Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France: "Van Impe aura plus vite un successeur que moi"

Sous le charme de la génération Pogacar, van der Poel et autre van Aert, Bernard Hinault n'est pas tendre avc ses compatriotes français. Entretien.

Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France: "Van Impe aura plus vite un successeur que moi"
©PHOTONEWS

Chez lui, à Calorguen, au sud de Dinan, dans la ferme en bordure de la Rance où il vit avec Martine, son épouse, qui fut maire du village des Côtes d’Armor, Bernard Hinault coule des jours paisibles. Après avoir couru la Grande Boucle à huit reprises, le Breton y fut longtemps l’ambassadeur chargé des opérations protocolaires et du podium. À la fin 2016, lassé du Tour, usé par les innombrables sollicitudes du public, le quintuple maillot jaune se réfugia dans sa Bretagne, auprès de sa famille.

Mais sa passion du vélo, qu’il a recommencé à pratiquer il y a une demi-douzaine d’années, et du cyclisme est toujours là. Et bien là.

Six ans après avoir tourné la page des relations publiques au Tour de France, afin de goûter pleinement à votre retraite, restez-vous attentif au cyclisme ?

"Je suis un petit peu, c’est vrai (il rit). J’aime son évolution. Depuis deux, trois ans, les coureurs font la course. Mathieu van der Poel, Julian Alaphilippe, Wout van Aert, ils ne se posent pas de question… On a une belle génération de champions, au moins ils attaquent, il y a une explication de chefs. Ça promet un beau Tour, quand on voit ce qui s’est passé au Dauphiné, avec les Jumbo, au Tour de Suisse ou en Slovénie. Beaucoup de coureurs sont en forme ou arrivent en forme au bon moment. Ça va être chaud entre les Slovènes."

Tadej Pogacar reste le grand favori.

"Bien sûr, mais on ne l’a pas vu courir jusqu’au Tour de Slovénie. C’est ça qui est terrible. Ils ont des techniques d’entraînement que je ne connaissais pas. Aujourd’hui, on arrive en forme sans courir. Le seul bémol que je mets à tout ça, je l’ai constaté l’an dernier avec Roglic, s’il a chuté en début de Tour, c’est parce qu’il n’avait pas couru (NdlR : il était resté deux mois sans disputer de course, entre Liège-Bastogne-Liège et le départ du Tour à Brest). On perd ses automatismes, son assurance, sa technique. La course permet de se profiler dans un peloton, d’avoir des points de repère, de connaître les signes et la manière de courir de ses collègues. Sans compter les ordinateurs vers lesquels ils ont souvent les yeux rivés, au risque de ne pas regarder la route et comme en plus avec les freins à disques, cela freine nettement plus, les coureurs sont souvent surpris et le temps de réagir, ils sont déjà dans le c… du mec devant eux."

Vous allez encore sur des courses ?

"J’aime bien aller sur des courses de jeunes ou des plus petites courses où l’on voit les futurs champions, c’est intéressant. J’étais fin avril au Tour de Bretagne, j’irai au Tour de l’Ain après le Tour, plus tard au Tour de l’Avenir."

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Pour avoir été longtemps ambassadeur de la Tropicale au Gabon, vous connaissez bien le cyclisme africain. Aura-t-on, à moyen terme, un vainqueur africain du Tour ?

"J’y suis allé pendant quatorze ans, mais depuis deux ans, avec le Covid, cela n’a plus été possible. En Afrique, le cyclisme progresse bien. Quand j’y suis allé la première fois, je ne pouvais imaginer qu’il y aurait rapidement des Africains noirs sur le Tour. Moins de dix ans plus tard, c’était le cas. Voyez Biniam Germay qui gagne une classique et au Giro. Qui aurait dit cela, il y a peu ? Alors, on peut s’attendre à tout, notamment à ce qu’un Africain gagne le Tour un jour. C’est un peu comme quand les Colombiens sont arrivés il y a quarante ans et qu’on a dit ramèneraient le maillot jaune à Paris. Ça a duré et puis, d’un seul coup, Egan Bernal a gagné le Tour."

Que pensez-vous du parcours de cette année ?

