Une course par équipe nationale ?

Cyclisme

Ph. V.H.

Publié le

Quelques explications pour voir la course autrement, à la télé

Envoyé spécial en ALLEMAGNE PHILIPPE VAN HOLLE

STUTTGART On vous prévient tout de suite, ce papier n'est pas à mettre entre toutes les mains. Si les organisateurs allemands venaient à lire ce qui suit, peut-être tenteraient-ils un recours en annulation du résultat de ce championnat devant une cour d'arbitrage quelconque...

Trêve de plaisanterie. Toute personne un tant soit peu initiée à la course cycliste sait que les alliances dans un peloton sont fréquentes et... nécessaires. Au Tour de France, le rôle du maillot jaune, de son équipe et, malheureusement, de plus en plus souvent, de son directeur sportif, est manifeste. C'est l'homme en jaune qui décide qui peut partir à l'attaque, qui doit rester dans le rang, en fonction du classement du coureur qui veut tenter de se faire la belle, mais aussi des amitiés ou inimitiés. Les grands hommes du Tour, Merckx, Hinault, Indurain (de manière réelle mais moins affirmée pour l'Espagnol) et, dernièrement, Armstrong ont toujours procédé de la sorte : ce sont eux qui donnaient les billets de sortie.

Au Championnat du Monde, c'est une autre de guerre psychologique qui se joue. Certes, la course se dispute par équipes nationales, mais, tout le reste de l'année, ces coureurs se côtoient dans des équipes de marque. Parfois, les liens noués au sein de celles-ci sont forts et jouent dès lors un rôle capital dans la course à l'arc-en-ciel. Sans parler des intérêts financiers bien sûr. Durant les dernières courses qui précèdent le Mondial (tant pendant, qu'avant ou après d'ailleurs), on parle beaucoup entre équipiers. Les managers et directeurs sportifs (qui sont quasi tous présents au Championnat du Monde) n'hésitent pas non plus à rappeler certaines priorités à leurs sélectionnés. Pour un Van Goolen, par exemple (et ceci n'est qu'une hypothèse), qui n'a pas encore signé chez CSC mais devrait le faire APRES le Mondial, Franck Schleck ferait sans doute un plus beau champion du monde qu'un Devolder ou un Gilbert. Dans ce contexte, où tout, ou presque peut se négocier, voir se monnayer, les seconds couteaux et les simples équipiers exercent un rôle déterminant. C'est une des raisons pour lesquelles, la veille de la course, il importe que le leader d'une équipe puisse avancer une somme d'argent à payer à ses équipiers d'un jour au cas où il serait champion du monde.

Vous comprenez que, lors d'une telle course, rien n'est vraiment simple. De cela, les sélectionneurs nationaux sont évidemment conscients. À eux de résumer les principaux cas de figure qui peuvent se présenter. Ainsi, dimanche, si Pozzatto démarre à un moment clé, il vaudra mieux que ce ne soit pas Fredéric Willems (son équipier chez Liquigas) qui soit au plus près de l'action car le Belge n'aurait, selon toute logique, pas vraiment intérêt à le contrer. De même, Sandy Casar ne réagira-t-il peut-être que mollement à une accélération de Philippe Gilbert, puisqu'ils sont tous deux à La Française des Jeux.

D'un point de vue strictement belge, et en fonction de ce qu'on vient de dire, cela tombe plutôt bien qu'il n'y ait pas un seul Quick Step dans notre formation. Bettini ne devrait donc pas trouver chez nous d'allié pour l'aider à conquérir un deuxième titre...



© La Dernière Heure 2007

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