Mouscron - Vidovic: «Je n'ai jamais triché»

Propos recueillis par Grégory Delreux
Mouscron - Vidovic: «Je n'ai jamais triché»
©Photonews

L'ancien Diable Rouge de l'Excelsior se penche sur sa carrière, à la veille d'être fêté, lors du choc contre Anderlecht

MOUSCRON Arrivé au Canonnier en 1995, Gordan Vidovic a connu des moments intenses avec le club frontalier, c'est sans doute l'une des raisons qui l'ont poussé à continuer d'oeuvrer pour les Hurlus lorsqu'il fut contraint, il y a quelques semaines, de mettre un terme à sa carrière de joueur.

Gordan, qu'est-ce qui vous a contraint à mettre un terme à votre carrière de joueur?

«Ce fut une décision très difficile à prendre mais il en allait de mon intégrité physique. Si j'avais continué à jouer, je crois que j'aurais fini mes jours dans une chaise roulante. Alors, j'ai préféré ne pas prendre de risques. Dans toute ma carrière de joueur pro, je n'ai jamais triché. Si je ne me sentais pas en mesure de tenir mon poste, je le disais à l'entraîneur. Après, c'était à lui de faire son choix. C'est une question d'honnêteté vis-à-vis de tes coéquipiers.»

Depuis que vous avez raccroché vos crampons, quelles sont vos principales activités?

«Pour l'instant, je reste au service du club et je fais quelques petites missions de scouting, notamment en ex-Yougoslavie. Au départ je ne pensais pas que cela me prendrait autant de temps, mais c'est un travail très intéressant. Je connais pas mal de choses dans le milieu du football et si j'arrive à en faire profiter Mouscron, ce serait l'idéal. Pour le moment, je débute dans cette nouvelle fonction mais je suis persuadé que je vais faire du bon boulot.»

Le job d'agent de joueur, c'est une fonction qui serait susceptible de vous intéresser à l'avenir?

«J'ai de nombreuses relations parmi les joueurs et les responsables de clubs, mais je ne crois pas que ce soit un job pour moi. Il n'est pas rare de croiser des requins dans les eaux troubles de cette profession et ce n'est pas vraiment compatible avec mon caractère. Par contre, je n'ai jamais refusé de donner des conseils aux jeunes joueurs de l'Excel ou bien même d'autres clubs. Mais de là à devenir agent de joueur, il y a de la marge.»

«Je dois beaucoup à Leekens»

Si dans le cadre de vos nouvelles fonctions, vous deviez convaincre un jeune joueur de signer à Mouscron, quels seraient vos principaux arguments?

«Je lui dirais qu'il est sûr de trouver tout ce qu'il attend à Mouscron. C'est un excellent club pour débuter une carrière. Aujourd'hui, avec un peu de recul, je peux dire, sans avoir peur de me tromper, que l'Excelsior est un des meilleurs clubs de Belgique que ce soit au point de vue de l'environnement et de l'encadrement ou dans le domaine sportif. Je crois que je n'aurai aucune difficulté à convaincre quelqu'un de venir jouer ici.»

Comment se passe le travail avec Georges Leekens maintenant que vous êtes de l'autre côté de la barrière?

«C'est encore difficile pour moi de lui parler d'égal à égal. Quand je suis en face de lui, j'ai encore l'impression d'être un de ses soldats et, à vrai dire, je n'en mène pas large. Je lui dois beaucoup comme joueur. J'espère pouvoir l'aider dans sa tâche en lui dégotant des perles rares.»

Quels sont vos meilleurs souvenirs mouscronnois?