"Il est moins facile qu’il n’y paraît. On a dit qu’il y avait moins de montagne, de grands cols que l’an dernier par exemple, mais déjà il y a le double d’arrivées en altitude. Il y a la concentration de montagne où on arrive après une semaine, à la Planche des Belles Filles. Après cela, on va directement dans les Alpes. Le programme est assez chargé avec trois arrivées au sommet en moins de huit jours plus les pavés. Avant cela, au Danemark, on ne sait pas ce qui va se passer avec des étapes où le vent peut jouer un rôle très important avec des bordures comme en Zélande quand le Tour était parti d’Utrecht. On peut avoir de belles surprises. Plein d’éléments font qu’on ne devrait pas s’ennuyer."

Forcément, avec la carrière qui fut la vôtre, il y a sur le parcours 2022 beaucoup d’endroits qui rappellent vos exploits mais également des moments plus sombres.

"Il faut bien marquer les endroits où vous passez (il rigole franchement)."

Vous avez gagné une étape de pavés.

"En 1980, il y avait deux étapes avec des pavés. Les deux cumulées, ça faisait presque Paris-Roubaix (NdlR : en fait la moitié). Le premier jour, je gagne à Lille sous la pluie et dans la boue en battant Hennie Kuiper, mais le deuxième, mon genou a lâché et ça m’a coûté le Tour. J’ai fini par abandonner une semaine plus tard à Pau. C’est comme ça."

Les pavés n’ont pas leur place au Tour ?

"Si, ça fait partie du vélo. Un vainqueur du Tour doit être complet. Un gars comme Pogacar ne doit pas avoir peur, sauf d’une mauvaise chute, mais même s’il perd du temps sur les pavés, il le reprendra ensuite en montagne ou ailleurs."

Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France: "Van Impe aura plus vite un successeur que moi"
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Dans les Alpes, vous aurez des souvenirs contrastés. Vous avez perdu le Tour 1986, votre dernier, sur le Granon et vous aviez triomphé à l’Alpe d’Huez.

"Le Granon, ce n’est pas un si mauvais souvenir que cela (NdlR : Hinault avait été lâché au Galibier et avait concédé plus de trois minutes à son équipier Greg LeMond qui lui avait subtilisé le maillot jaune. Il ne le porta plus jamais ensuite). Le but était que LeMond gagne et aille jusqu’au bout. J’avais donné ma parole (à Bernard Tapie) et je l’ai respectée. Là, au Granon, il avait course gagnée et moi, je me suis imposé le lendemain."

L’Américain vient d’annoncer qu’il était gravement malade.

"Oui, une leucémie. J’espère que ce n’est pas trop grave et qu’il guérira."

À Saint-Etienne, en 1985, vous avez lourdement chuté et failli perdre le Tour à une semaine de l’arrivée.

"On m’en parle encore très souvent. C’était un règlement de comptes de Phil Anderson, qui voulait se venger parce que je l’avais empêché de suivre LeMond. Il m’a donné un coup de coude, je ne m’y attendais pas et je suis tombé. C’était spectaculaire, mais comme c’était dans le dernier kilomètre, je n’ai pas perdu de temps. J’étais en sang, j’avais le nez cassé, mais j’avais encore mes deux bras, mes deux jambes et que ma tête n’était pas cassée…"

Il y a bien sûr aussi les Champs Elysées où vous avez gagné vos cinq Tours mais aussi deux étapes. La première quasi en solitaire et l’autre dans un sprint massif.

"Je suis le seul maillot jaune à avoir gagné en jaune sur les Champs Elysées et deux fois ! LeMond a gagné, mais c’était le chrono qui lui a permis de renverser Laurent Fignon et de prendre le maillot au dernier moment."

Le premier de ces deux succès est particulier.

"Nous étions échappés avec Joop (Zoetemelk, son dauphin au général). Rentrer en tête avec le maillot jaune et aller au bout de l’étape, c’est un excellent souvenir. Il y avait une bagarre entre Agostinho et Kuiper pour la troisième place et dans toutes les côtes de la vallée de Chevreuse, ils flinguaient sans arrêt. Et Thurau en remettait aussi un coup. Alors, au sommet de la côte de l’Homme Mort, il y a un grand rond-point, je l’ai pris de l’autre côté de mes adversaires, je me suis retrouvé avec cinquante mètres et je me suis dit : "Eh bien, on va s’amuser un peu." Ce qui m’a surpris, c’est qu’ils ont laissé sortir Joop qui est revenu et on a fait toute la fin de l’étape à deux. Et on a fini premier et deuxième sur les Champs Elysées."

On n’imagine pas Pogacar et Roglic effectuer les soixante derniers kilomètres de l’ultime étape une ou deux minutes devant le peloton…

"(il rit) ça n’arriverait plus, mais aujourd’hui, il y a beaucoup de sprinters."

