Loin de l’avoir rassasié, son succès à Roubaix motive encore plus Greg Van Avermaet.

Une semaine après son succès à Paris-Roubaix, Greg Van Avermaet s’attaque à un nouveau défi : enlever cette fois l’Amstel Gold Race. Une course qu’il aborde pour la première fois dans la position de leader de son équipe puisque les années précédentes, il était au départ pour aider Philippe Gilbert.

Dimanche, les anciens équipiers seront deux des principaux favoris de la 52e édition de la classique néerlandaise. Une course que Van Avermaet, bien loin de se reposer sur ses lauriers, aborde avec autant d’ambition et de motivation que les précédentes.

"Je réalise que j’ai gagné Paris-Roubaix chaque fois que je vois le pavé, à la maison", explique le Flandrien. "Lundi matin, j’ai pu prendre tranquillement mon petit-déjeuner avec ma compagne, Ellen, et Fleur, notre petite fille. Je lui ai dit que papa avait ramené une grosse pierre pour elle. Elle était vraiment ravie. Moi aussi. C’était cette grosse victoire après laquelle je courrais. Je suis un spécialiste des classiques, je gagnais des courses, mais ce monument manquait toujours à mon palmarès. J’étais déjà très satisfait de mon début de saison, mais Paris-Roubaix, c’est vraiment autre chose. Maintenant, je suis vraiment lancé pour gagner d’autres courses. J’étais plus relax cette semaine, si vous avez été battu, vous êtes plus nerveux, plus stressé. Quand on gagne, on se sent bien, on a plus de confiance en soi, les résultats suivent plus facilement."

Le coureur waelandien a bien récupéré de ses efforts dans l’Enfer du Nord.

"Paris-Roubaix est sans doute la course qui demande le plus physiquement", explique-t-il. "Le corps doit vraiment encaisser et digérer les efforts. Il doit se reposer. D’habitude, je fais un long entraînement le mercredi. Là, j’ai dû le postposer à jeudi, mais je me sentais bien, tout comme ce vendredi, lors de notre entraînement sur le parcours de l’Amstel. J’ai pu revoir les routes, je n’étais pas venu l’an dernier à cause de ma fracture de la clavicule. C’est toujours bien de s’imprégner du parcours. Je le connais moins que ceux des Ardennes flamandes, mais je pense quand même que j’ai un avantage sur beaucoup. J’ai roulé six fois l’Amstel, plus le Mondial de 2012 et, surtout, je viens de temps en temps m’entraîner à Valkenburg. Je suis sûr que je connais moins le parcours et les tronçons pavés de Paris-Roubaix que les routes de l’Amstel."

Cette année, la suppression de l’ascension finale du Cauberg va modifier la physionomie de l’épreuve.

"La finale a changé", dit le champion olympique. "Ce n’est que le Cauberg, mais ça va modifier les choses. Je ne suis pas fan des changements. J’aurais préféré que ça reste comme c’était. Cela dit, ce sont les coureurs qui font la course. À eux, à nous, de profiter de ce qu’on a ou pas, c’est une question de mentalité. Il y a assez de possibilités encore de faire ou non exploser la course, d’attaquer. Il y a de nombreuses côtes. Ça peut finir au sprint, mais la finale peut partir à l’Eyserbosweg et au Keutenberg. Si les grands coureurs partent là, ça peut être sympa. Ce serait bien que les favoris se retrouvent devant à trente kilomètres de l’arrivée et luttent pour la victoire. J’aime faire la course. À Harelbeke aussi, il y avait jusqu’à l’arrivée une longue partie sans difficulté après la dernière côte et ça n’a pas empêché que ce ne soit que des petits groupes qui terminent. Et puis, il y a soixante kilomètres de plus qu’au Nieuwsblad ou au G.P. E3."

Le leader de la BMC n’en fait pas mystère. Même s’il a déjà gagné quatre classiques WorldTour en 2017, il a encore faim de victoire.

"Je veux un bon résultat", sourit-il, "et ça veut dire que je veux gagner. C’est d’ailleurs comme cela chaque fois que je prends le départ d’une classique, j’ai toujours cette ambition. Même sans cette victoire, je serais aussi au départ dimanche pour gagner, je reste toujours motivé."


"Je ne veux pas battre Phil, je veux gagner l’Amstel"

N’imaginez pas que Greg Van Avermaet puisse être victime d’une quelconque sorte de décompression, même après sa très belle série.

