Cavendish a félicité son ennemi Greipel avant de proprement le descendre

CHÂTEAUROUX “J’ai une équipe formidable. On ne s’entraîne presque jamais à sprinter ensemble mais on se connaît tellement bien qu’on n’a pas besoin d’échanger un seul mot quand on lance la machine avant un emballage. Aujourd’hui, je n’ai pas dû donner un coup de pédale de trop jusqu’à 50 m de la ligne. Avec eux, tout est si facile !”

C’est ainsi que s’exprimait Cavendish après sa victoire aisée, en effet, à Châteauroux. De bien belles paroles mais qui sonnent quand même un peu faux dans la bouche du Britannique quand on sait que son transfert chez Sky est quasi déjà entériné. Emmènera-t-il avec lui Eisel, Goss, Velits, Pate et Renshaw qui, sur ce Tour, font fi de leurs propres ambitions, quand il fera ses valises pour aller à la concurrence ? Probablement que non.

Et lorsqu’on lui demanda s’il ne trouvait pas désolant qu’une équipe aussi performante que la sienne n’arrive pas à trouver un sponsor pour l’an prochain, il se contenta d’un laconique “Oui, c’est dommage”. Un peu comme s’il se désintéressait du sort d’HTC vu ses contacts avancés avec Sky. On dit qu’un grand champion, quelque part, est toujours égoïste; en voilà sans doute un bel exemple.

Cavendish en était hier à sa 17e victoire au Tour, un total impressionnant pour tout le monde sauf pour lui apparemment. “Je ne chasse pas les records, disait-il encore. Je sais bien que je ne suis pas Eddy Merckx. Contrairement à lui, je ne peux m’imposer qu’au sprint. Mais c’est vraiment l’exaltation inhérente au succès, à la gagne qui me pousse à toujours aller chercher la victoire de plus. “

Et la grande boucle est l’épreuve évidemment la plus motivante. “C’est normal, puisque c’est la plus grande course du monde. À côté du Tour, les autres épreuves passent en second lieu (NdlR : il a refusé devant nous le mot secondaire alors que c’est pourtant exactement ce qu’il pense). Ici, tout est plus grand; chaque succès a plus de retentissement qu’ailleurs.”

Cavendish est désormais 3e du classement par points, mais il n’est pas du tout sûr de lutter jusqu’au bout pour ce maillot vert. “J’ai beaucoup pensé à ce nouveau règlement qui attribue beaucoup de points aux sprints intermédiaires, dit-il. Tout dépendra en fait du nombre d’arrivées massives qu’il y aura encore dans ce Tour (NdlR : sans doute à Montpellier et à Paris, mais peut-être aussi à Lavaur si les baroudeurs sont trop fatigués). A priori pourtant, ce nouveau règlement devrait favoriser des gars comme Rojas ou Gilbert, qui ne sont pas des sprinters purs, mais qui passent bien partout.”

Quand quelqu’un se hasarda à lui demander s’il avait dû avoir recours à cette fameuse deuxième accélération qu’il prétend n’utiliser qu’à de très rares occasions, lorsque son ennemi Greipel – les deux hommes se détestent – tenta de le surprendre sur la droite de la route dans les 150 derniers mètres, Cavendish garde un calme étonnant. “Non, dit-il, je connais parfaitement mes adversaires parce que je les ai tous étudiés. Moi, je sais que j’atteins ma vitesse maximale en deux coups de pédales alors qu’André en a besoin de trois ou quatre au moins. Chapeau pour ce qu’il a tenté mais je n’ai jamais été en danger. Je savais aussi que Greipel ne pourrait pas tenir jusqu’au bout.”

Un compliment d’un côté et deux méchantes petites piques de l’autre : c’est ça aussi le cyclisme professionnel…



© La Dernière Heure 2011