Les Belges n’ont jamais gagné à l’Alpe d’Huez: “J’aurais tellement voulu m'y imposer”

Jamais un Belge ne s’est imposé dans la célèbre station, pas même Lucien Van Impe qui s’y est classé deux fois 2e et 3e mais qui y a revêtu son premier maillot jaune.

Eric de Falleur
Les Belges n’ont jamais gagné à l’Alpe d’Huez: “J’aurais tellement voulu m'y imposer”
©BELGA

Au lendemain de la superbe étape du Granon, c’est à l’Alpe d’Huez que finira le 12e volet de ce Tour. Une journée qui s’annonce dantesque, elle aussi, avec un final mythique sur la célèbre montée aux 21 virages de la station de l’Oisans.

C'est la 31e fois, en 70 ans et la double première (à l'Alpe et d'une étape finissant sur un sommet) qui avait couronné Fausto Coppi en 1952, que le Tour de France y fera halte. Jamais un coureur belge ne s'y est imposé, même si, en 1978, Michel Pollentier avait franchi le premier la ligne d'arrivée, avait pris le maillot jaune avant de se faire exclure de la Grande Boucle pour tentative de fraude au contrôle antidopage. Cette année-là, Lucien Van Impe s'était classé sixième. Celui qui reste le dernier vainqueur belge du Tour, sextuple lauréat du classement du meilleur grimpeur, vainqueur de neuf étapes, a disputé à sept reprises une étape finissant sur les hauteurs de Bourg d'Oisans. Il s'y est classé deux fois 2e et deux fois 3e. "C'est une montée qui a malgré tout beaucoup compté dans ma vie", raconte le Flandrien. "En 1976, j'ai fini deuxième à l'Alpe d'Huez, mais surtout, ce jour-là, le 4 juillet, car je connais encore la date, j'ai enfilé le maillot jaune pour la première fois de ma vie."

Deux semaines plus tard, le "Petit Lulu" allait remporter ce Tour, non sans avoir lâché le maillot 48 heures au profit du Normand Raymond Delisle. S'il le reprit dans les Pyrénées, en gagnant à Saint-Lary Plat d'Adet, c'est pourtant du nom d'"Alpe d'Huez" que lui et son épouse ont baptisé leur villa à Mere. "On était en train de construire et j'étais tellement content que j'ai décidé d'appeler notre maison ainsi", dit-il. "Porter le maillot jaune, c'était plus qu'un rêve pour moi. Gagner le classement de la montagne, oui, mais le Tour, non. Je n'ai jamais gagné en haut, mais j'ai souvent été très présent."

Notamment la première fois, en 1976, quand le Tour est revenu à l'Alpe après 24 ans d'absence. "Freddy Maertens avait le maillot au départ de l'étape", se souvient celui que l'on surnomma aussi le "Ouistiti des cimes". "Dès la sortie de Bourg d'Oisans, dans les plus forts pourcentages, je me suis retrouvé très vite en tête avec Zoetemelk qui me suivait au classement à 11 secondes. D'abord, il n'a pas pu rouler, ce qui était normal, car Poulidor, qui était son leader, avait été distancé. Mais finalement, son directeur sportif lui a donné quartier libre car Poulidor ne reviendrait pas. Joop est passé, mais pas souvent et pas très fort. Finalement, il m'a attaqué dans le dernier virage et il gagne avec trois secondes d'avance, je pense. J'avais surtout pensé à gagner l'étape mai s j'ai pris le maillot…"

Un an plus tard, alors qu'avec la défaillance d'Eddy Merckx, on assistait sans le savoir au crépuscule du dieu, à l'avant de la course, le coureur d'Erpe-Mere allait connaître une autre émotion sur la montée occupée à construire sa légende. "Je m'étais échappé dans le Glandon", dit-il. "J'étais bien parti. Au passage à Bourg d'Oisans, j'avais 2:50 d'avantage sur Thévenet, Kuiper, Zoetemelk, Galdos et Lopez-Carril. J'avais encore 2:30 à dix kilomètres et plus d'une minute sur Hennie Kuiper quand, à trois kilomètres du sommet, des voitures m'ont dépassé. Je pensais qu'elles étaient toutes passées, je me suis remis au milieu de la route, mais il restait un véhicule qui m'a touché et fait tomber. J'avais encore environ une minute d'avantage. J'avais pris un coup au moral et ma roue arrière était cassée. Kuiper m'a passé pendant que j'attendais mon directeur sportif qui n'était pas juste derrière moi car l'écart commençait à tomber. En me donnant le vélo de rechange de la voiture, le mécanicien a accroché la courroie à la galerie et a cassé des rayons. Là, Thévenet m'a dépassé. J'ai fini troisième."

Lucien Van Impe donne une bonne explication au fait qu'il ne se soit jamais imposé à l'Alpe d'Huez, lui qui était sans doute le meilleur grimpeur de sa génération. "J'étais trop nerveux quand on y arrivait", poursuit l'ancien champion de Belgique, dernier Belge à avoir fini parmi les trois premiers à l'Alpe, il y a 41 ans. "Parfois, j'étais dans un jour un peu moins bien, mais surtout mes adversaires savaient que je voulais gagner. Si un coureur attaquait, on me regardait en me disant que c'était moi le grimpeur et que je devais effectuer la poursuite. Il y a quelques Hollandais, Peter Winnen notamment, qui en ont profité (rires)."

La mythique montée n'était pas totalement faite pour ses qualités d'escaladeur ailé. "Ce n'est pas la montée la plus dure", reconnaît le Flandrien. "Les trois premiers kilomètres sont difficiles, après, c'est moins pentu. Après trois kilomètres, ce n'est plus vraiment pour les purs grimpeurs, on peut mettre une dent de plus, c'est une large route pour monter à la station. Il y a encore 500 mètres durs pour entrer dans la station, mais le dernier kilomètre aussi est deux fois moins pentu. C'est le plus joli col avec une ambiance spéciale. Normalement, il n'y a pas de public sur toute la longueur d'un col, mais à l'Alpe d'Huez, dès le pied, c'est comme si on arrivait dans un stade. Il y a du monde partout, une ambiance de fou. On le verra encore ce jeudi. En plus, c'est la fête nationale française, ils seront survoltés."

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