Les plus jeunes le connaissent grâce à sa voix qui a rythmé les commentaires de la Grande Boucle sur France Télévisions de 2006 à 2010. Les plus anciens ne retiendront de sa carrière que les huit célèbres secondes qui l'ont séparé d'une troisième victoire au Tour de France 1989.

Dans la mémoire générale, Laurent Fignon reste celui qui a perdu une course imperdable (pour une histoire de guidon de triathlète) dans l'ultime étape face à Greg Lemond où à l'époque, un contre-la-montre individuel arrivant sur les Champs-Elysées, clôturait l'épreuve. Mais l'ancien coureur cycliste représentait bien plus que cette mésaventure qui le poursuivra jusqu'à la fin de sa vie.

Il est d'abord celui qui a remporté la plus belle course du monde à même pas 23 ans, un an après ses débuts chez les professionnels. Depuis la guerre, seuls Felice Gimondi et Egan Bernal, l'an dernier, ont réussi cette prouesse. Il n'y a qu'Henri Cochet en 1904 et François Faber cinq ans plus tard qui étaient plus jeunes que lui. Ces succès rapides n'entacheront pas sa soif de victoire. Il reviendra l'an suivant s'offrir un doublé en jaune, face à son ancien coéquipier, Bernard Hinault.

Une superbe victoire face au "Blaireau" qui validera le choix de son directeur sportif Cyrille Guimard de l'avoir préféré au Breton qui avait dû quitter l'équipe Renault l'année précédente grâce à la formidable précocité du Parisien. Fignon, ce n'était pas uniquement un palmarès mais un style détonnant proche de la génération "hippie".

En 2009, un cancer des voies digestives lui est diagnostiqué

Son panache, ses attaques loin de l'arrivée et sa franchise ont perturbé les codes très conservateurs du cyclisme. Sa combativité est également marquante. Il perdra le Giro en 1984 dans des conditions ''spéciales'' où un hélicoptère volera anormalement bas autour de Fignon, lors du dernier contre-la-montre profitant à Francesco Moser.

Qu'à cela ne tienne, il reviendra prendre la tunique rose cinq ans plus tard, restant encore à ce jour le dernier vainqueur français du Tour d'Italie. Entre-temps, il empochera Milan-Sanremo en 1988 et 1989 et la Flèche Wallonne en 1986.

Après l'arrêt de sa carrière en 1993, "L'Intello' entame sa reconversion en devenant l'organisateur de Paris-Nice pendant deux ans. Il endossera logiquement le rôle de consultant pendant 17 ans pour la télévision et la radio, commentant le Tour sur France 2 aux côtés de Thierry Adam pendant quatre ans. Ses analyses seront à l'image de ses attaques sur le vélo: bien tranchées.

En 2009, un cancer des voies digestives lui est diagnostiqué. Il continuera à garder sa place même si la maladie le diminue. Il s'éteindra le 31 août 2010, quelques semaines après avoir commenté l'épreuve qu'il aimait tant. Laissant une trace indélébile au cyclisme et un manque éternel.