Wout van Aert explique sa chevauchée fantastique: “Je ne pouvais plus faire machine arrière, alors j’ai voulu en profiter”

Parti à l’attaque pour épargner du travail à son équipe, Wout van Aert a préféré continuer son effort même s’il savait que son échappée à trois avait peu de chances.

Quelle mouche l’avait donc piqué ? Wout van Aert a surpris tout son monde dès la sortie de Binche d’où s’était élancée en direction de Longwy la 6e étape d’un Tour dont il était pourtant le leader. Sur les presque septante kilomètres du parcours situé en territoire belge, le nombreux public vit passer à une allure folle un peloton en file indienne avec, le plus souvent, le maillot jaune dans les premiers rangs. Dix fois, quinze fois peut-être, le leader du Tour se dressa sur les pédales pour essayer de forger lui-même ou d’intégrer l’échappée qui tardait à prendre vie dans la plus longue étape de cette 109e édition.

Le Belge avait choisi l’attaque comme meilleure défense mais quand finalement, après 88 kilomètres, ses efforts portèrent leurs fruits et que l’écart avec un peloton contraint à reprendre son souffle commença à croître, Wout van Aert dû se rendre à l’évidence. Seuls deux coureurs l’avaient accompagné: le jeune Américain Quinn Simmons et Jakob Fuglsang. La présence du Danois dans ce trio d’échappées condamnait à elle seule l’offensive car qui aurait osé offrir cinq ou dix minutes d’avance à l’ancien vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, du Tour de Lombardie et surtout du Dauphiné ?

"J'espérais me glisser dans l'échappée car je ne voulais pas nécessairement céder le maillot jaune", avoua van Aert peu après l'arrivée. "Mais j'espérais me retrouver dans un grand groupe, pas seulement à trois. Quand ça s'est décanté, j'avais déjà tellement dû donner, car avec le maillot jaune, vous êtes surveillé, que j'ai pensé que je ne pouvais pas me relever. Je ne pouvais plus faire machine arrière à cause d'une situation de course inattendue. Alors, j'ai préféré continuer et j'ai voulu profiter de ma dernière journée en jaune et offrir du spectacle au public. Je crois que ça a marché."

C’est le moins qu’on puisse dire car le trio s’octroya plus de quatre minutes d’avantage avant que, quand l’écart fut réduit de moitié, Fuglsang ne se relève puis que, plus loin, van Aert ne distance irrésistiblement Simmons. Lequel a dû bien dormir après cette étape folle, la quatrième en ligne plus rapide de l’histoire du Tour.

Mais pourquoi diable, le Campinois ne préféra-t-il pas passer la journée dans le peloton avant de miser en fin d’étape sur son punch irrésistible. Une arme redoutable qui lui aurait certainement offert une place sur le podium, plus vraisemblablement la victoire et qui lui aurait également permis de conserver son maillot jaune vingt-quatre heures de plus ?

"C'était une étape longue (NdlR : avec 219,9 km, de loin la plus longue du Tour) et nous ne voulions pas passer la journée à devoir la contrôler car nous savions que personne n'allait nous aider", expliqua van Aert. "Alors, on a eu l'idée d'attaquer. C'était frustrant de n'être que trois. Nous avons obtenu un bel avantage, il fallait attendre de voir quelles équipes voulaient la victoire, mais quand plusieurs formations ont uni leurs efforts, j'ai su que cela allait être très difficile d'aller au bout. Dommage aussi que Fuglsang ait choisi de se relever, car il aurait été un solide compagnon sur la fin. Derrière, ils ont malgré tout dû se battre pour revenir parce que le vent soufflait favorablement et UAE a dû aussi travailler. J'espère qu'ils auront laissé des forces dans la poursuite, même si moi aussi, ça m'a fait mal. C'était mission impossible."

Élu coureur le plus combatif du jour, Wout van Aert, repris à onze kilomètres du but, a donc dit adieu au maillot jaune qu’il aura porté quatre jours avant de le céder à Tadej Pogacar. À un phénomène, a succédé un autre phénomène. L’Anversois, lui, a malgré tout augmenté son avantage au classement par points après être passé en tête au sprint intermédiaire où Fabio Jakobsen ne se classa que 5e. Dès ce vendredi, avec l’arrivée du Tour dans la moyenne montagne, le coureur de Jumbo-Visma portera le maillot vert qui pourrait bien rester sur ses épaules jusqu’à Paris.

"C'est aussi une belle couleur, même si le jaune est plus beau", confiait-il à ce propos. "J'ai vécu plusieurs jours très intenses et lors de la prochaine étape, j'espère pouvoir rester dans le peloton et récupérer un peu pour la suite."

"Wout a tout donné, ça n’a pas payé"

Chez Jumbo-Visma, tout le monde a défendu l'action menée par Wout van Aert. "Après coup, c'est facile de discuter", expliqua le directeur sportif Frans Maassen. "On savait que personne n'allait contrôler, alors, la meilleure option, c'était que Wout se retrouve dans un groupe de quinze, vingt coureurs. Il a tout donné, mais ça n'a pas payé. Est-ce qu'on aurait dû le faire se relever ? On y a pensé, mais il avait déjà tellement donné, il s'était battu comme un lion à ce moment-là et avait fait sauter le peloton à lui seul, qu'il n'aurait pas gagné l'étape non plus, ni le sprint intermédiaire. Si Wout ne s'était pas échappé, on aurait eu aujourd'hui un groupe qui serait parti sans quelqu'un de chez nous et nous aurions dû courir derrière toute la journée. Peut-être n'aurions-nous pas gagné l'étape non plus. Wout a joué et perdu, mais son Tour de France n'est certainement pas terminé, vous entendrez encore parler de lui., croyez-moi!"


Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be