Cela ne changerait rien, vous avez également gagné sur les Champs dans un sprint massif !

"Trois ans plus tard, j’ai gagné le sprint massif devant Adrie van der Poel, le père de Mathieu."

"Il faut obliger Pogacar et Roglic à aller au charbon"

On vous verra sur le Tour cette année ?

"Je vais aller à Calais pour faire une opération avec Century 21 où on offre des vélos à des enfants (NdlR : L’opération "Un enfant, un vélo de Century 21" que parraine le Breton collecte des vélos en parfait état pour les offrir à des enfants de milieu modeste). Après, je reviendrai aussi dans les Alpes, pour la présentation du Tour de l’Avenir à Morzine, le 11 juillet, et je resterai trois jours pour suivre les étapes du Granon et de l’Alpe d’Huez."

C’est un Tour que vous auriez aimé disputer ?

"Quand on est un champion et en forme, on a envie de courir tous les Tours (il sourit encore)."

Dans celui-ci, il y a beaucoup d’occasions de piéger ses rivaux et de faire la course ?

"On peut faire le ménage. Si l’opportunité se présente, on peut déjà commencer à attaquer ses adversaires au Danemark. Et si on en écarte un ou deux, c’est déjà ça. Après, il y a les pavés, c’est la même chose et ainsi de suite, on peut éliminer de nombreux concurrents. À la fin, il n’y aura plus beaucoup de prétendants à la victoire finale. Cela nous promet un beau Tour, ça va être chaud."

Pourtant, y a-t-il une autre manière de battre Pogacar que de s’y opposer en bloc et de profiter de la relative faiblesse de son équipe ?

"Il y a les Jumbo, bien sûr, et Ineos. Mais où en sont-ils ? Sans Bernal, malheureusement, dont entre parenthèses j’espère évidemment le retour au plus haut niveau. Sans Carapaz aussi. Homme contre homme, ils ne peuvent pas battre Pogacar, les Geraint Thomas, Adam Yates ou Daniel Martinez. Ensemble, peut-être. En attaquant dès qu’il y a une possibilité… Il faut obliger Pogacar et Roglic à aller au charbon et essayer de les piéger quelque part."

Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France: "Van Impe aura plus vite un successeur que moi"
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Wout van Aert devrait être encore une des vedettes de cette édition où il essaiera de gagner le classement par points...

"Lui, il me plaît, il est présent, il fait la course. Je l’apprécie énormément et le public aussi, je suis sûr. Par moments, il est équipier, à d’autres, il est leader. C’est le grand favori pour le maillot vert. Il l’a gagné au Dauphiné bien sûr, mais c’est différent au Tour. Pourtant, je ne vois pas qui peut le battre. Il peut aussi aller chercher des points dans des étapes où les autres ne passeront pas et il devrait y avoir moins de sprints massifs cette année. Cela dit, quel rôle exact aura-t-il dans son équipe ? Vont-ils privilégier, chez Jumbo-Visma, le classement général ou laisser quand même de la liberté à van Aert ? Il faut aussi des équipiers pour l’aider à gagner ce maillot vert. Il peut se passer plein de choses."

Vous pensez qu’un jour, il doit miser sur le classement général. Peut-il y jouer la victoire ?

"Le tout est de voir où il en est au point de vue poids. Peut-il encore perdre deux ou trois kilos ? Si oui, comme il est déjà capable de bien grimper, van Aert pourrait jouer la gagne au Tour. Comme Indurain autrefois. Un jour, à ses débuts, j’ai dit à l’entraîneur de Miguel : "Si tu lui fais perdre cinq kilos, il gagne le Tour". Il les a perdus et il en a gagné cinq !" (il rit) Le poids, c’est l’ennemi en montagne, mais il faut trouver le juste milieu, ne pas perdre en puissance non plus, car si van Aert grimpe mieux mais roule moins bien dans les contre-la-montre, ce ne sera pas idéal non plus."

Vous restez le dernier vainqueur français du Tour de France, trente-sept ans après votre cinquième succès. Qui sera votre successeur ?

