracé de la dernière Grande Boucle permettait à une équipe de cadenasser le déroulement de l’épreuve, mais il en va tout autrement cette année. Là où la montagne avait été, si je puis dire, rabotée en 2012, c’est tout l’inverse cette année. Lorsque l’on va rentrer dans les Pyrénées et les Alpes, cela ne va pas s’arrêter de monter. Le Ventoux et le contre-la-montre extrêmement difficile entre Embrun et Chorges corseront un peu plus le tout. Contrôler les trois premiers jours de course en Corse sera déjà extrêmement éprouvant…" 

L’attitude de Chris Froome lors de la montée de la Toussuire sur le Tour 2012 avait été sujette à la critique. Que vous avait-elle laissée comme sentiment ?

 "Je pense, contrairement à beaucoup, que le Britannique s’était montré extrêmement loyal en se rangeant dans le rôle d’équipier qui lui avait été assigné. Wiggins, au contraire, ne s’est pas comporté en seigneur cette année. Je considère en effet que, même s’il n’était pas en condition, la moindre des choses était de rester dans l’équipe pour se mettre au service de celle-ci dans le chrono collectif de Nice par exemple. Déclarer forfait un mois avant le départ, c’est plutôt surprenant…" 

On parle de problème mental dans le chef du dernier vainqueur du Tour…

 "Je ne sais pas si on peut aller jusque-là, mais il ne ressort, en tout cas, pas grandi de ce renoncement. Il lui est peut-être difficile de retrouver le costume de l’équipier qu’il a pourtant incarné pendant la très large majorité de sa carrière. Je suis simplement déçu qu’il ne soit pas au départ."


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