Il est le pilote attitré du big boss, Jean-Marie Leblanc

AIX-LES-BAINS Il vient d'entamer son 24e Tour de France, d'abord en qualité de coureur, ensuite en tant que chauffeur de Théo Mathy pour la RTBF, avant de devenir directeur sportif et, depuis 1986, comme pilote privilégié de la direction de course de la Grande Boucle. Cela fait maintenant trois ans que Jean-Marie Leblanc, le patron du Tour, n'envisage même pas de confier la responsabilité de la voiture officielle n°1 à quelqu'un d'autre que Robert Lelangue.
`Je pilotais à l'époque Xavier Louis qui tenait le rôle attribué aujourd'hui à Jean-François Pescheux. La voiture de Jacques Goddet et de Jean-Marie Leblanc avait été accidentée, et je les ai pris à bord de la mienne. Le soir même, j'étais bombardé chauffeur du directeur de course.´
Fini donc, pour notre compatriote, de faire la course derrière les coureurs. En quelques minutes, il avait remonté tout le peloton et se retrouvait ainsi aux premières places: `La conduite derrière est différente. C'est plus athlétique. En tant que suiveur, on voit mieux les bobos, ceux qui ne parviennent plus à suivre. On partage davantage la souffrance des autres que lorsqu'on précède le peloton. Honnêtement, je préférais me retrouver derrière que devant, mais à 61 ans, c'est plus relax, moins stressant´
Les souvenirs et les anecdotes, Robert Lelangue les a amassés à la pelle sur les routes du Tour de France. Il se souvient de la mésaventure arrivée au prince Willem Alexandre des Pays-Bas. `C'était lors du fameux Tour 98, juste après le retrait de Richard Virenque. Les spectateurs manifestaient leur désapprobation à l'égard de la direction de course. Nous étions la cible des quolibets et de leurs injures. Le prince, apercevant un groupe de Hollandais, avait émis le désir d'aller saluer ses compatriotes. Mal lui en prit car un spectateur plus irrité que les autres lui balança une tomate bien mûre dans la figure. D'ailleurs, cette année-là, beaucoup de gens tenaient les organisateurs pour responsables de la situation. Le nombre de tomates lancées dans notre direction est incalculable.´
Dans certaines circonstances, Robert Lelangue avoue qu'il n'en menait pas large. Certains endroits, aussi, exigent une dextérité peu commune. Surtout en montagne, lorsque le public laisse à peine la place aux coureurs de passer. `Je ne compte plus les pieds sur lesquels j'ai roulé. Ce qui, un jour, a fait dire à Jean-Claude Killy, chaque fois que j'écrasais quelques orteils: Je ne savais pas qu'il y avait autant de pavés sur cette route. Quand une telle foule est massée sur le parcours, on ne peut pas s'arrêter. Si on bloque, on coince tous ceux qui suivent.´
Toutes les anecdotes récoltées par celui qui s'inscrit comme le bras droit d'Eddy Merckx à l'usine de cycles ne prêtent, hélas! pas toujours à sourire. C'est ainsi que Robert Lelangue se souvient d'avoir happé une dame un peu trop imprudente au bord de la route.
`Victime d'une fracture de la jambe, elle a dû être évacuée par hélico pour être dirigée vers l'hôpital le plus proche. Le soir même, la direction de course s'était inquiétée de son état de santé. L'année suivante, le Tour repassait au même endroit. Elle s'est pointée devant ma voiture. Elle est venue m'embrasser et me dire qu'elle était responsable de l'accident, qu'on la reverrait encore sur le parcours de la Grande Boucle mais qu'à l'avenir elle se placerait plus loin.´

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