"Je n’en sais rien. Pour le moment, je ne le vois pas. J’espère le connaître avant de mourir (rire). Aujourd’hui, je ne vois aucun Français capable de gagner le Tour. Face à Pogacar, à Roglic, à Carapaz, Bernal, s’il revient un jour, et d’autres encore, comme Vingegaard par exemple, on n’a pas de coureur qui soit à la fois excellent grimpeur et excellent rouleur. C’est ce qu’il faut pour gagner à Paris. Quand on voit Gaudu perdre sept minutes au Dauphiné en cinq kilomètres ou Pinot être lâché au Tour de Suisse, on ne peut pas faire croire qu’ils vont gagner le Tour. On a de très bons coureurs, mais si j’étais eux, si j’étais Pinot, Gaudu, Martin, Bardet, je n’essaierais pas le général. Ils ne doivent pas y penser. D’ailleurs, ils parlent de top-10 ou de top-5. Ça me fait mal d’entendre ça, ça veut dire qu’ils ne pensent même pas à gagner. Qu’ils cherchent plutôt à s’amuser, à gagner des étapes, un maillot. Pas le vert, je ne vois pas qui en est capable, plutôt celui à pois. Comme Virenque autrefois qui, quand il a compris qu’il ne gagnerait pas le Tour, préférait perdre vingt minutes pour avoir le champ libre et attaquer ensuite, gagner des étapes et finir aux Champs Elysées avec le maillot à pois. Le Français qui gagnera à l’Alpe d’Huez le 14 juillet, on en parlera encore dans trente ou quarante ans, pas de celui qui aura fini cinquième."

"En France, on n’a pas de coureur physiquement hors norme pour le Tour."

Et Alaphilippe, gagnera-t-il un jour le Tour ?

"Non, Julian est super pour les classiques, c’est un guerrier, un attaquant, mais il est trop court en haute montagne. Lui-même a reconnu qu’en 2019, si la dernière montée vers Tignes n’est pas neutralisée à cause de l’éboulement, il perd un quart d’heure et ne finit même pas 5e. C’est un super champion mais pas pour le Tour. Thibaut Pinot aussi, c’est plus un coureur de classiques, c’est un puncheur, regardez comment il a gagné le Tour de Lombardie. Il n’est pas fait pour le Tour et il finit toujours par sauter un jour. Bardet également. La seule fois où il aurait pu gagner le Tour, c’est quand il attaque sous la pluie vers Saint-Gervais (NdlR : au Tour 2016) et que Froome tombe. Avec un peu de chance, ça aurait pu marcher, mais il fallait prendre des risques."

Le problème, c’est que le Tour écrase tout en France, plus qu’ailleurs encore.

"Oui, mais quand on est sûr qu’on n’y arrivera pas… On leur fait croire qu’ils peuvent gagner le Tour, mais ce n’est pas vrai. Ils auraient dû aller chercher ailleurs des victoires et auraient un super palmarès."

Vous n’êtes pas tendre avec vos compatriotes ?

"En France, on n’a pas de coureur physiquement hors norme pour le Tour. Des gars comme Pogacar et Evenepoel, ce sont des vraies motos et ils sont jeunes. En plus, on est à un tournant, avec une génération qui va finir d’ici quelques saisons, les Barguil, Rolland, Bardet, Pinot… Je ne vois pas la relève."

Il y a un jeune Français qui a dominé chez les juniors et qui est encore parmi les meilleurs espoirs, Romain Grégoire…

"Tout le monde me dit ça, mais on me l’a dit tellement souvent. Depuis que j’ai arrêté, on m’en a vendu tellement des jeunes qui allaient me remplacer, mais je n’en ai pas encore vu un seul. Il y a aussi le petit Martinez (NdlR : Lenny Martinez, fils et petit-fils des anciens coureurs Miguel et Mariano Martinez, meilleur grimpeur du Tour 1978, le premier gagné par Bernard Hinault), il n’a que 18 ans et grimpe bien. Mon successeur, c’est peut-être un de ces deux-là, mais on n’en sait rien."

On n’a peut-être pas encore le nouvel Hinault, mais on dit que Pogacar est le nouveau Merckx.

"Pogacar me plaît beaucoup. On le retrouve au printemps en été et encore à l’automne, sur les classiques, au Tour, au Mondial. Il fait une saison entière comme nous en faisions. Il maîtrise aussi comme s’il avait dix ans de métier mais pas comme les Sky auparavant. Il n’a pas une super équipe, mais il tape juste et gère ensuite, comme l’an dernier. Il gagne le chrono, prend le maillot jaune dès l’arrivée en montagne et puis il laisse faire et "pif, paf", il gagne encore deux étapes. C’est un champion, un guerrier, il est imprévisible, il peut attaquer n’importe quand et où. Pour lui, le vélo, c’est un jeu. Les Slovènes ont faim, Roglic l’a dit. Ils ne se posent pas de questions car ils savent où ils seraient sans le vélo."

