"C’est un truc de fou, je pense": Wout Van Aert savoure son exploit

Quel exploit ! Pour Wout van Aert, la quatrième fut la bonne. Avec ses maillots, le jaune et le vert, confortés, il va aborder ce mercredi l’étape des pavés en conquérant.

Tour de France 2022 - Stage 04
©Photo News

Personne ne peut nier que Wout van Aert a de la persévérance dans les idées. Bien loin de se morfondre, après être passé trois fois de suite à côté de la victoire, le Campinois n’a pas hésité à échafauder un plan avec son équipe pour enfin remporter le succès d’étape qui se refusait à lui jusqu’ici.

Entre parenthèses, si on ajoute ses deux succès conquis lors des dernières étapes du Tour 2021, van Aert vient de cumuler six étapes de la Grande Boucle parmi les deux premiers (deux l’an passé, quatre cette fois). Surtout, le Belge a aussi ajouté la manière à ce succès acquis en solitaire à Calais, après un effort intense d’une dizaine de kilomètres, qui lui permet de repousser un peu plus loin tous ses adversaires. Cela, alors que les deux prochaines étapes, celle des pavés ce mercredi, puis la suivante avec arrivée en côte à Longwy, lui sont, elles aussi, a priori favorables.

"C'est un truc de fou, je pense", disait-il, tout sourire, en expliquant son succès, son septième déjà sur les quatre Tours qu'il a disputés. "Je crois que c'est une victoire vraiment exceptionnelle pour moi. Normalement, on s'attendait à un sprint massif ou à celui d'un petit groupe. J'imaginais que ce serait impossible de finir seul."

Car l'équipe Jumbo-Visma avait bien sûr étudié le parcours et ce final musclé qui permettait de tenter quelque chose. "On s'en était rendu compte avant le Tour, avec ce final en montagnes russes, poursuivit van Aert. Nous voulions tenter quelque chose en vue de nos deux objectifs, placer nos deux leaders, Primoz (Roglic) et Jonas (Vingegaard) devant, mais aussi pour moi dans la perspective du maillot vert puisqu'il y avait cinquante points à prendre (NdlR : pour le vainqueur de l'étape). S'il y avait du vent, et ce fut le cas, nous voulions aborder la dernière côte en étant bien devant."

C’est ce qui se produisit en effet dans la côte du cap Blanc-Nez où les coureurs de la formation néerlandaise lancèrent l’offensive.

"Nathan (Van Hooydonck) a été exceptionnel, il a fait la première partie de la côte à fond, racontait le maillot jaune. On l'a déjà vu plusieurs fois cette année, dans ce genre, il est l'un des meilleurs au monde. Puis, Tiesj (Benoot) l'a relayé et derrière, tout le monde s'est trouvé dans le rouge, à la limite. Je suis monté à bloc jusqu'au sommet où j'ai été surpris de voir que j'étais seul. À la radio, Primoz et Jonas m'ont dit que c'était bon, qu'ils étaient bien positionnés, que je devais continuer pour la victoire. C'est ce que j'ai fait, même si c'était très dur. Je savais que j'avais vingt secondes d'avantage un moment, mais je savais aussi qu'ils étaient cent derrière moi, alors j'ai tout donné."

Le temps que le premier peloton se reforme derrière l’ancien champion de Belgique, que l’organisation se mette en place et l’avantage de van Aert frisait la demi-minute. À l’arrivée, il conservait huit secondes, auxquelles s’ajoutent dix autres de bonification, sur le groupe réglé au sprint par Jasper Philipsen, persuadé de tenir enfin un premier succès sur le Tour.

"C'est dommage pour lui", dit sincèrement le maillot jaune campinois. "Je sais ce que c'est de croire qu'on gagne quand ce n'est pas le cas (il sourit au souvenir de sa bévue au récent Dauphiné). Tout le monde rigole de lui, mais il veut vraiment gagner une étape. Cela lui arrivera un jour. Moi aussi, j'ai dû attendre. Normalement, on dit que la troisième fois est la bonne, pour moi ce fut la quatrième."

Et les prochaines étapes offrent encore des opportunités au porteur des maillots jaune et vert, notamment celle de ce mercredi avec les pavés.

"J'aime bien les pavés et j'adore le fait qu'il y ait ce genre d'étape au Tour, j'ai hâte d'y être", dit-il avec son sourire carnassier qui en dit long sur son appétit. "On verra comment se déroule l'étape car l'objectif, c'est bien sûr le classement avec Jonas et Primoz. C'est difficile de prédire ce qui va se passer. Il y a des risques, du danger ; l'important sera de ne pas perdre de temps. Mais nous y allons pleinement confiants et si la possibilité de frapper un nouveau bon coup se présente, on ne la laissera pas passer. La moitié de notre équipe est composée de spécialistes des classiques (NdlR : aux trois Belges, on doit ajouter Christophe Laporte), donc on va rouler en tête sur les pavés."

Bien loin de le fatiguer mentalement, les multiples objectifs que le coureur d'Herentals poursuit sur ce Tour de France 2022 le motivent au contraire. "Pour être honnête, je n'avais jamais imaginé finir deux fois deuxième d'un sprint massif au Danemark, comme ce fut le cas, même si c'était des déceptions", avoua encore le maillot jaune. "A près, je savais que ça allait me sourire un jour et l'idée de gagner en jaune me motivait. Ce fut un jour spécial et je m'en souviendrai longtemps. Poursuivre tous ces objectifs, défendre nos leaders, garder le maillot jaune, enlever des étapes, remporter le maillot vert, pour le moment, ce n'est pas un problème. Ce n'est pas facile, mais je ne peux pas me faire à l'idée de courir le Tour au sein du peloton, sans buts. Je ne m'occupe pas de Jonas et Primoz, Nathan et Tiesj font ça parfaitement et dans la montagne, ce sera à Sepp Kuss et Steven Kruijswijk d'épauler nos leaders."

Enfin, interrogé sur son geste théâtral à l'arrivée, Wout van Aert avança cette explication : "J'ai voulu montrer que le maillot me donne des ailes, que je me sentais voler dans les derniers kilomètres", dit-il sans évoquer son sponsor personnel, aux couleurs peintes sur son casque. Une marque de boisson énergisante bien connue, dont le slogan publicitaire dit tout à fait la même chose.

Wout van Aert est un énorme champion mais aussi un grand professionnel.

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