Serait-ce sa trajectoire atypique qui fait de Tim Merlier un homme à ce point pressé ? Déjà vainqueur du premier sprint massif du dernier Giro pour sa découverte d’une épreuve de trois semaines, le Flandrien en a fait de même lundi à Pontivy pour son baptême du feu sur la Grande Boucle, dans une 3e étape transformée trop rapidement en champ de bataille.

À 28 ans, le sprinter de chez Alpecin-Fenix est devenu, du même coup, le plus vieux coureur belge depuis Ludo Dierckxsens (1999 à 34 ans) à s’imposer sur le Tour dès sa découverte de l’épreuve. Un coup d’essai transformé en coup de maître par la grâce de la spirale positive dans laquelle semble aspirée la formation belge des frères Roodhooft. Déjà victorieuse dimanche avec Mathieu Van der Poel, la structure continentale pro collectionne les honneurs dans une première semaine sur laquelle elle savait jouer gros, réussissant même un fantastique doublé Merlier-Philipsen qui n’était pas sans rappeler la 2e étape du Tour 2007 à Gand, où Gert Steegmans avait devancé son équipier chez Quick Step Tom Boonen.

Symbole fort de la solidarité de ce collectif, c’est le maillot jaune en personne qui s’est mis à plat ventre au dernier kilomètre pour ensuite libérer les derniers étages de la fusée bleue : Rickaert, Philipsen, Merlier.

"Mathieu aime renvoyer l’ascenseur et travailler pour l’équipe dans la préparation des sprints, commentait le vainqueur du jour. Il l’avait par exemple déjà fait lors de ma victoire sur le dernier Grand Prix Samyn (NdlR : avec un guidon pourtant cassé !). Mais lorsque le maillot jaune se met à plat ventre pour vous dans la finale, cela met la pression (rires)… Mathieu est tellement fort qu’il faut vraiment serrer les dents dans sa roue. Je me souviens par exemple que lors d’une étape de Tirreno-Adriatico, sans le vouloir du tout, il m’avait fait sauter avant la ligne d’arrivée. Les choses se sont bien terminées cette fois."

Champion de Belgique en 2019, Tim Merlier s’était alors emparé du maillot tricolore quelques semaines à peine après avoir signé un contrat tardif au sein de ce qui s’appelait alors l’équipe Corendon-Circus (précédente dénomination d’Alpecin-Fenix), lui qui écumait auparavant les kermesses et courses amateurs dans un maillot noir vierge de tout sponsor.

"Je vis un rêve éveillé, c’est le plus beau moment de ma carrière, poursuivait Merlier une fois confronté au chemin parcouru en un peu plus de deux ans. Très sincèrement, je dois me pincer pour croire que ce qui m’arrive est bel et bien réel. Dans les derniers hectomètres, lorsque je me suis retourné et que j’ai constaté qu’il n’y avait plus personne dans ma roue ou presque, j’ai compris qu’il avait dû y avoir une chute mais je suis resté concentré sur la ligne d’arrivée."

Victime d’une chute lors de la première étape de samedi, le Flandrien a évincé ses doutes dans l’euphorie des succès de son équipe. "Disposer de Jasper (Philipsen) et de moi dans la sélection offre une position de luxe à l’équipe puisque nous pouvons alterner l’atout que nous souhaitons abattre en fonction du profil de la finale et de la nature du sprint que nous imaginons. Lundi matin, nous avions décidé de jouer ma carte. Sera-ce encore le cas mardi vers Fougères ? Vous le découvrirez le moment venu (rires)…"