Lars Boom a levé les bras à Arenberg, mais c’est Nibali qui est le grand vainqueur du jour. Découvrez les écarts déjà impressionnants dans la course au maillot jaune.

Des pavés, de la pluie et des chutes. Voilà comment on pourrait résumer les cent-cinquante kilomètres complètement fous qui ont mené le peloton du Tour de France d’Ypres à Arenberg. Un Tour qui a perdu, avant même les premiers pavés, son tenant du titre Christopher Froome, forcé à renoncer suite à une double rencontre amère avec le bitume détrempé. Malgré le départ de l’autre côté de la Manche, ce n’est décidément pas l’année des Britanniques.

Et puis, il y a donc eu les pavés. Moins que prévu, puisque la pluie avait inondé deux secteurs, les rendant impraticables. Mais assez pour semer le chaos dans un peloton embarqué dans des scènes d’un autre temps. Sep Vanmarcke, aérien sur ces routes quasi fluviales, dégaine le premier avec Lars Boom, et emmène quelques favoris dans sa roue. Nibali impressionne, Van den Broeck est serein, et Contador doit déjà lâcher prise. Le Pistolero tente d’organiser la poursuite avec Tejay Van Garderen et Alejandro Valverde, mais ils devront attendre d’être au pied du podium protocolaire pour revoir le maillot jaune.

Dans chaque secteur pavé, Vanmarcke vole en tête. Le Belge part en duo avec Lars Boom, mais des Astana impressionnants ramènent Nibali. Van den Broeck, lui, fait un tout droit qui lui coûtera finalement deux minutes sur le Requin de Messine, décidément terriblement à l’aise quand des trombes d’eau s’abattent sous ses roues.

Les pavés se succèdent, et ils ne sont plus nombreux à suivre le maillot jaune et sa garde rapprochée. Les échappés sont lâchés quelques instants après avoir été rejoints, Sep Vanmarcke abandonne ses espoirs de victoire sur une crevaison, et même Sagan et Cancellara ne peuvent pas suivre Nibali quand Westra et Fuglsang appuient sur l’accélérateur. Seul Lars Boom retrouve la roue des Astana, et le Néerlandais attend patiemment son heure.

Elle vient dans le dernier secteur. Plus fort, plus puissant, Boom dépose un Nibali aux airs d’Alessandro Ballan par son élégance sur le pavé. Le Néerlandais résiste, et s’offre une victoire de prestige à Wallers, quelques hectomètres devant la mythique Trouée d’Arenberg. Une vingtaine de secondes derrière, Nibali n’en a plus la force, mais il pourrait également lever les bras. Froome est à la maison, Contador à la dérive, pendant que l’Italien et son lieutenant Fuglsang ont mis la Grande Boucle à leurs pieds.

Derrière, les dégâts se comptent en minutes. Seul Kwiatkowski, le polyvalent Polonais, limite la casse à moins d’une minute d’Il Squalo. Van den Broeck coupe la ligne 2’02’’ après Boom, quelques mètres devant un Richie Porte propulsé leader de l’équipe Sky et un Talansky valeureux. Valverde et Pinot suivent, une vingtaine de secondes devant un Alberto Contador qui se retrouve à plus de deux minutes trente de Vincenzo Nibali au classement général.

Les pavés et la pluie ont anéanti les rêves de doublé de Christopher Froome, giflé les espoirs de rédemption de Contador et sublimé le rêve jaune de Vincenzo Nibali. En à peine cent-cinquante kilomètres, et avant même les premières véritables pentes de ce Tour de France, la Grande Boucle s’est trouvée un nouveau favori.

Boom: "Une course folle"

Une étape incroyable ! Ce matin, lorsque j'ai vu le temps, cela m'a donné le sourire. Pendant des années, j'ai rêvé d'un Paris-Roubaix pluvieux, et j'obtiens ce que je voulais sur le Tour. En plus, c'est neuf ans exactement après la dernière victoire d'un Néerlandais sur le Tour (Pieter Weening à Gérardmer)... C'est ma plus belle victoire. Avec toutes ces chutes, c'était une course folle mais j'ai réussi à rouler à l'avant, à l'abri des problèmes. A un moment, j'ai demandé à Sep Vanmarcke de durcir encore le rythme. Nous sommes partis mais Nibali aussi a été très fort. Quand je me suis retourné dans le dernier virage, j'ai réalisé que j'allais gagner, une sensation folle. Cette victoire, j'en avais besoin pour ma carrière."

Nibali: "Je ne pensais pas prendre autant de temps"

"Je savais qu'il était possible de gagner du temps mais je ne pensais pas en prendre autant. Aujourd'hui, j'ai fait très attention aux trajectoires, j'ai suivi les conseils de Peter Van Petegem (ancien vainqueur de Paris-Roubaix) qui était avec nous lors de la reconnaissance. Les conditions étaient très différentes. C'était vraiment une étape très difficile. Je n'ai jamais couru Paris-Roubaix, je n'ai pas l'expérience des pavés. Je dois surtout remercier mes équipiers. Jakob (Fuglsang) a été exceptionnel".

