69 ans et encore vert: voici ce qui se cache derrière l'histoire du maillot du classement par points du Tour de France

S’il aime les chiffres ronds, Wout van Aert sera certainement intéressé de savoir qu’il peut enlever le 24 juillet prochain le septantième classement par points du Tour de France et devenir également le vingtième belge à conquérir le maillot vert.

Eric de Falleur
69 ans et encore vert: voici ce qui se cache derrière l'histoire du maillot du classement par points du Tour de France
©BELGA

Au fil des années, les organisateurs du Tour de France, comme ceux de chaque épreuve d'ailleurs, ont tenté d'améliorer leur course et d'en augmenter l'intérêt. En 1953, Jacques Goddet créa ainsi le classement par points qui vint s'ajouter au classement général, bien sûr, à celui de la montagne (pour le leader duquel le maillot à pois ne fut inventé qu'en 1975), de la combativité ou de l'interéquipes, qui existaient déjà, sans parler de la quotidienne et très convoitée victoire d'étape.

Le Tour fêtait cette année-là son demi-siècle d’existence et il s’agissait ainsi, dans l’esprit du patron du Tour, de valoriser une catégorie de coureurs, les sprinters, pour lesquels la haute montagne se révèle généralement rédhibitoire, mais aussi et surtout les concurrents les plus réguliers. Il offre donc une perspective et une motivation à tous ceux pour lequel le Tour serait sans cela un long chemin de croix.

"Pour moi, le maillot vert du Tour 2007 est la plus belle réussite de ma carrière, plus importante que le titre de champion du monde", aurait dit Tom Boonen.

Sans doute dans un élan euphorique car il porta en effet le maillot arc-en-ciel pendant douze mois et enleva une bonne douzaine de classiques, dont sept monuments. À propos du Campinois et de son palmarès, ce n’est pas son maillot vert qui vient en premier à l’esprit.

Un règlement qui a évolué en près de 70 ans

En près de septante ans, le mode de calcul de ce classement par points a changé très souvent au contraire de la couleur de son maillot. Si l’on excepte la seule édition de 1968 où, par la volonté de la firme qui en était le sponsor (les limonades SIC), ce maillot devint rouge le temps d’un Tour. Chez lui en Toscane, l’Italien Franco Bitossi, surnommé "cœur fou" en raison des problèmes d’arythmie cardiaque qui l’obligeaient à s’arrêter en course par moments, possède peut-être toujours un exemplaire de cette tunique collector qu’il ramena à Paris ?

Si le maillot vert est vert, ce n’est pas parce que les patrons de la Grande Boucle d’alors, Jacques Goddet et Félix Levitan, étaient habités d’une fibre écologique avant-gardiste, mais bien parce que le vert était la couleur la plus souvent utilisée dans les publicités vantant le premier sponsor de ce classement par points, la firme La Belle Jardinière, une chaîne de magasins de confection.

L’"innovation" de 1953, n’en était d’ailleurs pas vraiment une. De 1905 à 1912 inclus, ce furent huit éditions dont le classement général fut calculé aux points, et non au temps, après que les deux premiers Tours eurent connu tant d’irrégularités et tricheries que sa troisième édition faillit ne jamais voir le jour. Les coureurs recevaient alors des points en fonction de leur place obtenue à l’arrivée de chaque étape : un au premier, deux au deuxième, trois au troisième et ainsi de suite… Des points de pénalité étaient aussi donnés en fonction des écarts concédés et le leader du classement, puis le vainqueur final, était celui qui présentait le plus petit total.

C’est ce mode de calcul qui prévalut (sans les pénalités des écarts) à partir de 1953 et jusqu’en 1958. Dès l’année suivante, c’est en additionnant le plus de points aux arrivées des étapes que l’on désigna le porteur du maillot vert. Il ne convient plus depuis lors d’être régulier à l’extrême mais plutôt performant régulièrement. Depuis quelques années, les organisateurs du Tour ont clairement ciblé les sprinters comme dépositaires attitrés de cette tunique verte. Ils ont ainsi augmenté très largement les points offerts dans les étapes dites de plaine, qui finissent généralement au sprint, mais ils ont introduit aussi lors de chaque étape en ligne un sprint intermédiaire qui permet aujourd’hui à son lauréat d’empocher le même pécule que le vainqueur d’un chrono ou d’une étape de haute montagne.

Dans les années soixante, des sprints intermédiaires ont été ajoutés en cours d’étape et sont entrés en ligne de compte, avec une pondération qui a varié au gré des éditions, pour le classement par points. Jusqu’en 1989, ces sprints intermédiaires avaient même leur propre classement, mais entraient dans le même temps en ligne de compte pour l’obtention du maillot vert.

Plus étonnant, durant les premières années (et c’était également vrai pour le classement de la montagne), il ne fallait pas nécessairement finir le Tour de France pour en figurer au classement final par points. Ce n’est plus vrai désormais. Des pénalités en points sont même parfois données aux coureurs qui peuvent également voir leur capital points ramené à zéro en cas d’arrivée hors des délais suivie d’un repêchage.

Ce n’est pas nécessairement le meilleur sprinter du lot qui revêt le maillot vert sur les Champs Elysées, il est même arrivé qu’il ne gagne pas d’étape. Parmi les trois principaux multiples vainqueurs du classement par points, le plus sprinter était Erik Zabel (6 maillots verts), certainement plus véloce que ne l’était Sean Kelly (4) ou que ne l’est Peter Sagan, lequel a porté à sept, le record de succès.

Le barème des points pour l’attribution du maillot vert

  • ÉTAPES DE PLAT: les 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 8e, 13e, 15e, 19e et 21e étapes : 50, 30, 20, 18, 16, 14, 12, 10, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 points aux 15 premiers.
  • ÉTAPES ACCIDENTÉES: les 7e, 10e, 14e et 16e étapes : 30, 25, 22, 19, 17, 15, 13, 11, 9, 7, 6, 5, 4, 3, 2 points aux 15 premiers.
  • ÉTAPES DE MONTAGNE: les 9e, 11e, 12e, 17e et 18e étapes : 20, 17, 15, 13, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 points aux 15 premiers.
  • ÉTAPES CONTRE-LA-MONTRE: les 1re et 20e étapes : 20, 17, 15, 13, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 points aux 15 premiers.
  • SPRINTS INTERMÉDIAIRES: dans les 19 étapes en ligne : 20, 17, 15, 13, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 points aux 15 premiers.

Au Tour de France, à quatre reprises seulement, le vainqueur a conquis les maillots jaune et vert la même année : Eddy Merckx, en 1969, 1971 et 1972, et Bernard Hinault, en 1979.

Ils sont deux à avoir décroché le jaune et le vert la même année

Si la philosophie et le barème actuels du classement par points du Giro sont dans les grandes lignes semblables à ceux du Tour de France, il n’en est pas de même pour la Vuelta où les différences sont beaucoup moins marquées entre le type des étapes, de plaine, accidentées, contre-la-montre ou de montagne, ainsi qu’entre les vainqueurs et ses suivants.

69 ans et encore vert: voici ce qui se cache derrière l'histoire du maillot du classement par points du Tour de France
©PHOTONEWS

Voilà pourquoi, ces dix dernières années, Alejandro Valverde (quatre fois), Primoz Roglic (deux) ou Chris Froome ont enlevé ce classement par points du Tour d’Espagne, les deux derniers s’imposant même aussi cette année-là au classement général final. Avec le mode de calcul espagnol, il y a de fortes probabilités pour que, par exemple, Tadej Pogacar ait ajouté un quatrième maillot à sa collection l’an passé…

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