La sensation de vertige est souvent fonction de l’ampleur du gouffre ou de la hauteur des sommets. Mercredi, sur le coup de midi, Anna Van der Breggen risque bien de voir ses jambes flageoler sous ce double effet. Sextuple lauréate d’une épreuve sur laquelle elle est invaincue depuis 2015, la Néerlandaise (31 ans) tentera de décocher une dernière Flèche avant de ranger définitivement son carquois au soir d’une saison 2021 qui refermera une carrière riche d’un palmarès que ce seul papier ne pourrait suffire à contenir (championne olympique, championne du monde sur route et chrono, Liège-Bastogne-Liège, Tour des Flandres, Giro et bien d’autres…).

"J’ai fixé la date de ma retraite depuis de long mois maintenant et enchaîne les ‘dernières’ depuis le début de l’année, sourit la native de Zwolle. Je sais que certains me jugent encore trop compétitive pour raccrocher mais je souhaitais précisément éviter de perdre la passion qui m’a toujours habitée, de prendre le chemin de l’entraînement avec moins d’entrain. J’aurais pu continuer mais je suis convaincue de mon choix et en paix avec celui-ci. L’année prochaine j’évoluerai toujours dans mon équipe SD Worx mais comme directrice sportive cette fois. Un nouveau job dans lequel j’aurai beaucoup à apprendre, mais je pense aussi modestement pouvoir y apporter mon expérience et mon vécu."

Si Van der Breggen rêve de dire adieu à un Mur qui a participé à construire sa légende sur un succès, elle ne fait pas de la victoire une absolue nécessité à la réussite d’une journée spéciale. "Je n’ai pas préparé cette dernière Flèche wallonne dans les meilleures conditions puisque j’ai été malade la semaine dernière et que cela m’a contrainte à faire l’impasse sur l’Amstel Gold Race le week-end dernier. Je n’ai jamais fait du vélo pour pouvoir présenter des chiffres sur un palmarès, c’est plutôt l’intensité de l’expérience et des émotions en course qui m’ont toujours portée. Si je pouvais poursuivre ma série, ce ne serait forcément pas pour me déplaire, mais je crois que je pourrais également tirer beaucoup de plaisir et de satisfaction dans le succès de l’une de mes équipières. Si je sens d’ailleurs que je n’incarne pas le meilleur atout de notre collectif, je n’hésiterai ainsi pas à me mettre au service d’Ashleigh Moolman (5 top 10 à Huy) ou Demi Vollering (3e en 2020). Nous avons une équipe très solide cette année ! Vais-je leur livrer mon secret pour dompter le Mur ? Il est propre à chacune car fonction des qualités personnelles. Une puncheuse ne doit pas gérer cela comme quelqu’un de plus puissant par exemple."