Tous les contrôles sont ciblés sur ce Tour

SAINT-ÉTIENNE On peut évidemment regretter la manière dont ce contrôle a été effectué. Est-il bien nécessaire de pointer une arme (et même plusieurs) sur un véhicule qui suit une course cycliste, même si l'on recherche des produits dopants ? Des contrôles aux postes frontières, par exemple, qui n'en a pas subi, même avec l'aide, pour les douaniers, de chiens spécialisés dans la détection de drogues ? Mais il est rare de voir les officiers de Justice dégainer leur arme de poing à cette occasion. Sauf lorsqu'ils savent avoir affaire à de vrais malfrats. Ici, ce n'était manifestement pas le cas. Et les journalistes automobiles invités par Skoda, qui se trouvaient dans la voiture de Johnny Schleck, ont dû se demander ce qui leur arrivait.

Mais cette action musclée, en plein Tour de France, est aussi la preuve que les forces de l'ordre, en France, ne badinent pas avec le dopage. En agissant de la sorte, ils veulent aussi envoyer un message fort à ceux qui s'adonnent encore à ses pratiques : on sait comment vous faites et on vous tient à l'oeil ! Autrement dit, les pourvoyeurs n'ont qu'à bien se tenir !

Pendant de nombreuses années, les tricheurs, au sein des équipes cycliste, ont défié les autorités, en se croyant au-dessus des lois, trouvant une multitude de stratagèmes lorsque les véhicules des équipes (voitures, camions et autobus) étaient par trop surveillés. Cela fait des lustres qu'on entend, dans la caravane, des rumeurs selon lesquelles les produits interdits sont transportés soit par des voitures banalisées (accréditées ou non) soit par des camping-cars conduits par les amis ou la famille. Les autorités, bien infiltrées dans le milieu, ont manifestement pris le taureau par les cornes, du moins en ce qui concerne le Tour. On espère que la surveillance ne s'arrêtera à Paris, le 27 juillet prochain.

Au-delà de ces considérations que l'on pourrait qualifier de pratiques, un certain nombre de questions sont soulevées par cette action menée à l'encontre d'un proche de la CSC. L'Agence de Lutte contre le Dopage (AFLD) nous a garanti, par la voix de son maître Pierre Bordry, que quasi tous les contrôles diligentés sur la Grande Boucle avaient été ciblés. En Italie, l'AFLD avait remis ses données (et donc ses cibles) au Coni; or Frank Schleck aurait été contrôlé le soir de Prato Nevoso et le jour de repos. Les CSC sont manifestement dans la ligne de mire. Si le père Schleck a subi cette fouille, c'est que c'est lui, ou l'équipe, ou un membre de cette équipe, qu'on visait. Il n'y a pas de hasard sur ce Tour. Était-ce un avertissement avant le contre-la-montre décisif de samedi ? L'avenir nous le dira. Peut-être...



© La Dernière Heure 2008