Philippe Gilbert n’a pas osé attaquer dans l’ultime côte pour privilégier le maillot vert

LE MANS Tous les cierges et prières du monde n’y ont rien fait, il n’y a pas eu de miracle et de seconde victoire d’étape pour Philippe Gilbert, hier à Lisieux, à l’ombre de la Basilique de Sainte-Thérèse où le Liégeois a fini 7e. Alors, au moment de dresser le bilan de sa journée, Gilbert cherchait à se contenter de la bouteille à moitié pleine, plutôt qu’à regretter qu’elle soit à moitié vide.

Si le succès lui avait échappé, le Wallon avait conservé, pour un point, le maillot vert. “L’étape était dure”, disait-il d’abord. “Avec la pluie, dans ce temps favorable aux Belges, même si, personnellement, elle ne me dérange pas et qu’il ne fait pas froid. En plus, nous avions le vent favorable, mais c’était glissant et dangereux dans la traversée des villages, surtout avec les lignes blanches sur la chaussée.”

Le Liégeois en vint vite à l’essentiel : “On avait décidé avec Jelle (Vanendert) qu’il attaquerait dans la bosse; il fallait éliminer au maximum les purs sprinters. Voeckler est parti ensuite, mais je n’ai pas eu peur; il y avait quand même du vent. Je voulais démarrer, mais je n’ai pas essayé car je voyais Evans qui calquait sa course sur moi.”

On se dirigeait alors tout droit vers un sprint massif.

“À la fin de la côte, on était bien dans le rouge”, poursuivait le champion de Belgique. “Vinokourov a relancé, mais je n’ai pas osé contrer; Cadel (Evans) était là, dans ma roue, et j’ai préféré sprinter pour prendre des points. Ensuite, c’est Thomas, quasi un vrai sprinter, qui a emmené le sprint, à partir des 350 m. On était déjà à 100 %. C’était parfait pour Boasson Hagen, qui a débordé à 175 m et plus personne n’a été capable de le remonter, ni Goss, ni Hushovd qui sont quand même des rapides. C’est un très beau et mérité vainqueur. C’est vrai, j’ai été enfermé mais chacun, moi y compris, était à sa place.”

Après s’être classé 10e du sprint intermédiaire, Gilbert a fini 7e à l’arrivée, des résultats suffisants pour garder 24 heures de plus le maillot vert.

“ J’ai pris des points”, se félicitait- il. “Mais ce sera serré et demain (aujour- d’hui), ce sera pour Greipel. Il sera l’homme protégé de l’équipe, mais après, dès que les étapes seront un peu plus accidentées, j’aurai à nouveau ma chance.”

La veille, un début de conflit a vu le jour entre les deux coureurs d’Omega Pharma-Lotto.

“C’est la presse qui, comme toujours, a provoqué cette polémique”, se défendit encore Gilbert. “Certains journalistes ont fait du vent pour rien, il n’y a aucun problème entre Greipel et moi. C’est un jour l’un, un jour l’autre; chacun a ou aura sa chance.”

Au Cap Fréhel, mercredi, l’Allemand avait pourtant râlé en montant dans le bus de son équipe, après que Gilbert ne lui avait pas, disait-il, emmené le sprint comme convenu. “Il n’y a pas d’esprit d’équipe”, avait pesté le roi des victoires 2010, avant de revoir son discours après que les directeurs sportifs avaient calmé le débat interne.

“Je suis venu au Tour pour gagner une étape et porter au moins un jour le maillot jaune”, poursuivait-il. “J’ai réalisé très vite ces deux objectifs, mon Tour est réussi, quoi qu’il arrive maintenant. Au début, je ne connaissais pas le règlement de ce sprint intermédiaire, ce que cela allait changer dans le déroulement des étapes. Maintenant, cela va mieux, on voit comment cela se passe. Je continue à sprinter en cours d’étapes et aux arrivées, et on verra jour après jour comment évolue ma position. Je prends du plaisir à porter ce maillot et à chercher à le défendre ou le reprendre, mais je ne crois pas que je le garderai jusqu’à Paris. Mon favori, c’est Evans, il va encore marquer beaucoup de points dans les étapes de montagne.”



© La Dernière Heure 2011