Mont Ventoux, Tourmalet, Stelvio, Angliru: voici les cols cyclistes les plus mythiques du monde

L'histoire des grands tours cyclistes n'aurait pas été la même sans les cols mythiques qui y sont attachés.

Mont Ventoux, Tourmalet, Stelvio, Angliru: voici les cols cyclistes les plus mythiques du monde
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Les plus grands exploits de la grande histoire du cyclisme et plus particulièrement du Tour de France , du Tour d'Italie et du Tour d'Espagne se sont déroulés dans la montagne. Chaque année, les coureurs doivent escalader des cols plus mythiques les uns que les autres, encouragés par un public nombreux sur le bord des routes, dans le but d'accomplir leurs rêves. Parmi toutes ces difficultés, certaines ont, plus que d'autres, marqué l'histoire, parfois récente, du cyclisme.

Le Mont Ventoux

Culminant à 1912 mètres d'altitude, celui que l'on surnomme le Géant de Provence n'épargne aucun coureur. Trois versants sont proposés aux plus téméraires, mais c'est sans conteste la route depuis Bédoin qui est la plus difficile. Avec ses 21,3 kilomètres à une déclivité moyenne de 7,5%, le Mont Ventoux a été le théâtre des plus grands exploits. Le dernier en date est celui de Wout van Aert sur le Tour de France 2021. Le Belge a dompté les deux ascensions pour s'imposer à Malaucène.

Quelques années auparavant, c'est dans le Ventoux que Christopher Froome, maillot jaune sur les épaules, a terminé l'ascension à pied après avoir chuté dans la montée et constaté que son vélo n'était plus utilisable. Depuis 1951 et sa première apparition sur la Grande Boucle, le Géant de Provence a été escaladé à 18 reprises, pour dix arrivées au sommet.

Si de nombreux coureurs y ont perdu le Tour de France, Tom Simpson y a également perdu la vie en 1967 des suites d'une insuffisance cardiaque causée par l'épuisement sur les flancs de l'ascension.

Un autre coureur a gardé un mauvais souvenir du Mont Ventoux : le Suisse Ferdi Kübler. Alors qu'il découvrait l'ascension lors de la course en 1955, celui qui avait remporté le Tour 1950 attaque dès le pied. Son adversaire Raphaël Geminiani le prévient : "Attention, Ferdinand, le Ventoux n'est pas un col comme les autres", mais n'est pas écouté par un Kübler trop confiant, "Ferdi n'est pas non plus un coureur comme les autres !". Mais victime d'une défaillance, le Suisse est contraint à l'abandon quelques kilomètres plus tard, regrettant son offensive: "Ferdi, il est trop vieux. Il a mal. Ferdi s'est tué ! Ferdi s'est tué dans le Ventoux !".

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L'Alpe d'Huez

La montée de l'Alpe d'Huez qui relie la commune de Boug-d'Oisans à la station de sports d'hiver Alpe d'Huez est une autre ascension mythique de la Grande Boucle, dont elle est devenue un grand classique. Depuis 1952 et sa première escalade avec une victoire du grand Fausto Coppi - qui allait remporter son deuxième Tour de France quelques jours plus tard -, l'Alpe d'Huez a été escaladée à 31 reprises sur la course au maillot jaune. La dernière escalade en date, en 2018, a été remportée par le Britannique Geraint Thomas, qui revêtira le paletot sur les Champs Élysées quelques jours plus tard.

Longue de 13,8 kilomètres à 7,9% de moyenne et culminant à une altitude de 1815 mètres, l'Alpe d'Huez n'est pas le col le plus difficile des Alpes, mais est surtout devenu mythique pour ses 21 lacets et son ambiance digne des plus grands stades de football.

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Le Col du Tourmalet

Le Tourmalet est l'un des cols les plus mythiques du Tour de France. En 1910, quand Henri Desgrange eut l'idée d'emmener la Grande Boucle dans les Pyrénées, il décida de faire passer les coureurs par le mythique Tourmalet. Octave Lapize passa en tête au sommet, mais c'est bien Gustave Garrigou qui fut le seul coureur à effectuer la montée sans descendre de vélo. Dépassé par François Lafourcade dans le Col d'Aubisque, et à bout de force, il déclara aux organisateurs présents sur le bord de la route : "Vous êtes des criminels, vous entendez, des criminels ! On ne demande pas à des hommes de faire un effort pareil ! Vous êtes tous des criminels". Mais plus de 110 ans plus tard, le Col du Tourmalet est toujours là et fait toujours autant la renommée du Tour de France.

