Le leader des Quick Step a abandonné hier après moins de cent kilomètres

CHÂTEAUROUX La fin d’un Tour, en espérant que ce ne soit pas la fin tout court. Parmi les journalistes présents sur cette Grande Boucle , nombreux sont ceux qui faisaient la grimace en voyant Tom Boonen descendre de vélo et se réfugier dans la voiture de son directeur sportif, en évitant soigneusement les micros et les caméras qui s’étaient vite rassemblés autour de lui.

La grimace, parce que cet abandon sans gloire au km 95, après un début de Tour complètement anonyme, avait comme un avant-goût de renoncement. Alors que Philippe Gilbert est à son apogée, celui qui l’a précédé dans le cœur de tous les fanatiques belges de vélo semble ne plus être que l’ombre de lui-même. Sa saison des classiques n’avait déjà été sauvée que de justesse grâce à un succès qui était un peu tombé du ciel à Wevelgem.

Boonen était venu au Tour avec de grandes ambitions, c’est du moins ce qu’il nous avait dit, sans doute pour mieux se convaincre lui-même.

Mais on s’était très vite rendu compte que notre première impression était la bonne; que pouvait-il bien faire contre les jeunes loups du sprint comme Goss, Farrar ou Cavendish ?

En plus, la guigne est rapidement venue s’en mêler, sous la forme d’une chute quasi collective, mercredi, chez Quick Step, puisque c’est presque la moitié de l’équipe qui, à cause d’une vague dans le peloton, avait été jetée à terre. Chavanel, Steegmans et Boonen avaient été les plus touchés. Mais si les deux premiers avaient surtout été meurtris au niveau du bas du corps, Boonen, lui, avait pris un sérieux coup sur la tête. La fin de la 5e étape avait été un véritable calvaire pour l’Anversois obligé de parcourir les 60 derniers kilomètres derrière le peloton, assisté seulement d’Addy Engels, son équipier. Boonen, depuis, n’arrêtait pas de se plaindre de maux de tête et de vertiges. Hier, il n’arrivait presque plus à contrôler sa machine au sein du peloton et représentait un danger pour lui comme pour les autres. Après être venu deux fois à sa voiture, il aura donc préféré renoncer. “Ma tête tournait sans arrêt et j’avais du mal à garder mon équilibre” , dira-t-il ensuite.

“Les risques étaient trop grands pour qu’il poursuive sa route”, confiera de son côté Wilfried Peeters. “Rester dans le peloton dans cet état n’était pas responsable. En plus, Tom n’arrivait plus à se concentrer sur sa course. Le Tour est déjà extrêmement dangereux quand on est en parfaite condition, alors imaginez dans son état !”

Peeters en profitait pour évoquer la forme redevenue un peu meilleure de Steegmans et de Chavanel, lesquels n’envisageaient nullement l’abandon. C’est déjà ça de pris.

Le soir, Laurent Jalabert aura des mots assez durs pour le champion belge. “Il n’avait déjà quasiment aucune chance de rivaliser avec la génération montante du sprint, disait-il. Et en plus, il est blessé. Il a donc préféré partir.” Préféré, certainement pas, mais peut-être que son état lui a permis de quitter le Tour sans avoir connu le déshonneur.



© La Dernière Heure 2011