Cyclisme

Alexandre Vinokourov, actuel manager général d'Astana, l'équipe cycliste kazakhe, a nié mardi matin devant le tribunal correctionnel de Liège toute corruption privée envers Alexandre Kolobnev. 

On reproche à Vinokourov d'avoir versé 150.000 euros à son concurrent russe pour s'assurer la victoire de Liège-Bastogne-Liège en avril 2010, une course que le coureur kazakhe avait déjà remportée en 2005. Sous l'impulsion de Vinokourov, pris en chasse par Kolobnev, le groupe de tête avait éclaté dans les derniers hectomètres de la Roche aux Faucons. Les deux cyclistes n'allaient pas être repris et à 500 mètres de la ligne d'arrivée, Vinokourov plaçait une attaque victorieuse qui lui permettait d'ajouter un deuxième Liège-Bastogne-Liège à son palmarès alors que le Kazakh avait retrouvé de l'embauche après avoir purgé deux ans pour dopage.

Son contrat de l'époque, d'un million d'euros par saison, ne prévoyait pas de bonus en cas de bons résultats "mais la Fédération kazakhe, en juin 2010, avait décidé de m'accorder une prime de 150.000 euros pour mes bons résultats au Giro, au Tour du Trentin et à Liège-Bastogne-Liège dont la victoire m'a rapporté un bonus de 50.000 euros", a-t-il expliqué aux magistrats liégeois.

Dix-huit mois après ce deuxième succès au sommet de la côte d'Ans, un magazine suisse révèle, e-mails à l'appui, l'existence d'un accord entre les deux coureurs afin que Vinokourov remporte la victoire et que Kolobnev empoche quelque 150.000 euros, deux virements effectués en juillet (100.000 euros) et en décembre 2010 (50.000 euros) attesteront de ces transactions suspectes.

"Jamais dans ma carrière, je n'ai acheté qui que ce soit en ce compris à Liège-Bastogne-Liège 2010, qui représentait déjà ma deuxième victoire lors de l'épreuve", a insisté Vino confronté à cette audience à quelques jours seulement du départ du Tour d'Italie.

Les e-mails sont explicites. Alexandr Kolobnev, qui gagnait 500.000 euros chez Katusha et empochait des primes de 50.000 à 75.000 euros lors de bons résultats dans les classiques, fait bien comprendre, dès le lendemain de la victoire du Kazakh, qu'il espère que son geste ne sera pas vain et que le coureur d'Astana versera bien l'argent promis, laissant d'ailleurs ses coordonnées bancaires, ce à quoi le champion olympique 2012 répond qu'il ne doit pas s'en faire.

Alexandre Vinokourov s'en défend et déclare qu'en 2011 il avait constaté que sa boite mail avait été piratée par un membre de l'équipe Astana qui souhaitait, alors que le coureur se remettait d'une fracture du fémur, que l'ancien vainqueur du Tour d'Espagne (2006) quitte l'équipe. "Il a accumulé des éléments en ce sens. Ces e-mails ont été inventés. Beaucoup de personnes auraient dû être entendues et ne l'ont jamais été."

On a d'ailleurs appris mardi à l'audience que l'enquête sur cette affaire de piratage, diligentée depuis Nice, suit son cours mais qu'une série de devoirs - l'analyse du PC du responsable présumé du piratage - et d'interrogatoires n'ont pas encore eu lieu.

Quant aux sommes de 50.000 et 100.000 euros perçues par Kolobnev, les deux prévenus s'accordent à dire que, dans le cas des 50.000 euros, il s'agissait d'un prêt contracté en liquide par Vinokourov en 2008 alors que ce dernier était suspendu. Il souhaitait le rembourser en liquide en Russie mais s'était finalement résolu à le rembourser via un versement bancaire.

Quant aux 100.000 euros, il s'agissait, selon les dires de Vinokourov, d'un prêt destiné aux investissements privés de Kolobnev "afin que celui-ci évite un racket d'état", a-t-il déclaré.

"J'avais obtenu un sursis en 2010 et je voulais introduire Alexandre dans la société afin que sa notoriété nous aide à préserver les terrains pour les surfaces commerciales, un projet dans lequel j'avais investi", ajoute Kolobnev qui a finalement décidé de donner 20% des parts de la société à Vinokourov car il n'avait pu rembourser la somme prêtée en 2010 à temps. Des explications peu convaincantes sur ce point précis, même pour le tribunal.

Le réquisitoire et les plaidoiries sont fixés au 10 septembre. Les deux cyclistes encourent jusqu'à 3 ans de prison et 350.000 euros d'amende.