Voici 70 ans, Fausto Coppi remportait la première arrivée du Tour de France en altitude

L'Alpe d'Huez fut le théâtre de la première arrivée d'une étape du Tour de France en altitude, le 4 juillet 1953.

La date du 4 juillet 1952 est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du Tour de France. Ce jour-là, pour la première fois, l’arrivée d’une étape est jugée au sommet d’une ascension, dans la station de l’Alpe d’Huez. Jusqu’alors, les étapes de haute montagne, introduites sur le Tour en 1910 avec les premiers cols pyrénéens, finissaient dans la ville la plus proche (et encore, pas toujours) généralement en bas d’une longue descente prolongée d’une partie dans la vallée.

Depuis ce jour, les 21 lacets qui rythment les 14 kilomètres de l’ascension ont fait de la montée de l’Oisans un des hauts lieux du Tour, aussi mythique, ou presque, que le Mont Ventoux, le Galibier ou le Tourmalet. Après cette première en 1952, c’est à la fin des années septante et durant la décennie suivante que la montée de l’Alpe acquit ses lettres de noblesse. Pourtant, l’Alpe n’est pas la plus dure des montées du Tour, tant s’en faut, mais terminant chaque fois une étape, souvent grandiose, elle a acquis une aura exceptionnelle qui en fait souvent le "sommet du Tour".

Pas une mais trois arrivées au sommet

Le 25 juin 1952, la 39e édition du Tour de France démarre de Brest. Jacques Goddet, le directeur du Tour et du journal L’Équipe, innove. Pour la première fois, il n’y a pas une, mais trois arrivées en altitude, à l’Alpe d’Huez, donc, le 4 juillet, puis le surlendemain (il y a un jour de repos à l’Alpe) à Sestrières et, enfin, au Puy de Dôme, à quarante-huit heures de l’arrivée à Paris.

À Namur, qui fait aussi son entrée sur la route du Tour, et où s’impose au sommet de la citadelle le Luxembourgeois Bim Diedrich, Coppi effectue un premier numéro et termine deuxième, à cinq minutes de celui qu’on surnomme le Duc de Grammont depuis qu’il a franchi en tête, l’année précédente, le Mur de Grammont pour aller s’imposer à Gand. Quelques jours plus tard, au départ de la 10e étape, à Lausanne, quatre Italiens figurent parmi les cinq premiers d’un classement que mène Andrea Carrea. Celui-ci devance ses leaders Firoenzo Magni (2e), Fausto Coppi (4e) et Gino Bartali (5e). Même le 3e, le Français Nello Lauredi est d’origine italienne. En prenant le maillot, la veille, pour s’être glissé dans une échappée menée au bout, Carrea s’est excusé auprès de Coppi dont il est normalement le fidèle gregario.

L'étape, sans difficulté majeure pendant deux cent cinquante kilomètres, se traîne. Un des envoyés spéciaux de L'Équipe, écrit dans son journal : "Cette journée se traduisit par 15 kilomètres de course et ne milita donc pas en faveur des arrivées en haut."


Peut-être parce que, déjà, les coureurs redoutent l’explosion finale sur les pentes de la route asphaltée et élargie en 1935. Comme souvent, tout s’emballe avec la traversée du Bourg d’Oisans. Dès le pied, les Français Jean Robic, vainqueur du Tour 1947, et Raphaël Géminiani se lancent à l’offensive, mais "Gem" est vite incapable de suivre le rythme effréné de son partenaire de l’équipe de France.

14 km et 1080 mètres de D+ à 18,5 km/h

Derrière le Breton, Coppi s’est lancé en poursuite et il garde Robic en point de mire pendant trois kilomètres, soumettant son adversaire au jeu cruel du chat qui s’amuse avant de croquer la souris. Coppi fond sur "Biquet" après six kilomètres de montée et prend la tête du duo. L’Italien accélère une fois, puis une deuxième, mais Robic plie tout en s’accrochant à la roue de l’Italien. À six kilomètres du but, la troisième tentative est la bonne et Coppi s’envole, sans un regard pour son adversaire crucifié.

"J'ai su qu'il n'était plus là en n'entendant plus sa respiration ni le crissement des pneus derrière moi", dira le vainqueur. Car la montée s'est faite dans un impressionnant silence que seul trouble le crachotement du moteur des voitures et motos suiveuses ou les encouragements des rares spectateurs postés dans la montée. Pourtant, la légende est en marche, au rythme des coups de pédales d'un Campionissimo aérien. À l'arrivée, Fausto-le-magnifique, échassier au profil aquilin, franchit la ligne avec 1:20 sur Robic. Pour cinq secondes, il s'empare aussi du maillot jaune que Carrea avoue être soulagé d'abandonner à son leader.

"Ce n'était pas juste qu'un soldat lâche son capitaine", dit-il.

Coppi a avalé les 14 km de pente et les 1080 m de dénivelé en 45 : 22, à la moyenne de 18,664 km/h (une bonne quarantaine d’années plus tard, Marco Pantani portera le record à 37 : 35, à plus de 22 km/h de moyenne).

"Je n'y comprends absolument rien", avoue Coppi après l'arrivée. "J'étais parti de Lausanne avec l'idée bien arrêtée de rester sur la défensive. J'avais mal dormi. […] Ce sont les Français qui m'ont obligé à partir en m'attaquant."

Voici 70 ans, Fausto Coppi remportait la première arrivée du Tour de France en altitude
©BELGA


Coppi avait prévu de laisser son fidèle équipier profiter un peu plus du maillot jaune et de n’attaquer que deux jours plus tard, sur la grande étape alpine (quatre cols au programme) qui se termine à Sestrières, dans son pays.

"J'ai grimpé sans forcer", dit-il sans forfanterie et comme semblent le montrer les images de la télévision qui a fait son entrée cette année-là sur la route du Tour avec un résumé de chaque étape diffusé en soirée.

Un doublé Giro-Tour, comme en 1949

Coppi assomme définitivement le Tour sur la route de Sestrières et gagnera encore deux autres étapes, dont celle du Puy-de-Dôme, la troisième arrivée en altitude de ce Tour qu’il aura toutes dominées. C’est sa neuvième et dernière victoire d’étape en trois participations. Comme en 1949, Fausto Coppi réalise le doublé Giro-Tour que seuls six autres coureurs réussiront après lui. À Paris, le deuxième, notre compatriote Stan Ockers pointe à 28 minutes 17 de l’intouchable champion italien qui réalise le plus grand écart de l’après-guerre entre un maillot jaune et son dauphin, de l’après-guerre. Un record qui tient toujours et n’est évidemment pas près de tomber.


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