"Les courses flamandes sont surtout difficiles parce qu’il faut sans cesse se battre pour être bien placé au pied des côtes, être toujours bien positionné", explique le coureur flamand. "L’Amstel est comparable au Tour des Flandres, sans les pavés. Il faut aussi se battre sans cesse pour être devant. C’est une longue période au plus haut niveau, pour moi, ça dure depuis le Circuit Het Nieuwsblad. C’est une question de motivation, certains savaient qu’ils arrêtaient à Roubaix, moi c’était à l’Amstel, donc je suis encore concentré, je ne me suis pas relâché cette semaine. En plus, chaque victoire vous insuffle un peu d’énergie supplémentaire. J’ai déjà aussi montré par le passé que je peux enchaîner les classiques pavées et l’Amstel et même Liège. Je suis à un très bon niveau depuis début mars, mais je ne vois pas pourquoi ma forme aurait disparu subitement."

Deux semaines après le Tour des Flandres où il s’est fait surprendre et a dû se contenter de la deuxième place, Van Avermaet va retrouver sur sa route un certain Philippe Gilbert.

"Phil sera un des favoris", dit le Flandrien. "L’Amstel est sa course, il a gagné trois fois, a été champion du monde ici. Il est en forme. Je suis sûr qu’il sera là, mais moi aussi, je suis en pleine forme et confiance. Mais je n’ai pas une motivation supplémentaire à le battre. Ma motivation, c’est de gagner l’Amstel, pas de battre Gilbert. Comment puis-je y arriver ? De plusieurs manières ! Je peux le battre au sprint ou en le lâchant, mais je sais que ce sera un adversaire très difficile à battre."

Confiant comme il est actuellement, l’ancien maillot jaune du Tour n’a pas peur d’arriver au sprint.

"Des coureurs comme Coquard, Colbrelli, Matthews sont rapides, ce sont de bons coureurs, c’est vrai", dit-il. "Pourtant, je suis certain que je peux les battre, je l’ai déjà fait, et certainement après une course dure. Ils ne sont pas Kittel quand même ! Cependant, je pense que Matthews est le favori n°1. Il marchait vraiment bien au Tour du Pays Basque. Il y a aussi Valverde et Gilbert et je me place au même niveau qu’eux trois."

Le forfait de Loïc Vliegen, touché au genou, permet à Michael Schär, le lieutenant de Van Avermaet de revenir après sa fracture de la clavicule à Paris-Nice.

"Je suis content pour Mika", poursuit-il. "On est ensemble depuis six ans. C’est mon compagnon de chambrée habituel. On a poursuivi pendant toutes ces années le même objectif ensemble et malheureusement, il a dû suivre de loin toute la campagne des classiques et tous mes succès. Sa rentrée va lui permettre de vivre un peu cela, malgré tout."

Des absents ce dimanche, par contre, ce sont les principaux coureurs néerlandais, Bauke Mollema, Tom Dumoulin, Robert Gesink, Steven Kruiswijk… Greg Van Avermaet n’est pas tendre pour eux.

"Ce n’est pas normal", répond-il. "Comme coureur, on se doit d’être motivé par des courses comme l’Amstel. Et certainement les Hollandais. Il n’y a qu’une classique aux Pays-Bas, de surcroît. Vous ne me verrez jamais snober le Tour des Flandres."


"C’est agréable de savoir que je suis le n° 1 mondial"

L’Amstel Gold Race ne sera pas nécessairement la dernière course printanière de Van Avermaet. La semaine prochaine, le Flandrien pourrait très bien disputer aussi liège-Bastogne-Liège.

"On verra cela après l’Amstel, dit-il. C’est possible, mais ce n’est pas décidé. Ce sera une question de feeling, plus que de résultat. À Milan-Sanremo, j’avais eu de très bonnes sensations, mais pas un bon résultat (21e). Je verrai lundi ou mardi après l’Amstel comment je me sens et je déciderai alors si je cours Liège-Bastogne-Liège ou non. Je suis allé rouler jeudi sur le parcours de Liège avec les espoirs de BMC (NdlR : qui disputent ce samedi la Doyenne pour moins de 23 ans), parce que j’étais en Ardenne et que c’était mieux que de rouler seul. Tout le monde le sait, j’aime aussi cette course et j’espère la gagner un jour. Mais cette année, je ne sais pas encore si je serai au départ."

Le Flandrien ne se décidera pas en fonction du WorldTour dont il occupe la tête du classement avec près du double de points que Peter Sagan, son suivant. "Non, ça ne peut pas influencer mon choix à cette époque", dit le médaillé d’or de Rio en souriant. "Nous ne sommes qu’en avril, les prix seront distribués en octobre. On verra plus tard, mais j’ai vu le classement et c’est agréable de savoir que je suis le n° 1 mondial pour le moment."