Culminant à 2 115 mètres d'altitude, le Tourmalet est d'ailleurs le col le plus souvent escaladé par la Grande Boucle (à 79 reprises), avec trois arrivées au sommet depuis 1910. La dernière en date remonte à 2019. À l'époque, la France régnait sur le début de Tour de France, puisque Thibaut Pinot s'y était imposé en devançant Julian Alaphilippe, alors porteur du maillot jaune.

Deux versants peuvent être proposés aux coureurs. À partir de Luz-Saint-Sauveur, l'ascension est longue de 19 km avec un pourcentage moyen de 7,4%. Depuis Sainte-Marie-Campan, le col est long de 17,2 kilomètres, avec un pourcentage moyen de 7,37%.

Passo dello Stelvio (2758 mètres)

Il n'y a pas qu'en France que l'on retrouve les cols les plus légendaires du monde. Le Passo dello Stelvio, dans les Alpes, est l'ascension à laquelle on pense directement quand on évoque le Giro. Le col peut être escaladé depuis Bormio (20,8 kilomètres à 7,4% de moyenne) ou depuis Prato allo Stelvio (24,3 kilomètres à 7,44% de moyenne), mais c'est surtout l'altitude du Stelvio qui le rend encore plus difficile. Au sommet, les coureurs se retrouvent, entouré de murs de neige, à 2 758 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui en fait le troisième col routier le plus haut d'Europe, derrière la Cime de la Bonette et le Col de l'Iseran, dans les Alpes françaises.

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Ce qui rend également cette montée exceptionnelle, c'est sa rareté. Depuis son habilitation sur les routes du Tour d'Italie en 1953, le Stelvio n'a été escaladé qu'à 13 reprises. Un Belge a franchi le sommet en tête : Thomas De Gendt en 2012, après un authentique numéro en solitaire qui lui permit de monter sur le podium final de la course au maillot rose le lendemain à Milan.

Alto de l'Angliru (1570 mètres)

Contrairement au cols précédents, l'Angliru est une relative nouveauté sur le Tour d'Espagne. L'ascension des Asturies a été escaladée pour la première fois en 1999. Mais depuis lors, elle a été empruntée à sept autres reprises jusqu'en 2020, année de sa dernière apparition sur la Vuelta.

Si son sommet n'est pas très haut en termes d'altitude (1 570 mètres), ce sont surtout ses pentes abruptes qui le rendent presque insurmontable pour les coureurs. Sur les 12,3 kilomètres d'ascension, la déclivité moyenne est de 10,3% avec 500 mètres à une moyenne de 19%, et même un passage à 24% (!) à un peu plus de deux kilomètres du sommet.

Avec de tels chiffres, il n'a pas fallu longtemps pour que l'ascension acquiert ses lettres de noblesse, consacrant à deux reprises le grand Alberto Contador. Une fois en 2008, et l'autre pour ses adieux au peloton lors de l'avant-dernière étape de la Vuelta 2017, la dernière course professionnelle du Pistolero.

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Le col du Galibier

Le col du Galibier est probablement le col le plus célèbre des Alpes françaises. Emprunté pour la première fois en 1911, soit un an après le premier passage du Tour de France dans les Pyrénées, le Galibier a depuis lors été escaladé à 60 reprises. En 2022, il verra passer les coureurs à deux reprises, par ses deux versants différents, au cours des 11e et 12e étapes.

Le versant sud, à partir du sommet du Col du Lautaret, est long de 8,5 km à 6,9% de moyenne mais en comptant l'ensemble de la montée, on arrive à 34 ou 36 kilomètres d'ascension selon que l'on escalade le Lautaret depuis Briançon ou Le Bourg-d'Oisans. Le versant nord, depuis Valloire, propose près de 12 kilomètres à des pourcentages similaires à ceux du versant opposé.

