Cette étape a également été marquée par les crevaisons de Cadel Evans, victime comme d'autres coureurs, de clous jetés sur la chaussée par des spectateurs mal intentionnés

LIMOUX Pour la quatrième fois en cinq ans, Luis-Léon Sanchez (Rabobank) s'est adjugé une étape du Tour de France. Mais ce succès a une saveur particulière pour le coureur espagnol qui a connu un début d'épreuve difficile qui s'était occasionné un trait de fracture du scaphoïde lors d'une chute entre Liège et Seraing. Rabobank, décimé par les abandons de Mollema, Gesink ou Renshaw, sauve ainsi sa Grande Boucle, mais l'étape aura surtout été marquée par les crevaisons rencontrées par Cadel Evans et d'autres coureurs dans la descente du dernier col.

Sagan, encore et encore

Le début d'étape était très nerveux et aucune échappée ne parvenait à se dégager avant le pied du col du Portel. Dans celui-ci, les attaques continuaient de fuser sans que personne n'obtienne son bond de sortie. Au sommet, Voeckler passait en tête devant Kessiakoff et privait ce dernier de deux points dans la lutte pour le maillot à pois. Mais, la montée avait distancé de nombreux coureurs comme Schleck, Klöden, Coppel ou Vanendert, qui ont cependu pu réintégrer la meute avec sa bénédiction. Une meute au ralenti de laquelle sortira l'infatigable maillot vert Peter Sagan en compagnie de Steven Kruiswijk (Rabobank) et Sergio Paulinho (Saxo Bank). Huit autres coureurs faisaient ensuite le bond avec ce trio. Parmi eux, Sandy Casar (FDJ), Cyril Gautier (Europcar), Gorka Izagirre (Euskaltel) et Philippe Gilbert (BMC). L'avance de ces 11 fuyards allait rapidement s'envoler au-delà des dix minutes au moment où ceux-ci se présentaient au sprint intermédiaire de Tarascon-sur-Ariège où Sagan s'imposait sans qu'aucun de ses compagnons n'eut osé lui contester ce droit.

Au pied du Port de Lers, les échappés comptaient un gros quart d'heure d'avance et conservaient cet écart au sommet. Le peloton emmené par Cavendish n'était pas décider à mener un tempo infernal. Dans la descente du col, Cyril Gautier, victime d'un saut de chaîne, devait produire un gros effort pour rejoindre ses compagnons qui se présentaient au pied du Mur de Péguère. Les deux premiers tiers de l'ascension qui empruntaient le col de Port étaient plutôt roulants avant de laisser place dans le dernier tiers aux 12,3 % de moyenne du Mur de Péguère. Dans ces pourcentages, Luis-Léon Sanchez accélérait en compagnie de Philippe Gilbert avant d'être rejoints par Sandy Casar et Gorka Izagirre. Derrière, Peter Sagan ne se mettait pas dans la rouge et grignotait mètre par mètre son retard pour réintégrer le quatuor en vue du dernier kilomètre d'escalade. C'était le moment choisi par Casar pour embrayer et franchir en tête ce col avec quelques secondes d'avance sur le duo Sagan/ Izagirre . Gilbert et Sanchez, qui avaient peiné dans les derniers hectomètres, accusaient eux une quinzaine de retard.

Evans, clou du spectacle

Tout ce petit monde se regroupait en bas de la descente, mais c'est derrière que les événements les plus étranges se déroulaient.
Pas dans l'ascension ou Sky contrôlait le tempo et empêchait toute tentative d'attaque, mais dans la descente. Dès le début de celle-ci, Cadel Evans était victime d'une crevaison. L'Australien ne pouvait pas compter sur la roue de Van Garderen qui n'avait pas vu son leader s'arrêter et patientait de longues secondes avant de voir Cummings arriver. Mais la roue de celui-ci était plate et c'est donc Moinard qui dépannait finalement le vainqueur sortant. Les crevaisons pleuvaient dans la descente et rapidement Radio-Tour annonçait que des spectateurs avaient jeté des clous sous les roues de coureurs. A l'initiative de Sky, le peloton décidait de ralentir pour attendre l'infortuné Evans, encore contraint de s'arrêter et qui perdait encore de précieuses secondes à cause d'un mécanicien bien maladroit.

Quand Rolland se fait des amis

Pierre Rolland profitait de cette temporisation pour s'échapper. Le comportement du coureur Français n'était pas du goût des Lotto et des Liquigas qui unissaient leurs efforts pour rattraper un coureur qui avait manifestement manqué de fair-play, mais qui surtout représentait une menace au classement pour leurs leaders. Finalement, le leader d'Europcar stoppait son effort, une erreur de communication expliquant son attitude. Une fois cet incident clos, le peloton coupait totalement son allure et Evans le réintégrait non sans avoir oublié de remercier la voiture Sky et Bradley Wiggins.

Sanchez courageux et surtout malin

A l'avant de la course, les échappés qui n'avaient pas eu droit au lancer de clous, se disputaient la victoire. Peter Sagan faisait office d'épouvantail et ses adversaires avaient bien compris qu'il fallait s'en débarrasser. Le plus malin était Luis Léon Sanchez qui accélérait à 11 kilomètres du but, exploitant le fait que Gilbert, Izagirre et Casar allaient laisser Sagan s'époumoner derrière. Bien vu de la part de l'Espagnol qui s'imposait à Foix de façon méritée. Il faut dire qu'il n'avait pas été épargné par la guigne depuis le départ puisqu'il souffrait d'un trait de fracture au scaphoïde depuis la première étape et que son équipe avait perdu la moitié de ses membres.

Mais cette victoire était surtout teintée d'émotion pour Sanchez qui n'avait pas oublier de pointer les deux doigts vers le ciel pour dédier sa victoire à son frère tragiquement décédé en 2005 dans un accident de la route. Le sprint pour la seconde place était réglé par Sagan devant Casar et Gilbert qui reconnaissait avec beaucoup de lucidité qu'il avait été battu par plus fort que lui. Le peloton coupait la ligne à son tour 18'20" plus tard avec tous les favoris. Tout était bien qui finissait bien.

Sagan, le géant vert

Pas de changements concernant les différents maillots distinctifs qui restent bien sur les épaules de leurs différents propriétaires. Notons juste que Peter Sagan, qui s'est vu décerné la comabitivité, porte son avantage à 97 points sur André Greipel. Autant dire, que sauf abandon du Slovaque, la cause semble déjà entendue.

Demain, dernière étape avant la journée de repos, avec 159 kilomètres pour relier Samatan à Pau. Une étape qui semble aussi promise aux baroudeurs avec un parcours valloné, mais ne recensant pas de difficultés majeures.