Dans la zone protocolaire installée su sommet de la Planche des Belles Filles, Tadej Pogacar et Primoz Roglic semblaient fixer samedi soir le même point d’horizon dans un regard vide et totalement incrédule. Les deux Slovènes vivaient pourtant des émotions aux antipodes !

Maillot jaune au départ du seul chrono (36 kilomètres) de ce Tour de France 2020, le leader de la Jumbo-Visma a vu son jeune compatriote en détricoter les premières mailles dès le pointage intermédiaire du Raddon avant d’en embarquer la pelote entière sur la montée finale de la Planche des Belles Filles où le coureur de chez UAE Team Emirates a torpillé la concurrence (22 secondes de mieux que son dauphin sur cette ascension, Porte, et 1:20 sur Roglic) pour réaliser une véritable razzia sur cette 20e journée de course : maillot jaune, étape, maillot à pois et maillot blanc ! Un incroyable coup de force qui a mis le Tour la tête à l’envers à la veille de l’arrivée sur les Champs Elysées et assommé les deux Slovènes qui peinaient, tous les deux, à croire à la réalité d’un moment qui appartient déjà à l’histoire de la Grande Boucle.

"Je ne réalise pas ce que je viens d’accomplir et je crois qu’il va me falloir plusieurs jours pour que ce soit le cas", commentait ainsi Pogacar. "Je n’ai pas de mots et je ne sais pas quoi vous dire… Prendre le départ du Tour était déjà une forme de rêve pour moi, alors imaginez ce que peu représenter pour moi ce maillot jaune et la victoire finale sur les Champs Elysées. Je n’y crois pas, je rêve !"

Désormais leader pour 59 secondes de mieux que Roglic, le résident monégasque semble même à l’abri de ce que la formule consacrée a baptisé "un improbable retournement de situation" sur les Champs Elysées.

"Au matin de ce chrono, je n’ai pas réellement songé au maillot jaune, je me suis juste dit qu’il me fallait tout donner et voir ensuite où cela me porterait. Quand je dis que j’ai vécu ce Tour au jour le jour, je vous assure que ce n’est pas une formule clichée, cela reflète réellement mon état d’esprit. J’avais effectué un repérage très méticuleux du parcours, je connaissais chaque virage, je savais exactement à quel endroit il me serait possible de relancer. J’étais prêt mais déjà heureux de ma seconde place au classement général (rires)… Mon directeur sportif me communiquait les écarts mais une fois dans la Planche, il y avait tellement de bruit avec cette foule qui criait et me portait que je n’entendais plus rien. Je suis désolé de ne pas mettre plus de mots sur ma performance, mais je suis totalement sonné. J’ai l’impression que ma tête va exploser dans les prochaines heures… (rires)"

Samedi, c’est lui qui a fait voler en éclats un scénario que l’on pensait écrit !