Wout van Aert a la conquête du maillot vert: "Il faudra se battre pour chaque point"

Le Campinois a fait du maillot vert son objectif du Tour de France, auquel il participe pour la quatrième fois.

Wout van Aert a la conquête du maillot vert: "Il faudra se battre pour chaque point"
©BELGA

En bientôt septante ans, ce sont les Belges qui ont remporté le plus souvent le classement par points au Tour. De Stan Ockers (double lauréat) à Tom Boonen, en passant par Rik Van Looy, Eddy Merckx (trois fois), Walter Godefroot, Herman Van Springel, Patrick Sercu, Freddy Maertens (à trois reprises), Eric Vanderaerden ou Eddy Planckaert, nombreux de nos plus grands champions ont ramené le maillot vert au pays. Un bonheur qu'ont connu également Willy Planckaert, Rik Van Linden, Rudy Pevenage ou Frank Hoste.

En même temps que le vivier de nos sprinters se tarissait momentanément, les succès se sont espacés. Cette année, encouragé par ses trois premières participations réussies, Wout van Aert avoue ouvertement vouloir remporter à son tour ce maillot vert.

Il peut tout gagner en début de Tour...

Sans être excessivement chauvin, reconnaissons que van Aert possède de belles cartes pour succéder à Mark Cavendish. Jusqu’à la veille de l’arrivée à la Super Planche des Belles Filles (terme de la 7e étape), le Belge peut gagner tous les jours. Contre la montre à Copenhague, dans le vent ou au sprint lors des deux autres étapes danoises. Son punch peut aussi faire mouche dans les monts du Calaisis ou à Longwy et, bien évidemment, il sera l’un des grands favoris de l’étape empruntant les pavés vers Arenberg. La première partie du Tour peut vraiment sourire au Campinois et lui permettre surtout, si tout rigole, de frapper déjà un grand coup.

Mais attention, l’on disait déjà cela, il y a douze mois. En Bretagne puis dans les chronos et même jusqu’aux Alpes, les occasions de s’imposer étaient multiples et pourtant, finalement, c’est dans l’étape du… Ventoux que le Campinois trouva la récompense à ses efforts, à la moitié du Tour. Il est vrai qu’il avait débuté à Brest avec du retard, en raison de la crise d’appendicite qui l’avait contraint à se faire opérer début mai. Le Belge avait fini le Tour en boulet de canon. Il fut ensuite intenable jusqu’à Paris, où il réussit un triplé aussi étonnant que rare en remportant, après cette étape de haute montagne, un chrono et le sprint aux Champs Elysées.

Cette fois, dès la présentation du parcours 2022, van Aert a bien fait comprendre qu’il ferait de la conquête du maillot vert un de ses objectifs majeurs de la saison.

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Comme il l’a réalisé au printemps à Paris-Nice, puis au Dauphiné, le coureur de Jumbo-Visma rêve de gagner en juillet l’une ou l’autre étape (il s’en est déjà offert six en trois participations), de revêtir, enfin, le maillot jaune, ne fût-ce qu’une journée, puis, surtout, de remporter le classement par points. Ces dernières saisons, le Belge n’a pas voulu, ou pu, jouer sa chance et viser ce maillot vert qui semble être fait pour ses multiples qualités.

Au récent Dauphiné, tandis que Primoz Roglic et Jonas Vingegaard dominaient leurs adversaires, ce qui permit d’ailleurs au jeune Danois de bien faire comprendre qu’il n’est pas inférieur, et certainement pas en montagne, à son aîné slovène, van Aert a rendu une excellente copie avec deux succès, deux deuxièmes places, quatre jours en jaune et le maillot vert final. Il signerait sans doute pour pareil résultat au Tour.

"J'attends que l'équipe m'aide à conquérir le maillot vert au Tour, comme elle sait pouvoir compter sur moi dans notre quête du maillot jaune", a répété l'Anversois cet hiver.

De la composition exacte du "huit" aligné par Jumbo-Visma à Copenhague, on saura si Wout van Aert aura un peu, beaucoup, énormément ou pas du tout d’aide à attendre de ses partenaires, engagés par ailleurs dans la lutte pour la victoire finale, bien plus importante pour les sponsors. Si Christophe Laporte, Tiesj Benoot, Nathan Van Hooydonck et, ou, Mike Teunissen, qui pourraient tous lui être d’une aide très précieuse pendant trois semaines, sont présents ou pas, on comprendra l’intérêt qu’accorde ou non la formation néerlandaise à ce maillot vert. De même, van Aert devra-t-il jouer les anges gardiens dans la plaine et le sherpa en montagne pour les deux candidats au podium comme il l’a souvent fait ces trois dernières années ?

Wout van Aert aura également très rapidement confirmation que de faire du maillot vert un vrai objectif complique la tâche. Ce n’est pas un hasard si un sprinter aussi prolifique (34 succès d’étapes) que Mark Cavendish ne l’a remporté qu’à deux reprises, tout en déclarant chaque année au départ qu’il ne le visait pas et qu’il verrait bien en cours d’épreuve s’il y avait lieu de s’y intéresser.

Les sprints intérmédiaires, aussi...

Depuis qu’ASO a introduit des sprints intermédiaires et les a surtout revalorisés (ils offrirent longtemps à peine 6, 4 et 2 points pour le maillot vert alors que désormais les quinze premiers marquent de 20 à une unité) tout en enlevant les bonifications qui auraient pu influencer leur importance et leur déroulement, il faut être focalisé pendant les vingt et une étapes. Comme pour celle du classement général, certes un petit peu moins, la lutte pour le maillot vert implique en effet de rester concentré pendant trois semaines. Cela encore plus pour un coureur de la trempe de Wout van Aert qui ne peut et ne veut pas laisser de côté les deux chronos dont les sprinters peuvent se désintéresser.

