La prochaine Grande Boucle va plaire aux grimpeurs, mais il faudra aussi être un excellent descendeur pour gagner.

Que des heureux ! Le parcours de la 103e édition du Tour de France, dévoilé ce mardi midi au Palais des Congrès de Paris par Christian Prudhomme, a ravi, dirait-on, tous ceux qui l’ont découvert. Les grimpeurs, les rouleurs, les sprinters y ont trouvé tous à boire et à manger, dans un contexte qui apparaît moins nerveux que ce qu’il n’avait été en juillet dernier, surtout en début de course.

Bien sûr, après le Grand Départ majestueux au Mont-Saint-Michel, les deux premières étapes dans la Manche ou même les deux suivantes, vers Angers et Limoges, peuvent se révéler traîtresses si d’aventure, le vent ou la pluie, voire les deux s’en mêlent.

Le début du prochain Tour semble donc plus classique et pourtant, le maillot jaune pourrait changer régulièrement d’épaules en première semaine. À Utah Beach, une des plages historiques du Débarquement, la victoire est promise le premier jour à un sprinter. Désormais, c’est la présence d’un prologue en entrée de Tour qui devient manifestement l’originalité…

Dès le lendemain, à Cherbourg, les trois derniers kilomètres condamneront le vainqueur de la veille, sauf s’il s’agit de Peter Sagan, sans doute. Après cinq jours déjà, la caravane de la Grande Boucle arrivera ensuite en montagne. Les grimpeurs devraient y prendre le pouvoir et qui sait? si Chris Froome ne cherchera pas, comme cette année, à écraser d’emblée ses adversaires.

Certes, il ne s’agira pas encore de la haute montagne, mais les Monts du Cantal feront déjà des dégâts avec, sur les 35 derniers kilomètres, les ascensions (mais aussi les descentes techniques) du Pas de Peyrol, du col de Perthus et la montée vers Super Lioran. Une station où les Belges ont réussi le triplé (dans l’ordre, Pollentier, Merckx et Van Impe) lors de la seule visite du Tour, il y a quarante ans.

Les trois étapes et la traversée des Pyrénées, programmées en fin de première semaine, se présentent moins déterminantes que la suite de l’épreuve, mais elles ne sont nullement dépourvues de difficultés. Thierry Gouvenou, le bâtisseur du tracé, y voit la possibilité pour des audacieux de prendre du champ.

"La première partie du Tour peut permettre à des attaquants d’en profiter et à un coureur de garder le maillot jaune un long moment", dit le bras droit de Prudhomme.

Après l’arrivée à Andorre Arcalis (10e étape), où Jan Ullrich avait pris le pouvoir en 1997, celle au Mont Ventoux (12e étape) donnera plus encore une première grande orientation au classement, le 14 juillet prochain. Le Géant de Provence fait toujours peur et dès le lendemain, les coureurs seront confrontés au premier chrono du Tour 2016. Sur un parcours très exigeant (deux côtes de plusieurs kilomètres à 5 % et une descente technique), les écarts attendus pourraient être amplifiés par les séquelles de l’étape de la veille.

Le Tour sera alors loin d’être terminé. Il restera huit étapes dans les Alpes françaises et suisses dont cinq pourraient se révéler déterminantes. À Culoz (15e étape), au terme de la deuxième semaine, il s’agira d’"une étape très difficile", affirment Prudhomme et Gouvenou avec deux montées du Grand Colombier, une complète et une partielle, pour finir. Trois jours (dont le deuxième de repos à Berne, chez Fabian Cancellara) plus tard, le barrage de Finhaut-Emosson, où Alberto Contador avait gagné au Dauphiné l’an dernier, sera le théâtre très spectaculaire de l’arrivée de la 17e étape, avec une montée raide (dix kilomètres à 8,4 %, mais des passages à 9, 10 et même 13 %), elle même précédée directement par les treize bornes de la Forclaz, oublié par le Tour depuis quarante ans.

Avant le sprint royal attendu aux Champs-Élysées, le dimanche 24 juillet, les candidats à la succession de Chris Froome auront eu encore trois temps forts à avaler. D’abord, le jeudi, le second contre-la-montre, en côte cette fois, sur 17 km, par la côte de Domancy, rendu célèbre par le Mondial de Sallanches dominé par Bernard Hinault, escalade prolongée par la montée de la côte des Chozeaux. Gare aux éclats !

Et si tout cela ne suffisait pas, deux étapes difficiles attendent encore les prétendants dont, d’abord, celle se terminant à Saint-Gervais, au pied du Mont Blanc après la montée inédite de Bisanne et les redoutables pentes du Bettex.

Enfin, pour arriver dans la station de Morzine et ses chalets, épilogue de l’avant-dernière étape, le col de Joux Plane et ses lacets retors se dresseront sur la route des rescapés. Au sommet, douze kilomètres d’une plongée technique et rapide pourraient encore, pourquoi pas? nous offrir un ultime rebondissement, en descente cette fois.

© DH