Contador: "La journée a été compliquée"

"Il n'y a pas eu un instant de relâchement, pas la moindre pause. La journée a été compliquée. On a cherché à suivre mais on a perdu beaucoup de temps. Nibali était au bon endroit quand le groupe s'est divisé sur le deuxième secteur pavé. Bravo à lui. Dans le final, j'ai eu un problème mécanique, la boue collait aux rayons. Aujourd'hui, le plus important était de s'en sortir sans chuter. Maintenant, je dois essayer de reprendre du temps sur mon terrain".

Sagan: "Plutôt heureux d'être arrivé sain et sauf"

"Plutôt heureux d'être arrivé sain et sauf à l'arrivée de cette étape", a déclaré Sagan. "Je n'ai pas chuté, ce qui est bon pour la suite du Tour de France. J'ai aussi pris des points par rapport aux autres sprinteurs. Mais je suis aussi un peu déçu, parce que je me trouvais devant, et j'ai perdu moi-même toutes mes chances de m'imposer sur cette étape. J'étais un peu trop loin derrière avec Cancellara quand un coureur d'OPQS a creusé un écart, et nous n'avons jamais réussi à revenir. J'imagine que cela fait partie de l'apprentissage, et j'ai peut-être gagné en expérience avec cette erreur".

Keukeleire: "J'étais trop loin quand Lars Boom a attaqué"

"J'ai toujours voulu faire l'expérience d'un Paris-Roubaix sous la pluie. Ce n'était pas parfaitement identique à "l'Enfer du Nord" mais cette étape a été très spéciale aujourd'hui. On a emprunté les mêmes routes que Paris-Roubaix mais c'était bien plus court que la classique. Chez les espoirs, j'ai toujours eu des ambitions sur Paris-Roubaix. Dans cette étape, j'ai même cru un moment à la victoire. Surtout quand nous nous sommes retrouvé à dix devant dans le final. J'ai espéré que l'échappée aille jusqu'au bout pour obtenir un bon résultat. Au final, je suis très heureux avec ma sixième place. Ce fut une journée très longue et éprouvante et je suis content de l'épilogue. Au moment où Lars Boom a attaqué, j'étais trop loin que pour le suivre. Mais je suis tout de même content de ma prestation".

Bakelants: "Le sport cycliste est le grand perdant aujourd'hui"

"Pour Christopher Froome, c'est déjà fini. C'est pourquoi j'estime que le sport cycliste est le perdant aujourd'hui", a déclaré Bakelants.

"Dans la cinquième étape, il y avait du pain et des jeux et cela signifie la fin des espoirs pour certains. Il y a des gars dans ce peloton qui se sont sacrifiés pendant une année pour obtenir un bon résultat au Tour de France. Des hommes qui vont vivre pratiquement toute une saison en montagne pour être bien au mois de juillet et tout cela peut être complètement balayé aujourd'hui."

Concernant sa prestation, Bakelants était satisfait. "Pour moi, cela s'est bien passé et je suis arrivé indemne. Je termine quatorzième et pour moi, ce n'est pas mauvais. J'étais juste derrière Jurgen Van den Broeck lorsqu'il est tombé. Autrement j'aurais pu être encore plus au service de l'équipe. J'ai également dû attendre une fois Michal Kwiatkowski qui a été victime d'un coup du sort. Ce n'était pas facile aujourd'hui. Je pense que beaucoup de coureurs qui avaient des ambitions de podium ont reçu un petit coup. C'était vraiment très plaisant. Du moins, si tout c'est bien passé, comme c'était le cas pour moi. Les gars qui se sont retrouvés au sol penseront certainement autrement", a conclu Bakelants.

LE CLASSEMENT DES FAVORIS

Vincenzo Nibali (ITA / Astana)

Michal Kwiatkowski (POL / Omega Pharma) à 50"

Jurgen Van den Broeck (BEL / Lotto) à 1'45''

Richie Porte (AUS / Sky) à 1'54''

Andrew Talansky (USA / Garmin) à 2'05''

Alejandro Valverde (ESP / Movistar) à 2'11''

Romain Bardet (FRA / AG2R) à 2'11"

Tejay Van Garderen (USA / BMC) à 2'11"

Rui Costa (POR / Lampre) à 2'11"

Thibaut Pinot (FRA / FDJ) à 2'25"

Bauke Mollema (P-B / Belkin) à 2'27"

Alberto Contador (ESP / Saxo-Tinkoff) à 2'37"

Jean-Christophe Peraud (FRA / AG2R) à 3'29"

Pierre Rolland (FRA / Europcar) à 5'18"

Frank Schleck (LUX / Trek) à 9'12"