Le vainqueur du Tour des Flandres n'a pas trop fait la fête dimanche soir. Rendez-vous à Roubaix!

AUDENARDE Comme c'est toujours le cas dans les grandes occasions, les dirigeants de la firme Domo avaient invité les journalistes au siège central d'Audenarde afin qu'ils puissent avoir, avec Peter Van Petegem, une conversation à bâtons rompus et revenir ainsi sur les tenants et les aboutissants du succès obtenu la veille par le coureur.

Inutile de préciser que la nuit avait été courte pour le résident de Horebeke. «Non pas que j'aie trop fait la fête, précisait d'emblée Van Petegem, mais mes obligations promotionnelles m'ont pris beaucoup de temps (NdlR: il était invité à la télévision flamande dimanche soir). Ensuite, je suis allé boire un verre avec mes supporters mais je n'ai pas fait d'excès. A 2h du mat, j'étais dans mon lit. Cinq heures plus tard, je me levais pour prendre mon petit déjeuner et à 9h précises, je sortais pour un décrassage à vélo d'une centaine de kilomètres.»

«Frank est prêt pour... la côte de Saint-Nicolas!»

Le cyclisme, de fait, est un sport tellement exigeant qu'il ne permet guère trop d'écarts de conduite, Van Petegem en est bien conscient. «Conscient aussi que ce mois est celui de la vérité pour un coureur spécialisé comme je le suis dans les classiques de printemps, explique le natif de Brakel. Je sens que la grande forme arrive et j'entends bien en profiter, notamment à Paris-Roubaix, dimanche prochain, puisque, ce mercredi, j'ai décidé de ne pas participer à Gand-Wevelgem. J'ai déjà terminé à la deuxième place dans l' Enfer du Nord. C'était en 2000. Depuis, je n'ai plus trop été servi par la chance. L'an dernier, par exemple, notre formation avait été mal équipée au niveau des pneus, de vraies savonnettes sur les pavés. Cette fois, ce sera différent.»

Car l'ambition du vainqueur du Ronde est de défendre bec et ongles son maillot de leader de la Coupe du Monde. A ce titre, les changements apportés au calendrier par l'UCI pourraient servir ses desseins. «Une bonne course dimanche prochain devrait me permettre d'accentuer mon avantage sur mes principaux rivaux. Ensuite, il est vrai que la programmation de l'Amstel Gold Race (20/3) avant Liège-Bastogne- Liège (le 27) est, sur le papier, plutôt à mon avantage. En Hollande, je peux encore revendiquer la victoire et, comme la Doyenne constituera l'ultime classique du printemps, cela me poussera peut-être à aller un peu plus loin encore dans la souffrance le jour de cette course. Je suis capable de m'y distinguer. Après tout, je m'étais classé 7e l'an dernier. Cela dit, la côte de Saint-Nicolas est trop dure pour moi. Elle me semble parfaite, en revanche, pour Frank Vandenbroucke, cette année comme il y a 4 ans!» Un beau compliment à l'adresse du coureur hennuyer...

Vandenbroucke comme en 1999?

MEERBEKE Au lendemain de la performance réalisée par Frank Vandenbroucke au Tour de Flandres, les commentaires vont déjà bon train et nombreux sont ceux qui osent déjà établir la comparaison entre les saisons 1999 et 2003. Voici 4 ans, on se rappelle, en effet, que le Ploegsteertois avait aussi terminé deuxième du Ronde, au terme d'un sprint à trois, avec Van Petegem et Museeuw, remporté par le premier nommé. Deux semaines plus tard, le 18 avril 99 très exactement, Vandenbroucke nous avait gratifié d'un one-man- show extraordinaire, au cours duquel il avait, pour ainsi dire, ridiculisé tous ses adversaires, contrant notamment Bartoli dans la Redoute, avant, dans la côte de Saint-Nicolas, de laminer littéralement un Michael Boogerd pourtant en grande condition. Le Batave était sorti complètement démoralisé de son ultime mano a mano avec le Bimbo, com- me l'appelaient alors tous les Italiens du peloton.

Frank Vandenbroucke est-il à nouveau capable d'une telle démonstration? Très honnêtement, si nous le croyons à même de gagner que ce soit l' Amstel, la Flèche ou Liège-Bastogne-Liège, nous sommes également d'avis qu'il n'affichera sans doute plus la même supériorité. Avec la raison qui semble définitivement le gagner, VDB est en train d' oublier cette insolence qui fit tellement jaser parmi ses collègues. Démarrer, c'est sûr, il le fera toujours, parce que c'est tout simplement dans son tempérament. Peut- être faudra-t-il encore six mois ou davantage pour qu'il récupère totalement cette explosivité en côte qui nous subjuguait voici quatre années. Mais la puissance pure, elle, est en train de revenir et comme l'homme ne manque plus de fond (c'est sûr!), il est capable, désormais, de dégoûter ses adversaires à l'usure. Vandenbroucke en gagnera une, une belle mê- me, et il aura la sagesse d'attendre le bon jour, même si nous sommes persuadé qu'il cherchera, à chaque fois, l'occasion qui refera de lui un vainqueur. Sans doute, à Liège, dans 15 jours, son plus grand adversaire sera-t-il Bettini, son propre équipier. Qui aura vraiment les coudées franches? Qui, dans la finale, pourra attaquer le premier? Quel beau sport, ce cyclisme!