Son golden retriever est mort hier et l’a fait verser ses premières larmes du Tour

Diable de Cavendish ! Sans le coureur de l’Île de Man, le champion de Belgique aurait remporté sa deuxième victoire d’étape sur le Tour. Il s’est fallu de si peu, peut-être simplement d’un pignon de 11 dents (au lieu du 12 seulement disponible pour le Liégeois comme vous le lirez par ailleurs), mais, bon, il n’y a aucune honte à être battu par le meilleur sprinter du monde.

Le Britannique, d’ailleurs, avait connu à peu près la même mésaventure que l’homme de Remouchamps. Enfermé et distancé des avant-postes à quelques centaines de mètres de but, il ne croyait plus pouvoir lutter pour les lauriers du jour.

“À cause d’un coup de mon ami André (NdlR : Greipel, son ex-équipier chez HTC passé chez Lotto)”, disait-il avec un sourire. “J’étais bien placé jusqu’à ce qu’il vienne me désarçonner. Là, je me suis dit que c’était cuit pour la victoire d’étape, car, dans l’aventure, j’avais perdu le sillage de mes équipiers. Soudain pourtant, tout a commencé à s’ouvrir devant moi, dans le peloton. Je me suis remis à rouler à fond avec le seul but de prendre le maximum de points pour le classement du maillot vert. Mais, je ne sais pas trop comment, les autres coureurs ont continué à s’écarter devant moi. Quand j’ai aperçu Gilbert, je me suis dit que j’avais peut-être encore une petite chance de m’imposer. Et cela m’a réussi. Je n’en reviens pas d’avoir pu gagner malgré tout ce qui m’est arrivé dans ce sprint.”

Le Britannique en profitait pour tirer un grand coup de chapeau. “Gilbert a fait un super-sprint ici, mais cela ne m’étonne pas. C’est depuis le début de la saison qu’il est très fort.”

Cela n’empêchait pas le sprinter de HTC de souligner que, maintenant que sa série était commencée, il entendait bien poursuivre sur sa lancée. ‘Peut-être déjà ce jeudi à Lisieux (NdlR : où il pourrait alors être à nouveau en bagarre avec Philippe Gilbert), mais en tout cas certainement le lendemain à Châteauroux.”

Cavendish est toujours un régal en conférence de presse après une victoire. Com- me sur son vélo, il saute sur tout ce qui bouge ! Hier alors qu’un journaliste lui demandait de se justifier par rapport à une réclamation qu’aurait formulée Rojas à son égard pour un coup qu’il aurait porté à l’Espagnol, Cavendish commença par froncer les sourcils, balbutia une première réponse, vague, puis demanda au journaliste de revenir près de lui. “Mais qu’est-ce que vous racontez, vous-là”, dit-il en prenant à partie notre collègue français un peu intimidé. “La plainte de Rojas, c’est contre Petacchi qu’il l’a introduite ! Pas contre moi. Avant de répandre votre m... commencez par vérifier vos sources !”

Une anecdote qui en dit long sur le tempérament du vainqueur du jour et... sur ce qui se passe dans le peloton dans une finale d’étape.

Mais Cavendish n’avait pas fini de nous surprendre. Juste avant de s’éclipser, il prit le micro pour s’adresser une dernière fois aux journalistes. “Ce que je vais dire va sans doute vous surprendre mais, hier, mon golden retriever a poussé son dernier soupir; sincèrement, j’en ai versé mes premières larmes du Tour. Je voulais lui dédier cette victoire.”

C’est bien la première que nous entendons un sportif dédier sa victoire à son chien. Mais Cavendish est ainsi fait, aussi sensible que sanguin.



© La Dernière Heure 2011