Tour de France

Philippe Gilbert vise le maillot vert, mais il veut aussi se tester en montagne

Dans le ron-ron habituel d’une première journée de repos du Tour de France, après neuf étapes d’un début de Tour débridé, Philippe Gilbert a sorti tous ceux que la chaleur retrouvée sur la Grande Boucle avait plongés dans une certaine torpeur. Le Liégeois a réaffirmé hier, à l’hôtel de Saint-Flour où l’équipe Omega Pharma-Lotto a passé les trente-six premières heures de l’après-VDB , qu’il a fait de la conquête du maillot vert son principal objectif. D’ici à Paris, le Wallon espère bien enlever encore une étape et aider André Greipel, le sprinter de la formation, à réaliser ce but également. Mais surtout, le numéro 1 mondial a reconnu qu’il allait profiter de la malheureuse situation, causée par l’abandon de Jurgen Van den Broeck, pour se tester en montagne et voir jusqu’où il pourrait aller au classement général.

“C’est triste ce qui est arrivé avec VDB” , a-t-il répété, “mais le Tour continue. Avec Greipel, on va essayer de gagner encore une étape, je vais tout faire pour ramener le maillot vert à Paris, mais, maintenant qu’il ne faut plus travailler pour Van den Broeck, je vais prendre les étapes de montagne comme un test. Je veux voir jusqu’où je peux aller. En tout cas, je ne compte pas me relever après deux kilomètres d’ascension dans les cols. On verra jusqu’où cela peut m’amener au classement général.”

Autrefois allergique aux grands Tours où, au fil des jours, il déclinait, le numéro 1 mondial a changé.

“Au Giro il y a deux ans et plus encore l’an dernier à la Vuelta, j’ai montré que je pouvais être fort après trois semaines” , disait celui qui avait gagné l’avant-dernière étape en Italie et l’antépénultième en Espagne. “À la Vuelta, j’avais décidé de rouler calmement en montagne pour m’épargner avant le Championnat du Monde, mais, ici, j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller.”

C’est-à-dire ? “Le maillot vert reste très important” , a expliqué Gilbert. “Je vais d’abord aller pour ça, mais je ne vais pas me relever après deux kilomètres dans les Pyrénées. Je vais essayer de suivre les meilleurs en montagne. Je grimpe mieux qu’avant et grâce à mon expérience, je me place mieux au pied des cols. Et franchement, j’aimerais autant que la pluie continue à nous accompagner, j’ai toujours un meilleur rendement quand il pleut. Pourrais-je obtenir un bon classement à Paris ? Je n’en sais rien. Le malheur de VDB me permet de me tester. Je suis 9e et pas trop loin au classement, sans avoir vraiment essayer. Je suis dans une situation pas trop mauvaise, mais je suis trop près pour qu’on me laisse partir dans une échappée car je ne pense pas qu’on va me laisser prendre du temps. Pour le moment, je n’ai que deux solutions : soit je me laisse distancer un jour et je perds dix minutes pour avoir plus de liberté ensuite, soit je continue comme cela.”

Quoi qu’il arrive, le Liégeois ne compte pas changer son fusil d’épaule à l’avenir. “Je ne regrette pas mon choix de carrière” , a-t-il poursuivi. “Je voulais gagner des classiques et ce sera encore le cas dans le futur. En ne disputant pas le Tour les années précédentes, des éditions dont le parcours ne me convenait pas non plus, j’ai gagné les courses de mes rêves, Paris-Tours, la Lombardie, l’Amstel, la Flèche, Liège... Donc, même si je vois que j’obtiens un bon classement, je ne changerai pas l’an prochain, j’aime trop les classiques. D’ailleurs, quinzième du Tour, ça ne changera rien pour moi. Ou finir premier Belge, un truc comme cela. C’est bien quand vous avez 22 ou 23 ans, pour signer un bon contrat.”

Le Monégasque est un des seuls coureurs du Tour qui n’a disputé ni le Dauphiné , ni le Tour de Suisse, ni même effectué des stages en altitude pour se préparer. “La montagne, je la fais à l’entraînement” , rigole-t-il. “Ne pas avoir été au Dauphiné ou en Suisse me permet d’être frais, physiquement et mentalement. C’est super-important. Je suis relax. Pour le reste, dimanche, un coureur, dont je ne me souviens plus (il rigole, mais ne veut pas dire son nom), m’a dit : C’est incroyable, tout le monde est à bloc, sauf toi ! Je lui ai répondu : Est-ce que toi, tu es à bloc à l’entraînement ?”

Souvent, je me fais plus mal à l’entraînement qu’en course. Et puis, j’ai 29 ans depuis quelques jours. J’ai une évolution normale, je ne suis pas arrivé de nulle part. Chaque année, je suis un peu plus fort, je ne connais pas encore mes limites.”



© La Dernière Heure 2011