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En Belgique, cette année, on n’a pas de candidat pour le classement final. On espère qu’un jour Remco Evenepoel le sera.

"Il est présent. On l’a vu à l’attaque mais aussi en difficulté au Tour de Suisse. Il marche pas mal comme il avait aussi marché en Norvège. Il va passer un cap supplémentaire à la Vuelta, il passera un bon test dans l’optique des trois semaines et de la haute montagne à répétition. Il s’est bien remis de sa terrible chute. À Liège, il a fait un numéro."

On l’a également présenté comme le nouvel Eddy Merckx.

"Vous en avez un autre, il paraît. Un jeune, je ne sais pas comment il s’appelle (il réfléchit)… "

Cian Uijtdebroeks ? C’est le plus jeune pro du WorldTour, il roule chez Bora.

"Oui, c’est celui-là ! Au moins, il va apprendre jeune son métier et on saura ce qu’il a dans les tripes. On m’a dit qu’il a des capacités identiques à celles d’Evenepoel. Il y a aussi votre jeune sprinter (NdlR : Arnaud De Lie). Vous avez du renouvellement, alors que nous, on est un peu juste. Je pense que Lucien Van Impe aura plus vite un successeur que moi le mien. Mais bon, on en est encore loin. Quant à moi, j’espère quand même le voir avant de mourir. Si ça tombe, il est déjà né."

Et si le nouvel Hinault était un… Hinault ? L’un de vos deux petits-fils, Armand et Lucien.

"Ils ont huit et six ans (il sourit). Ils roulottent dans ma cour, ils font fumer les pneus et ils sont contents."

Vous-même, vous roulez encore ?

"Là, je suis arrêté un mois, car on m’a opéré de deux hernies inguinales. C’est comme ça, on devient vieux. Ce n’est rien, on rentre le matin et on sort le soir, c’est de la rigolade, ça fait mal pendant quinze jours. Sinon, j’ai retrouvé du plaisir à rouler, une à deux fois par semaine. J’ai recommencé en 2016, quand on a arrêté l’exploitation de la ferme. J’avais un peu plus de 60 ans. Au début, c’était dur. Après ma carrière, j’avais complètement arrêté, je repartais de zéro. Les côtes que je montais à fond autrefois me semblaient plus dur qu’un col. Heureusement, j’avais toujours mon mental et il fallait que je fasse quelque chose pour m’entretenir. Et ce que je savais faire, c’était du vélo…"

L’autre champion du Tour

Si Eddy Merckx est l’incontestable champion du Tour de France, Bernard Hinault le suit de très près. Comme Jacques Anquetil avant eux et Miguel Indurain ensuite, les deux hommes ont enlevé cinq fois le Tour dont ils furent les grands dominateurs durant une petite décennie chacun. Né à Yffiniac, en Bretagne, le 14 novembre 1954, le Français est de neuf ans le cadet du Bruxellois.

Entre 1978, trois ans après ses débuts chez les professionnels, et 1986, année de la fin de sa carrière, celui qu’on surnommait le Blaireau a disputé à huit reprises le Tour. En 1983, une blessure au genou l’en avait empêché. Il en a gagné cinq (1978, 1979, 1981, 1982 et 1985), a terminé deux fois deuxième (derrière Laurent Fignon en 1984 et Greg LeMond, son équipier, en 1986). Six ans plus tôt, une blessure au genou, déjà, l’avait contraint à l’abandon, à Pau, alors qu’il portait le maillot jaune. Au total, Bernard Hinault a revêtu le maillot jaune à 79 reprises et il a enlevé 28 étapes.

Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France: "Van Impe aura plus vite un successeur que moi"
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Fait unique il a gagné des étapes dans les huit Tours auxquels il a pris part et a porté le maillot jaune lors de ses huit participations.

Personne n’a enlevé autant de contre-la-montre que le Blaireau dans la Grande Boucle (20) dont cinq prologues. Avec ses équipiers, il a remporté le chrono par équipes en 1985, il a aussi enlevé le classement par points (1979), celui de la montagne (1986), le combiné (1981 et 1982) et a été élu super combatif du tour à quatre reprises (1981, 1982, 1984 et 1986).

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