Alejandro Valverde avoue que l’affaire le mine, mais ne le fera jamais renoncer

HERSTAL Au lendemain de sa huitième place à la Flèche Wallonne, Alejandro Valverde s’est octroyé une sortie d’une cinquantaine de kilomètres en compagnie de ses partenaires de la Caisse d’Épargne, avec lesquels l’Espagnol est allé faire un tour vers Maastricht, par le Pays d’Aubel.

En début d’après-midi, l’ancien numéro 1 mondial nous a reçus, à Herstal, dans les salons de l’hôtel où il loge avec ses équipiers durant cette semaine ardennaise pour une discussion à bâtons rompus, sans faux-fuyant.

Depuis bientôt quatre ans, Alejandro Valverde est mêlé de près à l’affaire Puerto. “De manière totalement injuste” , répète-t-il. Aujourd’hui encore, le Murcian vit dans l’incertitude. Suspendu en Italie jusqu’en mai 2011, il est toujours sous la menace d’une extension de sa peine aux autres pays, comme l’UCI aimerait qu’il en soit.

“Je vis course après course, sans envisager le futur” , avoue-t-il. “Je pense parfois que la prochaine course sera ma dernière. Pas la dernière de ma carrière car, si par malheur, j’étais suspendu – ce qui serait une énorme injustice –, je reviendrais. Je reprendrais ma carrière. Je n’abandonnerai jamais, je n’ai jamais pensé à renoncer au cyclisme, ni auparavant, ni maintenant. J’ai encore beaucoup à apporter au vélo, encore beaucoup de courses à gagner.”

Même ses plus farouches détracteurs doivent rendre au double vainqueur de Liège-Bastogne-Liège la force de caractère avec laquelle il semble encaisser les remous de Puerto.

“Ce n’est pas évident, pourtant” , continue Valverde. “J’essaie de rester stoïque, de mettre cette affaire sur le côté au maximum, mais, c’est sûr, cette affaire me poursuit. Je vis en permanence avec un gros nuage au-dessus de moi. J’ai appris à vivre avec, c’est mon quotidien. J’essaie de ne pas trop y penser. Je fais ce que je peux, m’entraîner, courir, le mieux possible. Le reste, ce n’est pas de mon ressort. Mais, c’est vrai, tout cela m’influence, j’y pense régulièrement en course. Ça me joue aussi des tours, je roule parfois de manière trop impulsive à cause de ces problèmes, parce que je suis habité par la rage, et je le paie ensuite...”

Alejandro Valverde avoue même que l’affaire déteint sur ses succès.

“Même quand je gagne, mon bonheur a un goût particulier” , lâche-t-il. “Car je ne peux savourer pleinement ma victoire. Mais je vous rassure, je suis un homme heureux, ma famille va bien, mes enfants et ma femme se portent bien, je vais bien aussi, le reste est finalement secondaire.”

À force de voir l’affaire traîner en longueur (NdlR : le Tas doit encore se prononcer sur un dernier volet), on peut même imaginer que le coureur de Murcie préférerait être puni afin d’en finir.

“J’aimerais que tout cela s’arrête et je ne sais pas si ce sera le cas” , dit-il. “Vaudrait-il mieux que je sois suspendu un an pour en finir définitivement ? Si ça arrive, je ne serai jamais d’accord avec ce jugement, ce serait une énorme injustice. Mais après, en effet, je serais tranquille...”



© La Dernière Heure 2010