Le Docteur Mathieu, médecin de l’équipe Lotto-Belisol, nous a ouvert ses valises

PARIS Le Docteur Mathieu est un véritable privilégié au sein de l’équipe Lotto-Belisol. Alors que les mécaniciens, soigneurs et coureurs sont tous logés par paires, le médecin de la formation belge WorldTour possède, lui, une chambre single.

“C’est que j’ai besoin de beaucoup de place”, s’amuse Jan Mathieu. “Pour le Tour de France, j’emporte avec moi pas moins de 60 kilos de matériel répartis dans quatre valises. Il me faut donc pas mal d’espace pour pouvoir déplier chaque soir tout mon barda. Il arrive toutefois que cela ne s’avère pas encore suffisant pour cette longue course de trois semaines. Je m’appuie alors sur ma femme, elle aussi Docteur, qui vient souvent me ravitailler lors de l’entrée dans le premier massif montagneux.”

Si l’amoncellement de boîtes peut apparaître, au premier regard, plutôt disparate, il répond pourtant à une logique et à une organisation bien rodées.

“Mon expérience m’a permis d’identifier les quatre grandes familles de problèmes auxquels je dois pouvoir apporter une réponse”, poursuit le Docteur Mathieu. “La première rassemble les problèmes d’allergies, très fréquentes chez les cyclistes. Cette discipline sportive met tout le système respiratoire à forte contribution et les risques d’irritation sont donc importants. Il arrive ainsi que des coureurs développent ce qu’on appelle un asthme à l’effort. Le second type de problèmes auquel je suis confronté relève des troubles d’estomac. Pour répondre à la demande énergétique liée à sa dépense physique, il faut qu’un coureur ingurgite 70 grammes de sucre par heure en course. Vous comprendrez aisément que cela perturbe, de temps à autre, le système digestif.”

C’est dans une petite boîte métallique, pour le moins austère, que le Campinois range soigneusement ce qu’il appelle son “matériel de couture. Quelques pinces et ciseaux me permettent d’apposer les points de suture nécessaires sur les plaies les plus profondes. Il n’est jamais agréable de devoir sortir ce nécessaire, mais les strips ou colles que nous utilisons quand cela est possible ne se révèlent parfois pas suffisants. Il faut alors sortir le bon vieux fil…”

Mais le mal le plus fréquent chez un participant au Tour de France est sans conteste la douleur.

“La Grande Boucle est une épreuve extrêmement exigeante sur laquelle les coureurs se font bien souvent très mal dans les sens du terme”, juge Jan Mathieu. “Selon moi, le rôle d’un médecin d’équipe est aussi de permettre aux athlètes dont il assure le suivi d’évoluer dans les meilleures conditions possibles, tout en restant, bien évidemment et j’insiste sur ce point, dans le cadre des différents règlements antidopage. Si cela peut améliorer un tant soit peu le confort d’un coureur sur une étape, je n’hésite donc pas à lui donner un antidouleur. Dans la même logique, il arrive régulièrement que je propose un somnifère aux athlètes. Avec le stress, l’adrénaline et la douleur, certains cyclistes rencontrent parfois certaines difficultés à trouver le sommeil une fois à l’hôtel. Or la qualité de leurs nuits est prépondérante dans la récupération. Lors de la dernière semaine de course, plus de la moitié de nos coureurs avalent un somnifère après le repas du soir.”



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