«Bien entendu, l'accession à l'élite reste gravée dans ma mémoire mais, franchement, toutes les années que j'ai passées ici sont truffées de bons moments: il me faudrait une édition spéciale complète pour vous les raconter toutes. J'ai vécu les meilleurs moments de ma carrière de sportif professionnel dans ce club et ça, je ne l'oublierai jamais. L'autre souvenir que je vais garder toute ma vie lorsque je penserai à Mouscron, ce sont les supporters. À Mouscron, ils sont exceptionnels, et je ne dis pas cela pour les flatter, ce n'est pas mon style. Je me souviens d'un match que nous avions perdu lourdement face au Standard. Lorsque nous sommes sortis des vestiaires, nous nous attendions à être conspués, et, au lieu de cela, un supporter c'est approché de moi, il m'a tapé sur l'épaule et m'a dit: ce n'est pas grave, ça ira mieux la prochaine fois... Dans d'autres clubs, ils auraient bouté le feu à nos voitures!»

«J'avais envie d'une autre sortie»

Quel est votre plus mauvais souvenir hurlu?

«Ce sont évidemment les blessures. C'est la pire chose qui puisse arriver à un joueur. Cette année, j'avais envie de prouver quelque chose au coach et la préparation se passait bien. Mais il y a eu cette blessure en match de préparation et il a fallu prendre une décision, douloureuse. Parfois, je regrette encore de ne pas avoir pu finir en beauté. Après l'année de m... que nous avons vécue l'an dernier, j'avais envie de tirer ma révérence sur quelque chose de positif mais ce ne fut malheureusement pas possible.»

Les supporters de l'Excel vous ont réservé une petite surprise ce vendredi soir avant le match. Qu'est ce que cela vous inspire?

«Cela fait bientôt neuf ans que je suis arrivé à l'Excelsior en provenance de Capellen, et j'y ai joué plus de cent-cinquante matches en D 1. Parfois, j'ai fait de mauvais matches, mais je n'ai jamais été sifflé. Le public mouscronnois est bien le meilleur de Belgique. Pour la surprise de demain soir, je ne suis pas au courant, mais ça me rend un peu nerveux de savoir que les supporters, mes supporters, ont préparé quelque chose pour moi. C'est agréable de voir qu'ils ne m'ont pas encore oublié...»

© Les Sports 2003


Entre Georges et Hugo...

MOUSCRON Quel autre match que ce Mouscron - Anderlecht pouvait mieux servir d' adieux officiels à Gordan Vidovic? Aucun! Demain soir, l'ancien Diable Rouge prendra définitivement congé de ses supporters, entre les deux entraîneurs qui ont marqué sa carrière professionnelle: Georges Leekens, celui qui l'attira à Mouscron et qui en fit un international, et Hugo Broos, sous les ordres duquel il disputa cinq saisons en D 1. Sur le banc hurlu et dans les tribunes du Canonnier, Gil Vandenbrouck et Lorenzo Staelens compléteront le quatuor des coaches qui l'ont dirigé au plus haut niveau...

Après avoir vainement tenté de disputer une dernière saison active, Vido a dû se résoudre à remiser prématurément ses crampons à cause de blessures à répétition. Son dernier match officiel, sur les 156 disputés en D 1 avec l' Excel, restera donc un Lierse - Mouscron, du 16 mars dernier; son dernier but, sur les 33 marqués parmi l'élite, fut inscrit à Genk, le 7 février. Son palmarès recense aussi 16 sélections chez les Diables, uniquement sous la direction de Long Couteau. Son attachement à Leekens alla jusqu'au sabordage de sa carrière internationale, lorsque son mentor fut prié de boucler ses valises fédérales. C'est au nom de cet attachement autant sportif que sentimental que Gordan aurait aimé disputer une ultime saison, et aider le coach hurlu à réussir son retour au Canonnier. Georges Leekens est en train de réussir son pari, mais sans celui qu'il avait convaincu, à l'aube des premiers pas de l' Excel en D 1, de redevenir l'arrière central qu'il était dans son pays, lui qui, en Belgique, s'était surtout fait un nom en marquant des buts. Transformation réussie au-delà des espérances...

Il est juste... et temps que l'Excelsior fête l'un de ses joueurs emblématiques.

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