Le jeune Norvégien, hyperdoué, s’impose à Lisieux et voit enfin le bout du tunnel

LISIEUX Voilà deux ans, Edvald Boasson-Hagen devenait le plus jeune vainqueur de Gand-Wevelgem et on lui prédisait le plus grand avenir cycliste. C’est aussi à cette époque qu’un réputé journaliste norvégien nous avait raconté une anecdote que nous ne résistons pas à vous conter à notre tour. Alors qu’il gagnait avec panache quasi toutes les courses auxquelles il participait chez les jeunes, quelqu’un, un jour, lors d’un entretien après une épreuve, l’avait comparé à Eddy Merckx. “Eddy qui ?” aurait-il alors demandé sans rougir...

Comme quoi, on peut être doué pour un sport et ne pas être au courant de son histoire ni connaître son plus grand champion ! Hier encore, Boasson Hagen nous a fait penser à cet épisode cocasse lorsqu’un confrè- re lui demanda, après son formidable sprint à Lisieux, si Thor Hushovd avait été un exemple, voire une idole, pour lui lorsqu’il avait débuté sa carrière chez les jeunes.

“Je dois dire que je ne regardais pas les courses cyclistes à la télévision, quand j’étais ado”, concédait-il honnêtement. “Mais bon, au Tour, quand même, j’ai fini par suivre ses performances. Il a beaucoup fait pour notre sport en Norvège. Si le vélo y est plus connu aujourd’hui, c’est essentiellement grâce à lui.”

Et peut-être le cyclisme, en Norvège, atteindra-t-il un jour la même cote de popularité que le hockey sur glace, le biathlon ou le ski de fond grâce aux exploits de ce jeune garçon, (24 ans) qui sait tout faire dans son sport : sprinter (on l’a vu hier), grimper (on l’a constaté au dernier Dauphiné Libéré) et rouler contre la montre (il est champion de son pays dans cette discipline). Voilà aussi pourquoi, ne lui en déplaise, on l’a surnommé Eddy !

Lorsqu’on lui demanda hier s’il envisageait un jour de se spécialiser dans une discipline, la réponse ne se fit pas attendre. “Non”, dit-il, “je tiens à rester un coureur qui est bon sur tous les terrains, du moins pour le moment. On verra dans la suite de ma carrière quelle sera mon évolution. J’ai encore bien le temps pour penser à cela. Mais le mieux serait, bien sûr, que je continue à progresser dans tous les domaines.”

Ça, c’est sûr. D’autant que pour gagner, par exemple, un Tour de France, il s’agit d’être aussi fort en montagne que contre le chrono. Le sprint, ma fois, c’est accessoire pour un candidat à la victoire à Paris. À moins bien sûr qu’on ait la rage et l’envie de vaincre d’un certain Cannibale !

Mais, surtout, dans le chef de notre prodige norvégien, il s’agira d’avoir un corps à l’épreuve des blessures et des maladies... comme notre Eddy à nous !

Or c’est un peu à ce niveau que le bât blesse chez Boasson Hagen. “Après ma victoire à Wevelgem en 2009”, confiait-il ainsi, “j’ai commencé à souffrir d’une tendinite au niveau du tendon d’Achille, qui m’a handicapé quasi pendant un an et demi. J’ai été heureux de pouvoir me préparer pour ce Tour sans le moindre bobo.” Bien qu’il ne nous dise pas tout. Après qu’il a décroché son titre de champion de Norvège de contre-la-montre voici 3 semaines, Boasson a dû être mis au repos. La cause : une violente crise de zona ! Un zona dont il semble avoir parfaitement récupéré. La preuve par cette éclatante victoire à Lisieux.



© La Dernière Heure 2011