Froome écrase le Ventoux

Le Britannique a déposé tous ses adversaires dans le Mont Chauve pour s'offrir un deuxième succès, conforter un peu plus son maillot jaune...et mettre de l'eau au moulin de ses détracteurs.

Guillaume Gautier
Froome écrase le Ventoux
©BELGA

Christopher Froome avait deux adversaires depuis sa victoire écrasante à Ax 3 Domaines: les coureurs du Tour, évidemment, mais aussi les détracteurs, qui avaient sorti les chiffres, watts à l'appui, pour faire planer l'ombre du dopage sur la performance du Britannique dans les Pyrénées.

Le premier adversaire a été terrassé sur les pentes d'un Mont Ventoux qu'il a dominé de la tête et des épaules. Le second, par contre, est plus acerbe que jamais, comme en témoignent les sifflets qui recouvraient les quelques applaudissements à l'arrivée.

 

Excès de vitesse

La plus longue étape du Tour de France, avec 242 kilomètres au programme, démarre sur un rythme effrené. Les audacieux, Gilbert en tête, sont flashés à soixante à l'heure de moyenne dans les dix premières bornes du jour. Une allure infernale que le peloton va d'ailleurs maintenir toute la journée, pour arriver avec trente minutes d'avance sur les prévisions les plus optimistes au sommet du Géant de Provence.

Les Belges tentent tout pour faire partie de "la bonne", mais le coup part finalement sans eux. Pas de Gilbert, De Gendt ou De Clercq, mais un groupe de neuf coureurs avec le maillot vert Peter Sagan, les Français Fédrigo, Roy, Riblon et Chavanel - fête nationale oblige -, les Espagnols Irizar et Losada, l'ancien maillot jaune Impey et le grimpeur néerlandais Poels.

 

Rolland, pois plume

Une nouvelle fois, Pierre Rolland roule à contretemps. Le maillot à pois tente de revenir, mais les hommes de tête ne veulent pas du Français dans l'aventure. Et pour cause: derrière, les Movistar ne laissent pas filer Rolland. Valverde avait prévenu: il ne laissera plus de répit à ces Europcar qui ont roulé contre lui sans raison dans la plaine.

Rolland baisse donc pavillon après des kilomètres de vaine poursuite, et laisse les neuf s'envoler vers le Ventoux.

 

Sagan, le vert quasiment plein

Peter Sagan ne ménage pas sa peine pour que l'échappée reste en tête le plus longtemps possible. La ligne d'arrivée du Slovaque est à 35 bornes du but, lieu du sprint intermédiaire du jour. Mission accomplie pour le maillot vert, qui empoche vingt points pour porter à 99 unités son avance sur Mark Cavendish. Peter peut voir venir sereinement, et continue même à faire le show dans les pentes du Géant de Provence en s'offrant un wheelin' en mondovision au moment d'être avalé par le peloton.

 

L'Apache sur le sentier de la guerre

Chavanel est le dernier à résister au retour du peloton dont se détache d'abord Bakelants. L'intenable Belge revient sur Mimosa en même temps que le Basque Nieve, qui ne tarde pas à déposer un Bakelants qui régale par ses attaques à répétition, au point de faire figure de candidat sérieux pour l'élection de supercombatif du Tour.

Nieve grimpe "tranquillement" les pentes les plus difficiles du Mont Chauve, avant de voir revenir un avion colombien. Dans un peloton emmené par une équipe Sky retrouvée, l' Apache est le premier à déterrer la hache de guerre. L'avance du duo grimpe à 45 secondes, et puis Kennaugh se gare en tête de peloton et laisse Porte prendre la direction des opérations.

 

Porte a fermé la fenêtre

Richie Porte. Sans doute la plus grande énigme de ce Tour. Énorme à Ax 3 Domaines, à la dérive le lendemain. À nouveau affûté au Mont Saint-Michel, puis soufflé par les bordures sur la route de Saint-Amand. "Porte passe par la fenêtre", osaient certains. Ce dimanche, la fenêtre était fermée. À double tour.

Le peloton fond comme le bitume sous le soleil de plomb provençal. Pierre Rolland lâche prise, Andy Schleck, à la dérive, n'avance plus - il attend son frère, oseront dire certains - et envoie aux oubliettes toutes les promesses entrevues en première semaine. Puis c'est au tour d'Evans, de Daniel Martin, de Kwiatkowski, Fuglsang…et puis tous les autres. Seul Contador résiste à l'ultime coup de reins de l'Australien. Et puis, Porte s'écarte pour laisser Froome entrer en action. Il est 16h12.

 

Froome, joue-la comme Cancellara

Et là, le Britannique coupe le souffle du monde entier. Sans se lever de sa selle, le maillot jaune fait exploser Contador. Comme Cancellara sur les monts flandriens. Une attaque en facteur dans des pourcentages qui défient la raison. Contador reste scotché au bitume alors que le maillot jaune semble faire du vélo d'appartement sur le Mont Chauve. En moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, Froome revient sur Quintana, qui avait abandonné Nieve en cours de route.

Le duo creuse l'écart. Froome roule, parle brièvement avec Quintana, qui coupe court à la conversation. Du coup, le Britannique se met à faire la conversation avec Dave Brailsford à l'oreillette. Certains diront qu'il demande les écarts. D'autres avanceront, plus acerbes, qu'on lui demande de ralentir pour éviter de faire hurler les suiveurs.

 

Un jaune qui pose question

Les directeurs sportifs de la formation Sky étaient-ils sur Twitter dans leur voiture? Toujours est-il que l'attaque décisive de Froome coincide avec ce tweet d'un certain Lance Armstrong, lui qui a laissé le Ventoux lui filer deux fois entre les doigts.

Froome s'envole alors, seul, vers les cimes. Comme Merckx en 1970, il s'impose en jaune au sommet du Mont Chauve. Comme le Belge, il finit sous bonbonne d'oxygène. Comme Merckx, simule-t-il?

L'arrivée du Britannique rappelle en tout cas furieusement les victoires de Rasmussen en 2007, quand le Danois arrivait seul sous les sifflets au sommet des cols pyrénées. Là aussi, les sifflets étaient bien plus forts que les applaudissements. Il faut dire que l'accélération assise du Kenyan blanc pose question. À l'arrivée, on parlera d'ailleurs plus d'Aicar que d'écarts.

Ces écarts, justement, ils sont moins importants qu'à Ax, mais tout de même impressionnants: trente secondes pour Quintana, 1'23" pour Nieve et Rodriguez, sorti du groupe de poursuivants dans le final. Suivent Kreuziger, Contador, Fuglsang, Mollema…et un peu plus loin, l'excellent Bart De Clercq, onzième du jour à 2'12".

 

Et la suite, alors?

À la veille de la journée de repos, le Tour semble plus que jamais joué. Froome a tué le Tour avant les Alpes. Mollema, deuxième, est repoussé à 4'14". Contador pointe à 4'25" alors que Quintana récupère la sixième place et le maillot blanc…qu'il ne portera pas, puisqu'il est à présent deuxième au classement de la montagne, derrière un Chris Froome qui pourrait bien être le premier à ramener les deux maillots à Paris depuis…Eddy Merckx en 1970.


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