"Se mêler aux sprints intermédiaires, c'est nouveau pour moi", reconnaît-il. "Les années précédentes, à la veille d'un chrono, je pouvais m'épargner et ne pas prendre part à un sprint. Cette fois, ce sera impossible. Les étapes plates sont tellement bien dotées, à l'arrivée et dans les sprints intermédiaires. Il faudra se battre pour chaque point. Dès le premier jour, je devrai m'y impliquer à fond."

Mais, on le constate chaque année, après trois ou quatre étapes, des coureurs qu’on imaginait focalisés sur le classement par points peuvent dire adieu au maillot vert parce qu’ils présentent déjà un retard conséquent sur ceux qui sont partis sur les chapeaux de roues. Car le mode de calcul actuel donne un bonus à la victoire, notamment dans les sprints massifs. Ainsi, les quatre étapes gagnées l’an passé avaient rapporté 200 points à Mark Cavendish (4 fois 50) alors que les trois succès de van Aert ne lui en valurent que 90 (50 et 2x20). Pourtant, collectionner les succès n’est pas la garantie de ramener la tunique verte sur les Champs Elysées. En 2009, le même Mark Cavendish avait enlevé six étapes (!) mais avait fini 2e, à dix points du maillot vert Thor Hushovd. Le Norvégien n’avait pourtant enlevé qu’une seule étape.

Wout van Aert a la conquête du maillot vert: "Il faudra se battre pour chaque point"
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Le champion de Belgique (en tout cas jusqu'au 26 juin) avouait, en amont du Critérium du Dauphiné, avoir spécifiquement travaillé son sprint lors des différents stages qu'il a effectués avant et après la course à étapes française. D'abord, jusqu'au 30 mai en Sierra Nevada au Centro de Alto Rendimiento, un complexe hôtelier plutôt spartiate voué à la préparation des athlètes de haut niveau qui fut construit avant les JO de Barcelone. Puis, après le Dauphiné, lors des douze jours passés à Tignes, avec son épouse Sarah, le petit Georges, ses équipiers et leur famille.

"Je veux être compétitif dans les sprints au Tour", expliquait celui qui se rassura d'emblée en enlevant la 1re étape en Rhone-Alpes, avant de subir un petit rappel dès le lendemain quand David Gaudu le sauta sur la ligne alors qu'il avait levé les bras trop vite. La chance du Belge, c'est peut-être que cette année, a priori, il n'y a pas un unique sprinter qui semble au-dessus de tous les autres. Si Caleb Ewan, Fabio Jakobsen ou Dylan Groenewegen, voire Jasper Philipsen et peut-être même Sam Bennett, remportent chacun une ou deux étapes, ils risquent de se neutraliser. Dans une édition qui d'ailleurs n'offre pas sur le papier une multitude d'occasions aux sprinters, les principaux adversaires du triple champion du monde de cyclo-cross sont peut-être à pointer ailleurs que parmi les hommes les plus rapides.

Michael Matthews et qui sait, Peter Sagan, les deux seuls ex-maillots verts qui seront au départ, présentent eux aussi, l’Australien surtout, de solides arguments, de combativité et de régularité. Tout comme Mads Pedersen, Matej Mohoric, Bryan Coquard, Alexander Kristoff et Julian Alaphilippe, selon l’état dans lequel sera le Français après sa lourde chute à Liège-Bastogne-Liège.

S’il est au départ dans une formation Ineos qui se retrouve de l’ambition avec le succès de Geraint Thomas au Tour de Suisse, celui qui sera peut-être le plus coriace rival de van Aert, avec Matthews, se nomme Ethan Hayter. Deuxième par points au Dauphiné, mais vainqueur du même classement en Romandie et à la Coppi&Bartali, le jeune Britannique est le seul qui a devancé Wout van Aert dans un classement par points depuis un an, au Tour de Grande-Bretagne.

"J'aurais préféré un parcours un peu plus dur..."

van Aert aura-t-il été rassuré d’apprendre que Mathieu van der Poel ne ferait pas, lui, une fixation sur le maillot vert, préférant se focaliser sur d’éventuels succès d’étape ?

Ce n’est pas certain, car le Belge se sait plus régulier que le Néerlandais. À Paris-Nice, il a terminé six des huit étapes dans le top-3 et au Dauphiné à quatre reprises, ajoutant une 6e et une 11e place à cet impressionnant bilan. Lors des vingt-deux courses disputées cette année, Wout van Aert a, jusqu’ici, conquis 14 places sur le podium, dont cinq succès parmi lesquels le Nieuwsblad et le G.P. E3. Sans sa contamination au coronavirus, il aurait peut-être fait mieux encore et c’est pourquoi, il veut ajouter des succès et poursuivre son impressionnante série au Tour. Cela dès le premier jour avec un chrono dont il sera déjà un des grands prétendants.

Wout van Aert a la conquête du maillot vert: "Il faudra se battre pour chaque point"
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"J'aurais préféré un parcours un peu plus dur, mais si je suis dans un grand jour, je pourrai gagner à Copenhague", avoue-t-il. "Il faudra parfaitement connaître le tracé, pouvoir le faire les yeux fermés. C'est en ville et plein de virages, ça va se jouer à la seconde. Sur ce tracé et cette distance, Ganna sera favori. Mais, je serai particulièrement motivé. Pour le vainqueur, il y a également le maillot jaune à la clé."

Et aussi le vert…

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