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Si les pourcentages ne sont pas terriblement difficiles, c'est bien son altitude (en plus de sa longue histoire sur la Grande Boucle) qui rend le Galibier si mythique. Culminant à 2642 mètres d'altitude, il est bien souvent le toit du Tour de France. Pourtant, dans les Alpes françaises, il n'est "que" le quatrième col routier le plus haut derrière la Cime de la Bonette (2802 mètres), le Col de l'Iseran (2764 mètres)) et le Col Agnel (2744 mètres). Le premier n'a été escaladé qu'à quatre reprises, la dernière fois en 2008. Le deuxième, abordé un peu plus fréquemment, est apparu sur le parcours du Tour de France à 8 reprises entre 1938 et 2019. Cette année-là, c'est Egan Bernal qui passait seul en tête au sommet, posant les jalons de sa victoire finale sur la Grande Boucle.

À la frontière franco-italienne, le Col Agnel a été escaladé à deux reprises sur le Tour de France et à quatre reprises sur le Giro.

Mortirolo, Zoncolan, Finestre : les autres géants italiens

Dans l'ombre du Stelvio, plusieurs cols italiens ont également acquis des lettres de noblesse à travers le temps. Non loin du géant des Alpes italiennes, on retrouve le Passo del Mortirolo (1852 mètres). Depuis Mazzo di Valtellina, ce col est l'une des ascensions réputées les plus difficiles d'Europe. Longue de 12,4 kilomètres, la montée offre un pourcentage moyen de 10,45% avec de nombreux passages au-dessus des 15%. L'ascension a été découverte à la fin des années 80, lorsqu'il fallut chercher une alternative au Gavia qui était en travaux. Depuis lors, elle a été escaladée à 15 reprises.

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Autre monstre italien: le Monte Zoncolan, encore plus récent dans l'histoire du Giro. Empruntée pour la première fois en 2003, l'ascension présente des pourcentages moyens encore plus impressionnants que ceux du Mortirolo : 12,3% avec des passages à plus de 20%. Le tout pour une ascension de près de 10 kilomètres. Des grands noms tels que Gilberto Simoni (2003 et 2007), Ivan Basso (2010) ou encore Christopher Froome (2018) s'y sont imposés à travers les années.

D'ailleurs, quand on pense à Chris Froome, on pense forcément au Colle delle Finestre (2176 mètres). Le Britannique avait forgé sa victoire dans le Giro en 2018 dans ce col atypique avec une longue partie non-asphaltée sur son sommet. S'isolant à plus de 80 kilomètres de l'arrivée de l'étape, Froome avait renversé la course à deux jours de l'arrivée.

Planche des Belles Filles, Col de la Loze, Col du Portet, Gamoniteiru : les petits nouveaux

Ces dernières années, les organisateurs des grands tours tentent d'innover pour proposer des parcours toujours inédits. Pour cette raison, plusieurs cols et ascensions ne font partie de la grande histoire des grands tours que depuis une petite quinzaine d'années.

C'est le cas de la Planche des Belles Filles par exemple. Si son nom est atypique, la montée vosgienne est devenue un classique du Tour de France depuis sa première apparition en 2012. Au total, l'ascension a été escaladée à cinq reprises et le sera une nouvelle fois en 2022 . La Planche des Belles Filles est souvent placée en fin de première semaine de la Grande Boucle, pour que des premiers écarts s'y créent avant l'entrée dans les Alpes ou les Pyrénées... sauf en 2020 quand Pogacar avait renversé Roglic lors du contre-la-montre final. L'année précédente, les organisateurs avaient ajouté un kilomètre non-asphalté à l'ascension originale et l'avaient renommée la Super Planche des Belles Filles, où Dylan Teuns s'est imposé.

Encore plus récemment, les organisateurs du Tour de France ont innové avec des ascensions qui ont tout pour devenir mythiques elles aussi : le Col de la Loze (2305 mètres et 10,1 km à 8,6% de moyenne) ajouté en 2020 ou le Col de Portet (2208 mètres et 16,1 km à 8,7% de moyenne). En Espagne, les organisateurs ont instauré l'Alto de Gamoniteiru (1770 mètres et 15,1 km à 9,7% de moyenne) lors de l'édition 2021. L'ascension est d'ailleurs déjà surnommée "le cousin de l'Angliru". Rien que ça !

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